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Alice Waters sacrée chevalier de la Légion d’honneur

La prêtresse de la cuisine californienne a été décorée de la Légion d’honneur vendredi soir par le consul général de San Francisco. Une consécration pour cette amoureuse de la gastronomie française qui revendique des influences hexagonales jusque dans sa vie personnelle.

C’est une de ces femmes dont l’âge ne ternit pas la beauté. Un sourire solaire à la Julianne Moore et un ensemble noir très classique surmonté d’un chapeau extravagant. Alice Waters incarne cette alchimie subtile entre naturel et sophistication qu’elle a su si bien concrétiser dans sa cuisine depuis près de 40 ans. Elle en a connu des prix et des honneurs, cette égérie de la cuisine californienne et du « slow food », notamment en 2008, lorsqu’elle fut co-récipiendaire du Global Environmental Citizen Award de Harvard avec l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan. Pourtant, cette Légion d’honneur a une saveur particulière pour elle. « C’est comme quand vos parents vous montrent qu’ils vous apprécient vraiment », explique-t-elle, des larmes dans la voix.

Clins d’œil à Marcel Pagnol

Depuis ses 19 ans, âge auquel elle a entrepris un long voyage en France, Alice Waters a toujours été une fervente admiratrice de la gastronomie française et surtout, de la fraîcheur des produits utilisés. À son retour, obsédée par les pâtés artisanaux et les fruits frais, elle a cherché à transposer cet esprit de cuisine du marché au contexte californien. En 1971, elle a concrétisé cette aspiration en ouvrant à Berkeley « Chez Panisse » – clin d’œil à Marcel Pagnol – un restaurant qui base sa cuisine sur les produits frais de saison en se fournissant chez des agriculteurs locaux. À l’époque, Alice Waters était l’une des rares femmes chefs reconnues. « J’ai utilisé ma féminité à mon avantage », explique-t-elle simplement, même si elle admet que très peu de femmes chefs atteignent un tel niveau de consécration. Elle espère que son exemple « donnera aux femmes un sentiment d’espoir et une volonté de gagner du pouvoir ».

Au fil des ans, le succès de sa cuisine et de sa conception de la nourriture a largement dépassé le microcosme des foodies de la région de San Francisco. En 1996, elle a fondé avec le collège Martin Luther King Jr. de Berkeley le Edible schoolyard ou « cour de récréation mangeable », un programme qui apprend aux collégiens à jardiner et cuisiner en respectant l’environnement.  « Vous n’avez pas seulement révolutionné la cuisine américaine, vous avez révolutionné la manière dont les Américains vivent », n’hésitait pas à déclarer vendredi soir le consul général de San Francisco, Pierre-François Mourier, avant de lui remettre la Légion d’honneur. « Je ne savais pas à l’époque que les idées que je défendais, étaient les valeurs de Marcel Pagnol : ce sens de la camaraderie, de la famille, de la communauté. Ça ne touche pas que les amateurs de cuisine, mais tous les gens qui veulent vivre différemment », a expliqué le chef au moment de recevoir la distinction de la République française. Marquée par la culture française jusque dans son intimité, Alice Waters, émue aux larmes, se jette dans les bras de sa fille… Fanny. Encore un hommage à Marcel Pagnol.

Infos pratiques

Restaurant Chez Panisse

1517 Shattuck Ave
Berkeley, CA 94709

(510) 548-5049

www.chezpanisse.com

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