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André Zucca : la polémique qui a occupé Paris

Des photos d’un Paris joyeux. Un Paris ensoleillé et insouciant… en pleine occupation allemande. Des clichés signés Zucca, destinés, à l’origine, à un magazine de propagande nazie. Des images qui ont créé la polémique et semé la discorde au sein de la mairie de Paris, organisatrice d’une exposition visiblement mal encadrée.

Changer de nom. Voilà l’idée. L’exposition "Les Parisiens sous l’occupation" est devenue "Des Parisiens sous l’occupation". Une décision de la mairie de Paris, organisatrice de l’accrochage, jusqu’au 1er juillet, des photographies d’André Zucca. La nuance, légère, est-elle parvenue à faire taire la polémique qui s’est créée autour de l’événement ? Pas si sûr… Car c’est l’auteur des photographies exposées, et l’ensemble de son travail, qui sont à l’origine de la discorde. Ce photographe s’appelle André Zucca et, dans le Paris occupé, il travaillait pour le magazine Signal, une parution utilisée par les nazis pour leur propagande.

Les 270 clichés accrochés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris (BHVP) ne dérogent pas à leur fonction première. Ils montrent un Paris ensoleillé, insouciant, joyeux, alors que la ville vit sous le joug allemand. Quasiment aucune allusion n’est faite au statut des juifs en zone occupée. Rien non plus à propos des rafles ou sur l’oppression contre les résistants. Ni sur les difficultés de la vie quotidienne à Paris pendant cette période, comme le rationnement ou les files d’attente devant les magasins.

Avant que les médias ne traitent largement de la polémique, les détracteurs de l’exposition reprochait à la BHVP de ne pas avoir mis ces clichés de Zucca dans leur contexte. Depuis, une note explicative est distribuée aux visiteurs. Rédigée par l’historien Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la période, cette note précise que ces clichés constituent "des documents significatifs qui montrent ce qui a retenu l’œil de cet esthète germanophile : le portrait de celles et ceux qui se sont largement accommodés de la présence de l’occupant".

Plus de 15 000 visiteurs

Le débat est né au sein même de la majorité municipale. Christophe Girard (PS), récemment nommé adjoint à la Culture du maire de Paris s’est dit "mal à l’aise" face aux photographies. Ajoutant que ces images relevaient de la "manipulation" et que cela le faisait "vomir". Christophe Girard assure avoir eu connaissance du contenu de l’exposition entre les deux tours des municipales, alors qu’il n’était pas encore rattaché à la Culture. L’adjoint a réclamé l’arrêt de l’exposition mais n’a pas obtenu gain de cause. Le maire, Bertrand Delanoë, s’est prononcé pour son maintien, même s’il reconnaît que des "erreurs" ont été commises dans l’encadrement de cette exposition.

Seules concessions accordées aux détracteurs: la campagne d’affichage dans les rues de la capitale française a été retirée et l’exposition a changé de nom. Des conférences et des visites commentées, pour l’information du public, ont aussi été mises en place. Plus de 15 000 personnes ont déjà vu les photographies de Zucca accrochées jusqu’au 1er juillet. Un bon score… et une polémique très médiatisée qui ne semble pas étrangère à ce succès.


Des Parisiens sous l’Occupation, photographies d’André Zucca

Bibliothèque historique de la Ville de Paris
22, rue Malher (4e)
Tél. 01 44 59 29 60
Jusqu’au 1er juillet 2008
Du mardi au dimanche de 11h à 19h
Entrée : 4 euros / 2 euros (tarif réduit)

 

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