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Agnès Maltais, ministre et militante de la cause des femmes au Québec

En marge de la 57e session de l’ONU sur le statut de la femme à New York, France-Amérique a rencontré Agnès Maltais, Ministre du travail et de la condition féminine du Québec. Entretien.

France-Amérique : La France a un ministère des droits des femmes. Au Québec, vous parlez de condition féminine. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Agnès Maltais : C’est un peu notre trace dans l’histoire. Le grand combat de l’avancement de la cause des femmes, c’est la ministre de la condition féminine qui le porte. Elle veille à ce que la condition des femmes dans la société, dans le monde du travail, face à la santé, soit égale. Le Québec est considéré comme une société assez avancée en matière de condition féminine. Grace à la volonté des ONG, nous avons réussi à inclure dans notre corpus législatif cette formidable révolution qu’est la révolution féministe. Etre féministe, c’est simplement être pour l’égalité, pour la justice. Cette volonté d’égalité qui est au fondement de la vision féministe, amène avec elle d’autres causes. Ce sont les féministes qui ont porté la lutte contre la pauvreté ou les discriminations.

Vous êtes aussi ministre du travail. Quelle est la situation des femmes québécoises sur le marché de l’emploi ?

Le taux de chômage des Québécoises est légèrement plus bas que celui des hommes. Les femmes n’ont pas tout à fait atteint l’égalité des salaires, elles sont à 89% du salaire horaire des hommes. Cette avancée est probablement due à la loi sur l’équité salariale passée en 1996 qui obligeait toutes les entreprises de plus de 50 employés à se pencher sur les conditions de travail. Une commission, sorte de tribunal administratif, a le pouvoir d’agir sur une simple plainte de l’employée. C’est pour cela que la loi fonctionne. A tel point qu’on a revu la loi pour qu’elle s’applique aussi aux entreprises de 10 salariés. Ça a été un combat très important pour les femmes du Québec. Nous travaillons actuellement sur la représentation des femmes dans les conseils d’administration dans les grandes entreprises privées. C’est déjà fait au niveau des entreprises publiques, et je suis en train de monter une table de concertation avec des hommes et des femmes d’affaires pour influencer les grandes corporations.

Quel est le taux de représentation des femmes dans la vie politique québécoise ?

Le gouvernement est composé de 35% de femmes. L’Assemblée nationale compte 32% de députées. Le Québec n’a pas adopté de politique de quotas mais les Québécoises ont exercé une pression très forte sur les partis politiques pour qu’ils présentent des candidates. C’est  maintenant une mesure constante du débat électoral. Il y a une obligation de résultat. Aux dernières élections législatives, le parti québécois avait moins de candidates que le parti libéral mais il a eu plus d’élues. Parce que la clé, c’est de convaincre les partis de placer les femmes dans des comtés gagnables. Tout l’enjeu est là. Nous n’avons en revanche que 16% de mairesses, et 30 % de conseillères municipales. Pour les élections municipales de juin 2013, nous portons une grande campagne auprès des leaders et de la population pour faire élire des femmes, et les retours sont très positifs. Les femmes parlementaires organisent aussi des colloques pour faire partager leur passion de la vie politique. Souvent, les femmes appréhendent ou dénigrent le pouvoir. Mais parlons du verbe pouvoir, le pouvoir de changer les choses, de les transformer, de les améliorer. C’est mon leitmotiv. Quand j’avais 16 ans je voulais changer le monde, j’en ai 56, je suis au pouvoir, et je veux toujours changer le monde !

Au niveau international, le Québec fait figure d’exemple dans la lutte contre les violences conjugales. Sur quoi repose cette efficacité ?

Ça fait longtemps qu’on s’est penché sur l’analyse des violences conjugales. Notre première politique intergouvernementale adoptée en 1985 se fondait sur des principes très clairs : la dénonciation et la criminalisation. La violence conjugale n’est pas une forme de discussion, elle est un geste criminel. A partir du moment où on a réussi à faire accepter cette idée à travers des campagnes d’information choc à la télévision, on a vu les choses bouger. Depuis ce temps-là, on a mis en place des plans d’action quinquennaux, et à chaque fois qu’on termine un plan d’action, on prend le temps de retourner vers les associations pour faire le point. L’autre clé c’est la formation. La lutte contre la violence envers les femmes et les violences sexuelles doit faire partie intégrante de la formation des travailleurs sociaux, des policiers, des professionnels de santé et de la justice. Parce que les gens doivent être capables de comprendre les violences et de les repérer. Tout en maintenant des grandes campagnes d’information, le prochain plan qui vient d’être adopté pour la période 2012-2017, cible des publics plus pointus, comme les femmes immigrantes, les femmes autochtones, les gay et lesbiennes, ou les aînés et les handicapés qui subissent certaines formes de violences. Une autre des priorités qui émerge au Québec comme au niveau international est celle de l’exploitation sexuelle et de la traite des personnes par les réseaux de prostitution. C’est un phénomène extrêmement grave et troublant, car il ne s’agit pas seulement de vendre un service, mais de vendre des personnes.

L’organisation internationale de la francophonie et l’ONU Femmes viennent d’adopter un “Plan d’action francophone sur les violences faites aux femmes et aux filles”. Qu’en retenez-vous?

Ce plan d’action est le résultat de presque deux ans de travaux. Les représentants francophones ont manifesté une grande franchise et une grande conviction pour transmettre ce besoin d’égalité et dire à quel point il faut abolir la violence envers les femmes. C’est une question essentielle. Si on veut atteindre l’égalité, il faut absolument condamner la violence. L’OIF a fait son bout de chemin. Ce plan d’action a un effet puissant de levier pour les pays émergents. C’est un moyen d’interpeller les gouvernements pour obtenir des plans d’action nationaux, là où ils n’existent pas encore. Pour nous c’est l’occasion d’apporter l’expertise québécoise mais aussi de comprendre ce qui se passe dans d’autres pays francophones, de se nourrir, de prendre des idées. Notre situation de francophones d’Amérique, peu nombreux, fait qu’on a besoin d’échanger avec le monde francophone. Ces moments-là sont très importants.

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