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Antoine d’Agata, photographe vagabond

Le consulat général de France de Boston expose “101 photos pour la liberté de la presse”, de la guerre d’Espagne en 1936 au tremblement de terre à Haïti en 2010 et en profite pour faire venir trois des photographes de l’agence Magnum. Parmi eux, le Français Antoine d’Agata, documentariste itinérant à l’esthétique sombre.

Antoine d’Agata est français sur le papier, mais sans pays fixe en pratique. Depuis six ans, il est en “errance”, voyage d’un continent à un autre. “C’est une manière de rester fragile, de me remettre en question en permanence. Je n’ai pas d’acquis, pas de certitudes”, explique le nomade immergé dans le monde de la nuit. Alcool, drogue, sexe et prostitution sont ses sujets de prédilection.

Celui qui se qualifie de “vagabond”. Dès l’adolescence, il a vécu dans la rue. “Je ne faisais pas grand chose et je faisais des choses qu’il ne faut pas faire”, commente le photographe avec pudeur. Ses phrases sont hésitantes, il cherche ses mots, bégaye parfois.

Perte de contrôle

Après quelques années dans les squats de Marseille, Antoine d’Agata part vivre dans la banlieue de Londres avant de prendre goût au voyage, avec un premier parcours de neuf mois, le menant de Lima à New York par “une lente dérive”. Arrivé dans la Grosse Pomme en 1990, à 30 ans, “un peu par hasard”, il est encouragé par ses proches à suivre une formation et prend des cours à l’International Center of Photography (ICP), “pour acquérir un peu de force psychologique et sociale” et “pour sortir la tête de l’eau”. C’est le début de sa carrière de photographe.

Membre de Magnum depuis 2008, Antoine d’Agata s’est mis à la couleur et au numérique. Ce ne sont pas les contraintes matérielles qui l’intéressent : “mes préoccupations principales c’est ma position dans la composition et atteindre un degré d’inconscience, de non contrôle, pour que les photos soient moins pensées.”

Il ne cache pas que sexe et drogue sont des moyens d’atteindre cette inconscience. Le photographe est souvent présent dans ses clichés, que ce soit physiquement ou au figuré. “De par mon expérience, la forme du journal était assez naturelle”, explique-t-il. “Je montre ma propre perspective plutôt que de me réfugier dans le rôle de témoin. Ce n’est pas du narcissisme, ça rend les photos plus justes, plus honnêtes.”

Monde de la nuit et “problématiques de jour”

Mais depuis septembre il n’a pas pris une seule photo. Il prépare un film, pour cette fois “donner la parole”. Le documentariste revient de dix jours en Inde et prévoit des voyages en Afrique, en Ukraine, en Californie pour alimenter une plongée dans le milieu du “crystal meth”, la méthamphétamine.

Il prépare en même temps une exposition parisienne pour janvier sur la confrontation entre nuit et jour : sa photographie s’intéresse aussi au travail, à l’immigration, à l’histoire, aux guerres… Sujets considérés à ses yeux comme des “problématiques de jour”.

C’est d’ailleurs une série de photos prises pendant un conflit à Jérusalem, en 2001, qui est présentée à Boston pour l’exposition “101 photos pour la liberté de la presse”. Antoine d’Agata se rappelle avoir pris ces clichés d’une bataille de rue qui a duré trois heures, entre policiers israéliens et jeunes palestiniens. C’était sa première commande, pour le magazine Newsweek.

“Mes images étaient un peu chaotiques. On a dû les regrouper en une composition, pour rendre compte de ma propre panique”, raconte-t-il. “Au début, le résultat a été mal accueilli par les autres journalistes, qui voyaient là une tentative artistique. Mais au fil des années, j’ai été mieux compris. Il faut renoncer à faire une photo parfaite.”

 

“101 photos for press freedom”, jusqu’au 30 avril 2012, à l’Art Institute of Boston Gallery (galerie de l’Institut des arts), 700 Beacon Street, Boston.

Table ronde sur le journalisme indépendant jeudi 29 mars, à 19h, au Washburn Auditorium de Lesley University (10 Phillips Place, Cambridge, MA). En présence de trois photographes : Antoine d’Agata, Peter van Agtmael et Susan Meiselas. Discussion modérée par Alex Kershaw, auteur de best-sellers et de The Life and Times of Robert Capa notamment.

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