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Amours éperdues

Une vieille maîtresse, le dernier film de la provocante Catherine Breillat, sort sur les écrans américains. Adapté d’une nouvelle de Barbey d’Aurevilly, il raconte une histoire d’amour au XIXe siècle, violente et passionnée.

Au premier abord, Une vieille maîtresse ne ressemble pas à un film de Catherine Breillat. Premièrement, c’est un film en costumes, dont les personnages du XIXe siècle ont des manières plus guindées qu’à l’accoutumée. Ensuite, c’est l’adaptation d’une nouvelle de Barbey d’Aurevilly, une exception dans la carrière de la réalisatrice qui préfère généralement écrire des histoires originales. « J’ai toujours pensé que, si j’avais dû vivre dans un autre siècle, j’aurai été Jules Barbey d’Aurevilly », explique Catherine Breillat. « J’aime son travail parce qu’il y a souvent un sens caché, qui se joue subtilement de la censure, et parce qu’il met en scène des dandys, le chant du cygne de l’aristocratie décadente ».

Ryno de Marigny, un jeune aristocrate désargenté mais très séducteur, tombe amoureux d’Hermangarde, une jeune fille très en vue. Pour l’épouser, Ryno doit renoncer à fréquenter La Vellini, une veuve d’origine espagnole qui était sa maîtresse depuis une dizaine d’années. Malgré son désir de se consacrer entièrement à sa jeune épouse, Ryno est harcelé par La Vellini et doit s’installer dans un château en Bretagne pour fuir ses avances.

Le premier choc visuel – qui se prolonge durant tout le film – est provoqué par le visage de Fu’Ad Aït Aattou, l’acteur qui incarne le personnage principal. Sa beauté extraordinaire et ambiguë, filmée en permanence en gros plan par Catherine Breillat, met le spectateur presque mal à l’aise. Dandy androgyne, il évoque le Valmont des Liaisons dangereuses, en plus jeune toutefois, plus faible donc. Face à lui, Asia Argento est vénéneuse en demi-mondaine sulfureuse et aigrie, qui tente désespérément de s’affranchir des codes de l’époque. D’une beauté sans grâce, elle tente d’ensorceler son amant qui est devenu pour elle comme une drogue. « C’est une femme qui agit comme un homme, c’est ce qui m’a plu dans ce personnage », résume la réalisatrice.

Le film en costumes permet à Catherine Breillat d’échapper au réalisme, souvent au cœur de ses films précédents, pour mieux s’attacher aux personnages. « Je suis une entomologiste des émotions », martèle la réalisatrice. Au fond, peu importe que l’action du film se déroule deux siècles en arrière, son intrigue est universelle : une histoire d’amour destructrice mais irrépressible. « Contrairement à l’image que les gens ont de moi, je suis une indécrottable romantique, au sens littéraire du terme. Ce film le prouve enfin ! »

Bien sûr, les scènes de sexe sont nombreuses, et filmées surtout en long plans-séquences. « Je suis un metteur en scène voyeur et voyant, qui montre l’indésirable », rappelle Catherine Breillat. Mais le film est moins provocateur que les précédents opus. Ici, les seuls tabous évoqués sont ceux de l’infidélité et de la bienséance sociale. Malgré tout, chacun en prend pour son grade : les hommes incapables de maîtriser leur désir, les femmes si soumises au désir des hommes parce que si facilement séduites.

Aux États-Unis, Catherine Breillat jouit d’un statut dont elle ne bénéficie pas en Europe. Considérée comme une réalisatrice innovante, l’aspect provocateur de ses films est reçu ici comme une bouffée d’air frais face au puritanisme des films américains. « Depuis 36 fillettes, mon premier film sorti ici, j’ai toujours été soutenue par des distributeurs, et j’ai un public fidèle », se réjouit-elle. Elle prépare aujourd’hui un film intitulé Bad Love, tiré du livre qu’elle a publié au printemps dernier en France, avec Naomi Campbell.

Après un accident vasculaire cérébral très sérieux en 2004, qui lui a valu une hospitalisation de 5 mois et l’a laissée hémiplégique, Catherine Breillat a tenu à reprendre le travail. Sur le tournage d’Une vieille maîtresse, si elle a du être aidée physiquement, c’est elle qui a personnellement dirigé toutes les scènes. Sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes 2007, Une vieille maîtresse est sans aucun doute son film le plus grand public – même s’il n’est pas pour autant tout public, loin de là.

Une vieille maîtresse (The Last Mistress), de Catherine Breillat, avec Fu’Ad Aït Aattou, Asia Argento, Roxane Mesquida, Claude Sarraute, Yolande Moreau…
Durée : 1h54. En salles à partir du 27 juin, et sur IFC On Demand sur le câble.

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