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Après deux semaines de crise à l’UMP, Copé et Fillon ne lâchent rien

Un ancien ministre y voit la bataille du “pitbull” Copé contre “l’orgueilleux” Fillon. Depuis deux semaines, les deux rivaux montrent qu’ils sont prêts à tout pour mettre la main sur l’UMP, passage obligé sur la route de leur ambition présidentielle.

Rien n’y fait. Ni l’intervention d’Alain Juppé, éphémère médiateur, ni celles, plus discrètes, de Nicolas Sarkozy. L’UMP a beau se retrouver aphone face à la gauche au pouvoir, alors que le chômage a de nouveau bondi. Le Figaro peut bien suggérer, dans un éditorial jeudi, une manifestation du peuple de droite “contre la sottise de ses dirigeants”. Le Front national et l’UDI de Jean-Louis Borloo se frottent les mains. Mais Jean-François Copé et François Fillon, eux, restent inflexibles. “Le fond du problème, c’est que lorsqu’on devient président de l’UMP, on peut devenir président de la République. Voilà ce qui leur fait perdre la tête”, lâche un ancien ministre UMP à l’AFP.

Dans cette bataille, deux ambitions se révèlent, mais celle de Jean-François Copé, “une évidence”, surprend moins que celle de François Fillon, “qui a longtemps avancé masqué”, analyse Philippe Braud, professeur à Sciences-Po. L’ancien Premier ministre, que Nicolas Sarkozy avait ravalé au rang de simple “collaborateur”, s’était finalement révélé inusable à Matignon où il a passé cinq ans. Taxé de “mou” par ses détracteurs, il a montré cette semaine qu’il était déterminé jusqu’au point de faire scission à l’Assemblée nationale, avec la création d’un nouveau groupe parlementaire, le Rassemblement-UMP (R-UMP). Une aventure – provisoire s’il obtient un nouveau vote des adhérents de son parti – dans laquelle 70 des 198 députés UMP l’ont suivi.

“L’inconvénient pour lui, c’est qu’il passait pour un homme d’Etat, et que maintenant il passe pour un politicien comme les autres. L’avantage, c’est qu’il a acquis une stature de +chef de troupes+. Et en politique, il faut faire comprendre aux siens qu’on est capable d’aller jusqu’au bout”, explique M. Braud. “Fillon ne m’étonne pas dans cette histoire. C’est un orgueilleux. Dès qu’il se sent menacé, il réagit de manière très vive”, estime pour sa part un autre ancien ministre. “Il a été profondément humilié et vexé” par son résultat à la présidence de l’UMP, ajoute un proche de Nicolas Sarkozy: “on le donnait gagnant à 70%, il finit à 50%”.

Attention à la secte

Quant à Jean-François Copé, “c’est un pitbull, il n’y a pas de surprise”, poursuit l’ancien ministre. Durant sa campagne, pour séduire la base, le député-maire de Meaux avait tout misé sur “la droite décomplexée”, quitte à flirter avec les idées du FN en dénonçant le “racisme anti-Blancs”. Désormais, il s’accroche à son titre de “président proclamé” de l’UMP, donnant une image de forteresse assiégée au siège du parti, rue de Vaugirard à Paris. Il répète que deux commissions internes de l’UMP, la Cocoe le 19 novembre, puis la CNR lundi, ont prononcé sa victoire, et que les statuts du mouvement ont été respectés.

Qu’importe si la Cocoe a reconnu avoir oublié dans son décompte trois fédérations d’outre-mer, qui auraient pu faire basculer le résultat du vote des adhérents en faveur de François Fillon. Quant à la CNR – Commission des recours -, Alain Juppé lui-même avait souligné qu’elle posait problème, six de ses neuf membres ayant soutenu l’un ou l’autre des candidats durant la campagne (4 pro-Copé, dont son président Yanick Paternotte, 2 pro-Fillon). “Copé a montré sa détermination, mais il ne faudrait pas que cela se transforme en secte”, craint un proche de Nicolas Sarkozy. “Il joue le pourrissement, en espérant que des soutiens de Fillon le lâchent progressivement”, pense Christian Delporte, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Versailles. Quant à Fillon, ajoute-t-il, “s’il lâche il perd tout: le parti, la crédibilité et l’autorité”.

En fin de semaine, l’ambiance était au dialogue de sourds entre les deux rivaux, même si beaucoup à l’UMP, et au sein même des deux camps, tentent de renouer les fils. D’un côté, Jean-François Copé a repris ses habits d’opposant, son équipe envoyant des rafales de communiqués pour dénoncer la politique de François Hollande. Le président proclamé de l’UMP, que seul le retrait du groupe parlementaire de François Fillon pourrait faire céder, se déplacera à Nancy, dimanche, pour une réunion militante.

De l’autre côté, le député de Paris promet de dissoudre son groupe s’il obtient des garanties d’impartialité quant à un nouveau scrutin. Dimanche, il a prévu de se rendre aux Entretiens de Royaumont chez l’un de ses fidèles, Jérôme Chartier. “Fillon attend que Copé fasse le premier pas, et Copé attend que Fillon fasse le premier pas. Ca peut durer assez longtemps…”, soupire le député UMP Damien Meslot. “Ca bouge un peu, ce n’est pas figé”, croit néanmoins Brice Hortefeux. Pas suffisamment pour qu’on retrouve Jean-François Copé et François Fillon bras dessus bras dessous, comme le montre vendredi une publicité RTL intitulée “Vivre ensemble”, en bonne place dans les pages du Figaro.

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