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Après Balladur, Chirac et Villepin éclaboussés par l’affaire Karachi

 L’affaire Karachi, qui embarrasse les balladuriens, éclabousse désormais Jacques Chirac et Dominique de Villepin contre lesquels des familles de victimes de l’attentat de mai 2002 au Pakistan s’apprêtent à déposer plainte pour “mise en danger de la vie d’autrui”.

Ces familles ont pris cette décision après que l’ancien PDG d’une société de commercialisation d’armements eut révélé jeudi devant le juge Renaud Van Ruymbeke qu’un dirigeant de la Direction des constructions navales (DCN) l’avait mis en garde contre les “risques” encourus par “ses personnels” en cas d’arrêt du versement de commissions sur un contrat franco-pakistanais.
Ces déclarations intéressent au plus haut point les familles de victimes de l’attentat de Karachi puisque la justice suit la piste de représailles pakistanaises à cause de l’arrêt –décidé par M. Chirac après son élection en 1995– du versement de commissions sur la vente de sous-marins Agosta promises par le gouvernement d’Edouard Balladur (1993-1995).

Au cours de son audition, révélée vendredi par Mediapart, l’ancien PDG de la Sofresa, Michel Mazens, a expliqué au juge Van Ruymbeke qu’il avait été chargé en 1995 d’interrompre le versement de commissions sur le contrat Sawari II de vente de frégates à l’Arabie saoudite.
C’est quand M. Mazens a averti Dominique Castellan, ex-président de DCNI –la branche internationale et export de la DCN– que les commissions promises en marge d’un contrat de vente de sous-marins au Pakistan en 1994 ne seraient pas versées, que ce dernier lui aurait fait part des risques encourus par le personnel de DCN. “J’informais M. de Villepin (secrétaire général de l’Elysée, Ndlr) en temps réel de l’évolution de ce dossier”, a dit M. Mazens à propos du contrat Sawari II. “Entre-temps il m’a demandé d’aller voir M. Castellan et de lui dire d’appliquer la même procédure pour le Pakistan”, a-t-il déclaré au juge. “Un soir je suis ainsi allé voir M. Castellan dans son bureau pour lui faire part de la directive de M. de Villepin. Il a réagi en disant que pour lui c’était compliqué car c’était faire courir des risques au personnel”, a ajouté le responsable.
Le 8 mai 2002, 11 salariés de la DCN figuraient parmi les 15 victimes de l’attentat.
“Nous sommes scandalisés de voir que la DCN et l’Etat, notamment MM. Chirac et de Villepin, savaient qu’il y avait des risques pour le personnel en arrêtant le versement des commissions”, a dénoncé auprès de l’AFP Magali Drouet, porte-parole de familles de victimes. “Notre plainte va viser le cheminement menant à la décision d’arrêter les commissions, elle vise Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Michel Mazens et Dominique Castellan”, a précisé leur avocat, Me Olivier Morice.
Jeudi, ces familles avaient déjà réclamé l’audition par un juge de MM. Chirac, Villepin et de Nicolas Sarkozy, ex-ministre du Budget et porte-parole de la campagne de M. Balladur. Leur plainte devrait être déposée la semaine prochaine auprès du juge antiterroriste chargé de l’enquête sur l’attentat. Selon l’avocat, “il reviendra au parquet de Paris de prendre un réquisitoire supplétif” pour élargir le champ des investigations sur les faits imputés à MM. Chirac et Villepin.”On ne pouvait à la fois arrêter les versements de commissions et en même temps poursuivre des transferts de technologies, avec l’envoi de personnel français au Pakistan”, a estimé Mme Drouet. Elle s’est en revanche dite “soulagée” de voir que “les langues commencent à se délier depuis le début de semaine”, en référence à l’audition de l’ex-ministre de la Défense Charles Millon qui a confirmé des faits de corruption avec des rétrocommissions versées en marge du contrat pakistanais.

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