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Alain Bauer : “Des tragédies surviennent souvent en période électorale”

Le criminologue et spécialiste du terrorisme Alain Bauer analyse pour France-Amérique la tuerie de Toulouse et Montauban et le profil du suspect, islamiste radical revendiqué.

L’auteur supposé des attaques, qui ont fait 7 morts (3 militaires et 4 personnes juives dont 3 enfants), est un Francais d’origine algérienne. Mohamed Merah, 23 ans, se réclame d’Al-Qaida et aurait été formé au Djihad à la frontière pakistano-afghane.

France-Amérique : Le suspect Mohamed Merah dit appartenir à la nébuleuse terroriste Al-Qaida. Pensez-vous que ses attaques ont été commanditées ou qu’il a agi seul ?

Alain Bauer : Une nébuleuse n’est pas une organisation pyramidale. Plutôt un système de franchisés qui se détermine en fonction de son propre calendrier, mais peut demander une assistance matérielle au réseau. Les déplacements dans les zones Afghano-pakistanaises, mais semble-t-il sans accès direct aux réseaux habituels du Djihad, semblent plutôt indiquer une forte motivation individuelle. Il faudra attendre la suite de l’enquête pour savoir si l’hypothèse isolée est validée.

A-t-il pu recevoir des instructions lors de ses séjours en Afghanistan et au Pakistan?

Plutôt une formation et un renforcement psychologique de sa motivation. Beaucoup se sentent obligés de faire une sorte de « pélerinage » sur le terrain avant de revenir.

Que pensez-vous de son mode opératoire ?

Il est plutôt classique. Il ressemble, les explosifs en moins, à celui du terroriste algérien membre du Groupe islamique armé (GIA) Khaled Kelkal, mort en 1995 après une série d’attentats et de fusillades en France.

Le suspect a dit vouloir « se venger contre la loi interdisant le port du voile, la participation de la France à la guerre d’Afghanistan et protester contre la situation en Palestine. » Que pensez-vous de ses motivations ?

Elles sont classiques et correspondent aux revendications habituelles du mouvement Salafiste (école fondamentaliste sunnite adepte d’une lecture littérale du Coran, NDLR).

Selon le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, le suspect était sous surveillance. Les services de renseignements auraient-ils pu prévenir le drame ?

En fait les mêmes critiques s’offusquaient quelques jours avant, de l’excès supposé des atteintes des services de renseignement aux libertés individuelles. La surveillance est comme le contrôle judiciaire : pointer une fois par semaine dans un commissariat n’empêche pas toujours la commission d’actes criminels. Il y a des degrés qui se franchissent en fonction des activités décelables du suspect. Dans ce cas précis, comme pour beaucoup d’anciens « Talibans » revenus en France, il ne semble pas avoir eu d’activités ayant pu attirer l’attention des services.

Quelles conséquences peuvent avoir ces attaques sur la campagne présidentielle ?

Des crimes ou des tragédies surviennent souvent en période électorale, la politique n’est pas immunisée contre la réalité criminelle. Les attentats d’Oslo ont eu lieu en pleine campagne législative en Norvège. C’est parfois un révélateur de la capacité d’une Nation à réagir.

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