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Après Katrina, les nouvelles digues ne font pas barrage aux inquiétudes

Cinq ans après l’ouragan Katrina, la bande son de la Nouvelle-Orléans a changé. Au jazz s’est ajouté le staccato des marteaux-piqueurs qui érigent des digues censées protéger la ville d’un nouvel assaut de la nature, sans rassurer totalement.

C’est en fait un enchevêtrement composé de 560 km de digues, de parois coulissantes anti-crue et de 78 stations de pompage que le Corps des ingénieurs de l’armée américaine est en train de construire. Pour le colonel Robert Sinkler, il s’agit tout simplement du “plus grand projet de ce type dans toute l’histoire du Corps”. “Normalement, il faudrait de 15 à 20 ans pour tout finir, mais nous espérons terminer dans environ six mois”, explique à l’AFP le colonel Sinkler, responsable du service de protection anti-ouragans du Corps des ingénieurs. Lorsque ces travaux d’Hercule, dont le budget se monte à 15 milliards de dollars, auront pris fin, la Nouvelle-Orléans et sa banlieue seront parés pour affronter une charge du calibre de Katrina. Sur le papier, en tout cas.

Mais dans les rues de la ville, la méfiance règne. Les Louisianais ne tiennent pas les organes gouvernementaux en très haute estime, après le désastre humain qui avait suivi la rupture des digues juste après le passage de Katrina en 2005. “On ne peut pas faire confiance au Corps” des ingénieurs, souffle Sarah DeBaucher, vice-présidente d’association dans le “Lower Ninth Ward”, un quartier qui s’était retrouvé sous plusieurs mètres d’eau il y a cinq ans. Joignant le geste à la parole, Sarah DeBaucher s’est installée dans une maison “surélevée, sur pilotis”. Quant aux responsables du Corps des ingénieurs, “ils s’impliquent dans la vie de quartier pour la forme, mais quand ils daignent répondre à nos commentaires, ils enterrent leurs réponses dans des pavés de 100 pages, écrits en jargon juridique”, s’échauffe Mme DeBaucher. Tout aussi méfiant, Jarret Lofstead, commerçant et rédacteur en chef du site NOLAFugees.com est partisan du “voir pour le croire”. Cinq ans après Katrina, dit-il, “le système éducatif est toujours autant défaillant. Le taux de criminalité n’a pas bougé. Le système judiciaire est toujours inefficace. Personne ne sait si les digues et toutes les constructions du Corps des ingénieurs vont fonctionner (…). J’attends de voir si tout cela tient”.

Sandy Rosenthal, directrice générale du site d’information sur les digues Levees.org, juge de son côté que l’investissement financier du gouvernement fédéral n’a pas encore trouvé sa traduction dans les faits. “Sommes-nous plus en sécurité qu’avant? Pas encore”, avance-t-elle. Mais ce qui provoque le scepticisme de Mme Rosenthal, ça n’est pas tant le gigantisme du projet et les promesses qui en découlent que la législation qui l’entoure. Une loi de 1928 protège en effet les Corps des ingénieurs de l’armée de toute poursuite judiciaire portant sur les défaillances de constructions réalisées par lui. En clair, peu importe l’ampleur de la catastrophe, le Corps des ingénieurs ne pourra pas être tenu pour responsable. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé après Katrina. Une action en nom collectif avait saisi la justice dans une affaire ayant trait à l’ouragan. Mais un tribunal avait disculpé en 2008 le Corps au nom de la loi en question.

“Aucune enquête indépendante n’a jamais été lancée pour déterminer ce qui a causé les défaillances en 2005”, assure Sandy Rosenthal. “Quand vous pensez que 55% des Américains vivent dans des régions protégées par des digues, vous comprenez qu’il ne s’agit pas d’un problème spécifique à la Nouvelle-Orléans. C’est un problème national”, poursuit-elle, citant des chiffres fédéraux obtenus par son groupe.

 

 

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