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“Allégeance aux armes”, une idée qui fait un flop

L’idée d’une “allégeance aux armes”, lancée par Jean-François Copé (UMP), a continué mercredi de susciter des réserves jusqu’au sein même de son camp ainsi que la colère de la gauche, dénonçant un nouvel appel du pied à l’électorat FN après le débat sur l’identité nationale.

Sur la forme, le secrétaire général de l’UMP a fait marche arrière mercredi, en suggérant de parler de “loyauté” ou d'”engagement” à défendre son pays en cas de conflit armé. Mais pas sur le fond, car il a jugé “scandaleux et indigne” que “le seul fait de parler de l’amour de la patrie” conduisent certains à “faire le parallèle avec Vichy”. Mardi, avec le député UMP Hervé Mariton, M. Copé avait lancé l’idée d’imposer un serment aux Français, à leur majorité lors de la journée d’appel à la défense, ou au moment de l’acquisition de la nationalité.

Hasard ou pas ? La convention sur la défense de l’UMP au cours de laquelle la proposition a été émise se tenait le jour de l’anniversaire de la bataille de Valmy, qui a scellé le 20 septembre 1792 l’alliance de l’Armée et la Nation en défense de la République, selon l’historiographie républicaine. Spécialiste de la nationalité, Patrick Weil rappelle qu’au XIXe, la France s’est orienté vers le droit du sol au nom de l’égalité devant la charge du service militaire : “La loi de 1889 impose donc à l’enfant né en France d’un parent étranger lui même né en France (double jus soli) d’être Français à la naissance tandis que l’enfant né en France de parents étrangers (simple jus soli) devient français à sa majorité”, écrivait-il dans un article. “Aujourd’hui qu’il n’y a plus de service militaire, cela n’a plus aucun sens”, a déclaré à l’AFP Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS. “M. Copé n’a aucun droit sur les Français nés en France. Ils ont le droit d’être antimilitariste. Personne ne va dicter à un Français ses opinions”.

Pour les historiens et les juristes, il n’existe que quatre voies d’accès à la nationalité : à la naissance par le sol et la filiation, par mariage et par naturalisation. A gauche de l’échiquier politique la proposition Copé-Mariton a été rejetée en bloc : “Pas la formule la plus heureuse” (François Hollande), “instrumentalisation grossière du patriotisme” pour “gagner des voix à l’extrême droite” (PCF), “digne de Vichy” (Nathalie Arthaud, de Lutte ouvrière). Des critiques rappelant la levée de boucliers contre le débat sur l’identité nationale il y a deux ans.

Mais le ballon d’essai de MM. Copé et Mariton n’a pas été saisi au bond par le gouvernement ou l’UMP, où les cadres hésitent sur la marche à suivre face au Front national de Marine Le Pen. Le ministre de la Défense Gérard Longuet a poliment parlé d’une “bonne idée” dont il fallait “travailler la sémantique”. Luc Chatel (Education) a aussi parlé de formulation “pas forcément la plus adaptée”. Ministre de l’Agriculture, en charge du projet 2012, Bruno Le Maire, a refusé de commenter mardi soir. Ex-UMP qui a rejoint Jean-Louis Borloo, Rama Yade préfère pour l’instant garder le silence, elle qui déclarait sur sa naturalisation: “A cette époque, je me disais souvent que, s’il y avait une guerre entre le Sénégal et la France, je choisirais mon pays d’origine”.

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