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Agustin Carestens craint un “conflit d’intérêt” entre Lagarde et l’UE

Le candidat mexicain à la direction du Fonds monétaire international Agustin Carstens a estimé lundi à Washington que sa rivale française Christine Lagarde avait face à lui des chances “très élevées”, mais a évoqué le danger d’un “conflit d’intérêt” avec l’Union européenne.

“Les chances pour Christine Lagarde de se faire élire sont très élevées. Je suis sûr qu’elle fera une bonne directrice générale”, a affirmé M. Carstens, interrogé lors d’une conférence dans un centre de recherches sur l’économie internationale de Washington, le Peterson Institute.

“Mais il aurait mieux valu qu’elle soit élue lors d’un processus transparent”, a déploré le gouverneur de la Banque du Mexique, pour qui “les Européens n’ont pas joué le jeu”.

“C’est comme commencer un match de football avec un score de 5 à 0”, a-t-il estimé, évoquant le soutien unanime de l’Union européenne à Mme Lagarde.

L’UE contrôle sept des vingt-quatre sièges du conseil d’administration du FMI, instance qui doit désigner, dans le courant du mois, le successeur au Français Dominique Strauss-Kahn.

Mais M. Carstens a affirmé que Mme Lagarde risque de poser un problème de “conflit d’intérêt” entre le FMI et l’Union européenne.

Le FMI “doit être légitime dans le sens où l’impartialité entre Etats membres prévaut, où il n’y a pas de faveurs faites à certaines régions, et où la représentation des pays est bien équilibrée”, a-t-il déclaré dans un discours où il a défendu sa candidature.

M. Carstens a argumenté contre la perpétuation de la mainmise de l’Europe sur le poste, qui dure depuis 1946, notant que “depuis 2005 au moins”, il était convenu qu’il fallait mettre un terme à l’accord entre Etats-Unis et Europe pour se partager les postes de président de la Banque mondiale et de directeur général du FMI.

“Je pense aussi qu’il pourrait y avoir conflit d’intérêt” entre l’Union européenne et le FMI pour Mme Lagarde, a-t-il avancé. “Nous aurions une situation où les emprunteurs domineraient une institution créancière. Je pense que c’est un problème qu’il faut examiner”.

Les pays européens, dont la Grèce, l’Irlande et le Portugal, sont aujourd’hui de loin les plus grands emprunteurs au FMI.

Le candidat mexicain a par ailleurs estimé les Européens peu qualifiés pour diriger l’institution. “Les pays européens n’ont pas réglé à temps les problèmes fondamentaux découlant de la conception de l’Union européenne, et qui sont connus depuis au moins une décennie”, a-t-il estimé.

“Ce qui m’aide, c’est d’avoir une paire d’yeux nouvelle. Je n’ai pas participé au processus” de sauvetage de la Grèce et d’autres pays de la zone euro, a expliqué M. Carstens.

“Ce serait un avantage dans le sens où le FMI ne serait pas perçu comme travaillant pour des intérêts européens” et de manière générale, “la réceptivité des pays aux politiques du FMI […] augmenterait si la légitimité de l’institution s’accroissait”, a-t-il assuré.

M. Carstens a pour rivaux déclarés au poste de directeur général du Fonds Mme Lagarde et le gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer.

Les Etats-Unis ont qualifié M. Carstens, qui a rencontré lundi matin le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, de “candidat hautement compétent”. Ils n’ont pris parti pour personne pour le moment.

Interrogé pour savoir quelle candidature M. Geithner soutenait, M. Carstens a répondu qu’il n’avait rien dit à ce sujet. “Il ne s’est pas engagé dans un sens ni dans un autre”, a-t-il rapporté.

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