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Amos Gitaï: les Etats-Unis sont le “seul pays aimé de Dieu”

Tourné en France, “Plus tard, tu comprendras,” le nouveau film du cinéaste israélien, Amos Gitaï, avec Jeanne Moreau et Hippolyte Girardot, se penche sur le sort de la diaspora et la mémoire de la communauté juive de France. Ce film, initialement tourné pour la télévision, sort vendredi 31 octobre en salle à New York.

« L’an dernier, Jérôme Clément m’a appelé pour me donner à lire son texte. J’ai trouvé que c’était un bon sujet et il m’a proposé de l’adapter,» explique Amos Gitaï en guise de préambule. Plus tard, tu comprendras est donc l’adaptation du roman autobiographique de Jérôme Clément, patron d’ARTE et ancien du ministère de la Culture. Ce drame intimiste a pour décor Paris, où Victor (Hippolyte Girardot), qui plonge dans la correspondance de ses parents pendant la seconde guerre mondiale et se heurte au mutisme de sa mère, Rivka (Jeanne Moreau). Entouré de sa femme (Emanuelle Devos) et sa sœur (Dominique Blanc), il tente de reconstruire le puzzle de sa filiation et de l’héritage identitaire. « La mère de Jérôme Clément est morte sans lui avoir jamais dit qu’elle avait des origines juives, » raconte Amos Gitaï. « Il a cherché dans les papiers de la famille et a trouvé une lettre de son père à la préfecture, un accusé de réception disant qu’il était « aryen » et que sa femme était juive. Or, quand on écrit ce genre de lettre en 1941 on condamne sa femme à être persécutée. Il a commencé à poser des questions et à faire des recherches, c’est devenu le sujet de son livre», explique le cinéaste.

L’ouverture du film campe en toile de fond le procès Klaus Barbie. On est en 1987, le procès du « boucher de Lyon » est l’une des étapes clés dans le processus qui conduit la France à mettre en place un devoir de mémoire et à reconnaître une responsabilité nationale. Un cheminement qui commence au cinéma, avec la sortie du Chagrin et la pitié de Marcel Ophüls (1969) et continue avec le discours prononcé par Jacques Chirac au Vélodrome d’Hiver en 1995.

Pour Amos Gitaï, qui partage son temps entre Paris, Haïfa et Tel-aviv, Plus tard, tu comprendras est un premier film français. « Tourner en France était différent et pareil à la fois. Le cinéma est une langue internationale, même si chaque pays revendique son propre langage,» lâche t-il. Controversé chez lui, l’artiste bourru semble à l’étranger incarner à lui seul depuis quelques années le cinéma israélien. « On espère que le film aura aussi un écho chez les Juifs américains et israéliens », dit-il. Ses films, inégaux mais toujours engagés (Kadosh, Kippur , Kedma, Free Zone) reviennent de façon lancinante sur l’histoire passée et présente d’Israël et du Moyen-Orient, entre hommage et regard critique.

Interlocuteur laconique, Gitaï qui a reçu un Léopard d’honneur pour sa carrière au Festival du film de Locarno en août, semblait enchanté de sa collaboration avec la grande dame du cinéma, Jeanne Moreau (80 ans), qui n’hésite pas, depuis, à lui téléphoner à des heures indues. Plus tard, tu comprendras marque également la deuxième collaboration du cinéaste avec l’excellente directrice de la photographie Caroline Champetier, après Terre promise. On lui doit ici l’image léchée de ce huis-clos presque entièrement tourné en intérieurs.

En attendant Israël et la France, le cinéaste entame bon gré mal gré la promotion de son film aux Etats-Unis, « ce pays magnifique, le seul aimé de Dieu », lâche t-il, ironique.

 

Infos pratiques:

One day you’ll understand, de Amos Gitaï, sortie le 31 octobre à New York.
Le Museum of Modern Art (MoMA) de New York présente du 24 octobre au 2 novembre 2008 une rétrospective, “Amos Gitai: Non-Fiction”, des documentaires d’Amos Gitai. Plus d’informations sur le site du MoMa.

 

 

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