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Alain Bauer, le Monsieur Sécurité des Etats-Unis

Criminologue médiatique et consultant pour l’Élysée en matière de sécurité urbaine et de gestion de crise, Alain Bauer dirige une prospère entreprise dans le Colorado et offre ses services à la police américaine.

Criminologue médiatique, franc-maçon déclaré, gastronome éclairé, les facettes d’Alain Bauer sont multiples et miroitent jusqu’aux Etats-Unis. L’homme qui intervient quasi quotidiennement dans les médias français, tant sur la vidéosurveillance que sur les conséquences de la mort de Ben Laden ou la légalisation du cannabis, réside depuis plus de dix ans dans le Colorado. A Littleton, plus précisément, ville devenue tristement célèbre suite au massacre du lycée de Columbine, en 1999. Quinze personnes y avaient perdu la vie.

C’est là, entre cet établissement et Lockheed Martin, l’une des plus grandes entreprises américaines de défense et de sécurité, qu’il dirige AB Associates. Cette prospère entreprise propose des audits de sûreté urbaine, de la RATP aux réseaux de transports de Boston, Las Vegas ou encore Sydney, ainsi que de l’assistance à la gestion de crise à des centaines de municipalités et d’entreprises du monde entier. L’Etat du Colorado se serait imposé à Alain Bauer par la situation “centrale” qu’il occupe aux Etats-Unis, et par les attaches qu’y possède son associé américain.

On l’accuse régulièrement de mélanger les genres, en étant à la fois consultant privé et conseiller de l’Elysée, mais il balaye la question : « ce serait un problème si j’étais un conseiller de la Présidence ». Il insiste : il n’est pas “conseiller”, il est “consulté” par son ami Nicolas Sarkozy qui se trouve être président de la République. Et de rappeler qu’il n’est pas rémunéré pour ses missions publiques. Ses confrères médecins ou avocats, ajoute-t-il,  ne sont pas en reste.

L’éclectisme irrévérencieux d’Alain Bauer a également fait couler beaucoup d’encre lors de son passage à la Science Application International Corporation (SAIC), à San Diego. Durant sept mois, il a travaillé au sein de cette société militaire privée américaine, véritable Etat dans l’Etat qui a de nombreuses connexions avec le Pentagone. De là à qualifier Alain Bauer d’espion et son entreprise AB Associates de cheval de Troie dans les milieux policiers français, il n’y a qu’un pas vite franchi. Alain Bauer se dit amusé par ce type de “commentaire fielleux” et flatté à l’idée d’être “reconnu comme un James Bond”.

L’homme de réseaux a su se rendre indispensable partout. En se résignant à tronquer une énorme part de son CV, on peut retenir ses activités de conseiller de la police de New York, du Sheriff Department de Los Angeles et de la Sûreté au Québec, sa direction de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, et sa présidence du Conseil du Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégique.

Stratège des polices américaines

Alain Bauer s’inspire de la politique américaine en matière de sûreté pour conseiller la France. Les exemples sont nombreux : il a milité en faveur d’un Conseil de sécurité nationale sur le modèle américain, en 2007. Ou encore promue en France, la politique de la “vitre brisée” appliquée par la police new-yorkaise, selon laquelle les actes mineurs doivent être réprimés sous peine d’entraîner le crime majeur. Mais l’hexagone peut aussi être un modèle, notamment en matière de terrorisme où la France est passée maître dans l’art de l’anticipation. L’inspiration ne peut être que bénéfique, à condition de “savoir passer du prêt-à-porter au sur mesure”, assure Alain Bauer.

L’expert français du terrorisme a appris l’attaque des twin towers dans un train, en revenant de Poitiers où il donnait un cours. A l’annonce de la nouvelle, son téléphone n’a cessé de sonner, et il a rejoint une cellule de crise dès son arrivée à Paris. Il n’en dira pas plus de la réponse française aux événements du 11-Septembre. Concernant la réponse américaine et les entorses aux libertés individuelles qui ont suivi, il soupire : “hélas, c’est une constante réactive de toute tragédie”, et cite la réaction des Etats-Unis après l’assassinat de Lincoln.

Alain Bauer ne loue pas inconditionnellement les Etats-Unis et se dit même “surpris” du choix de Bill Bratton comme conseiller du gouvernement britannique suite aux émeutes du début du mois d’août. S’il ne tarit pas d’éloges sur celui qui a su réformer la police de New York, il estime en effet que les Américains sont encore en retard – “décalés” dit-il pudiquement – en terme de maintien de l’ordre public en période d’émeutes.

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