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Afghanistan : pourquoi la détention des journalistes français dure

Un an après leur enlèvement, les deux journalistes français Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier sont déjà restés bien plus longtemps otages que d’autres étrangers en Afghanistan, pour plusieurs raisons, dont la spécificité de la zone où ils ont été enlevés.

– Une région instable et difficilement contrôlable

La partie de la province de Kapisa (au nord-est de Kaboul) où les deux journalistes français ont été enlevés le 30 décembre 2009 est une zone difficilement contrôlable, enchevêtrement de vallées sous l’influence de divers groupes armées rebelles, notamment talibans et du Hezb-e-Islami, dirigé par le commandant moujahidine historique Gulbuddin Hekmatyar. Les interlocuteurs changent selon qu’on passe d’un village ou d’une vallée à l’autre, ce qui complique d’autant les négociations. Les militaires français, qui s’y sont déployés en 2008, décrivent souvent cette région comme un “trou noir” qui avait selon eux été négligée auparavant car située à cheval sur deux zones du commandement militaire des forces internationales, celui de Kaboul et de l’est afghan.

– La présence des forces françaises dans la zone

Les deux journalistes de France 3 avaient décidé de se rendre seuls en Kapisa pour compléter un reportage qu’ils avaient entamé les semaines précédentes en compagnie de militaires français. Ils ont donc été enlevés dans une zone dont la sécurité est assurée par les forces françaises, ce qui complique à la fois la tâche des soldats français sur place et les négociations en vue d’une libération. Les ravisseurs et leurs partisans peuvent en effet utiliser cette prise d’otages pour faire relâcher la pression sur leurs hommes ou leurs villages de la part des forces françaises. Depuis qu’elle s’est engagée plus franchement dans le conflit afghan en 2008, en se déployant et en menant des opérations de combats pour l’Otan dans la Kapisa, la France est vue par les talibans et leurs alliés d’Al Qaïda comme plus proche des Américains, et donc davantage comme un ennemi, comme l’a confirmé un récent message d’Oussama Ben Laden.

– La situation de la rébellion: plusieurs experts de la rébellion à Kaboul estiment que la prise d’otages aurait peut-être pu être brève, quelques semaines au maximum, s’il avait été possible de trouver un accord rapide avec le groupe taliban local qui les avait capturés. Passé ce délai, selon des sources afghanes, le commandement taliban ou “choura de Quetta” (Pakistan, où ont fui nombre de dirigeants talibans), pour qui chaque otage occidental est un outil de négociation, a envoyé des émissaires, compliquant encore plus les négociations.

– La réticence du gouvernement afghan en matière de libération des prisonniers. En avril dernier, “l’Emirat islamique d’Afghanistan” (les talibans, ndlr) avait menacé dans une vidéo de tuer les deux journalistes français et leurs trois accompagnateurs afghans si Paris n’obtenait pas notamment de Kaboul et de Washington la libération de prisonniers en échange de leur remise en liberté. Or selon des sources gouvernementales afghanes, le gouvernement afghan est très réticent à toute libération de prisonniers dans ce cadre.

 

 

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