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Amos Gitaï : “Il faut personnaliser l’Histoire”

Dans le cadre d’un cycle de réflexion sur le travail de mémoire, le réalisateur Amos Gitaï était jeudi 22 mars à la Maison Française de l’université Columbia, à New York, pour parler de son film Plus tard, tu comprendras.

En partenariat avec l’Institut pour Israël et le département d’études juives de Columbia, la Maison Française de l’université diffusait mercredi soir un film d’Amos Gitaï, réalisateur israélien qui travaille en France et aux Etats-Unis. Plus tard, tu comprendras, sorti en 2008, raconte le parcours de Victor pour reconstruire son histoire familiale. C’est en classant des papiers dans les années 1980 qu’il découvre – lui qui est né en 1945 – que ses grands-parents maternels sont morts dans le camp de Birkenau.

Il apprend aussi que son père a adressé une lettre à la préfecture pendant l’Occupation, avant la naissance de son fils : il y dénonce la judaïté de son épouse (la mère de Victor), tout en se revendiquant de la race aryenne et en stipulant que sa fille aînée a été baptisée par l’Eglise catholique. Un passé chargé. Et un passé vécu, par Jérôme Clément, l’ancien patron d’Arte.

“Une question de temporalité”

Plus tard, tu comprendras est une adaptation de son roman autobiographique du même nom. Jérôme Clément, tout comme le personnage Victor, incarné par Hippolyte Girardot, a tenté de confronter sa mère sur le sujet. Jouée par la grande Jeanne Moreau, celle-ci évite de manière quasi comique le sujet. “Elle se concentre sur sa cuisine, sur la cuisson de sa viande, sur le sel”, commente Christian Delage, professeur d’histoire à Paris-VIII et Sciences Po Paris, qui modérait la discussion.

Spécialiste de l’utilisation du film comme document historique et commissaire de l’exposition “Filmer les camps”, Christian Delage pense que “Victor ne comprend pas que sa mère vit dans l’instantanéité et ne veut pas revenir sur le passé”. Pour Amos Gitaï, c’est plutôt qu’elle “refuse d’être sentimentale.” “C’est facile pour moi”, commente le réalisateur de Freezone ou de Désengagement, “ma mère était comme ça. Et d’ailleurs Jeanne Moreau l’est aussi. Ce n’est pas moi qui lui ai demandé de jouer ainsi, elle l’a fait d’elle-même.”

Juste avant cette non confrontation à la table du dîner, la mère prépare le repas avec en fond la diffusion du procès Barbie à la télévision. “Regardez la chronologie”, analyse Amos Gitaï. “Il a fallu quarante ans aux Français pour arrêter et juger Klaus Barbie, dont le procès s’est déroulé en 1987. Le procès a été diffusé à la TV en 2000. Il est sorti en DVD en 2011, l’année dernière ! La mémoire, c’est avant tout une question de temporalité.”

L’Israélien qui prépare actuellement un film sur un autre procès, celui de son défunt père lorsqu’il était jeune, a utilisé les images d’archives du tribunal de 1987 et un véritable témoignage en bande son. “Je ne voulais pas de statistiques, mais une personnalisation de l’Histoire”, explique-t-il. “Pour éviter la démagogie, il faut construire un microcosme. Il ne faut pas généraliser la Shoah, pas la sur-politiser, sinon on l’instrumentalise.” Amos Gitaï répète : “il faut personnaliser.”

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