Subscribe

Agnès b. « J’ai horreur des frontières »

Agnès Troublé, fondatrice de la célèbre marque agnès b., était cette semaine à New York pour présenter à l’Alliance Française quelques films qui l’ont marquée et pour l’arrivée du bateau Tara, dont elle est sponsor. France-Amérique l’a rencontrée dans sa boutique de SoHo.

Comment avez-vous fait la sélection des films pour le FIAF ?

J’ai cherché des films français, qui sont sous-titrés en anglais. Et puis je me suis dit qu’il en fallait un par décennie. C’était plutôt rigolo de passer des années 50 aux années 30… J’ai cherché des choses que j’avais aimées, même des choses que je n’avais pas vues depuis longtemps. Par exemple, Et Dieu créa la femme, je ne l’avais pas vu depuis je ne sais quand. A chaque fois, il y a des femmes avec une liberté, une affirmation de soi. Elles se défendent. J’ai trouvé qu’il y avait une certaine cohérence à choisir ces films-là. D’une certaine manière, j’aime ceux qui font des portraits de femmes. La sélection s’est faite très vite. Je fais tout très vite, j’aime le spontané. Et dans Le Crime de Monsieur Lange, les acteurs sont géniaux. Et puis c’est Renoir et Prévert, les deux sont formidables.

Un préféré parmi eux ?

Je ne sais pas lequel je préfère. Il y a Et Dieu créa la femme, il y a Casque d’Or, qui est très beau. Simone Signoret dans toute sa beauté, alors qu’elle avait déjà fait plein de films.

Y a-t-il des films que vous auriez aimé ajouter que vous avez laissé de côté ?

Il y en a plein! Des films américains, français…La maman et la Putain de Jean Eustache par exemple, qui est aussi une affirmation de la femme. Pour ce qui est des films contemporains, il y a ceux de Claire Denis, Gaspar Noé…Ce sont des gens avec qui j’ai eu des connexions, que j’ai aidés quand ils n’avaient pas d’argent pour finir leurs films. Maintenant, j’ai une maison de production.

Quel film récent avez-vous vu dernièrement ?

J’ai vu The Artist dans l’avion en venant à New York. D’ailleurs c’était rigolo de voir Le Crime de monsieur Lange juste après, parce que c’est à peu près la même époque. Pour ce qui est du cinéma, je n’y vais jamais assez, par manque de temps. Mais je regarde pas mal de films sur les chaînes de cinéma.

Dans les films que vous avez choisis et dans ces personnages féminins, il y a un rapport avec la mode ?

Toujours, dans un film daté. On y voit les vêtements de l’époque. Par exemple les petites chemisettes blanches avec les vestes austères, ce que je fais encore aujourd’hui. Il y a des films où je peux retrouver mon travail. Les ballerines de Brigitte Bardot, les petites chaussures noires avec quelque chose de très court, c’est super joli !

Vous travaillez à la fois dans la mode et le cinéma. A voir votre boutique, vous vous intéressez à d’autres formes d’art…

Je ne voulais pas faire une galerie seule, alors j’ai fait deux en un : galerie et boutique. La galerie est autour de la boutique, sur les murs. Donc on peut voir l’exposition en faisant le tour, on tourne le dos aux vêtements quand on est face au mur. Et ils sont assez neutres pour ne pas trop s’imposer. Certains de mes vêtements sont des tee-shirt d’artistes.

Pourquoi cette interdisciplinarité ?

J’ai horreur des frontières. J’aime le transversal, l’art contemporain, le street art, énormément. Depuis toujours je prends des photos dans New York… La façon dont les murs parlent, ici, c’est édifiant. J’essaie ensuite de rencontrer les artistes. Je fais la connaissance de toute une génération de graffeurs de rue, à qui j’achète des œuvres, à New York, à Paris. Je cherche, je suis curieuse, j’essaie de creuser dès que je vois un truc qui me plaît. Par exemple, le travail de Jim Joe est magnifique ! A la fois artiste de rue et acrobate.

Le cinéma, la mode, l’art… la science aussi, avec le projet Tara Expéditions. Vous êtes sur tous les fronts.

Il faut dire qu’il y a beaucoup de fronts, en ce moment ! Je voulais faire quelque chose pour l’écologie, et c’est sûr que le Tara est un très beau projet concernant le réchauffement climatique. Des gens courageux, des grands scientifiques, des laboratoires qui vont analyser toutes les recherches… C’est une très belle histoire (Ndlr : le fils d’Agnès Troublé, Etienne Bourgois, est co-directeur de l’expédition). C’est tout simple, pour moi, l’écologie devrait être dans tout projet politique !

Pour finir, vous avez des projets ?

Je vais réaliser un long-métrage le mois prochain, un road-movie. C’est un drame psychologique qui se passe dans les Landes, avec une petite fille qui se sauve de chez elle et un camionneur. Le tournage débute le 15 mars et durera sept semaines.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related