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Arbitrage Tapie : deux proches de Sarkozy dans le collimateur des enquêteurs

Après la mise en examen du PDG d’Orange, Stéphane Richard, dans l’enquête sur l’arbitrage Tapie/Crédit Lyonnais, les juges ont en ligne de mire deux proches collaborateurs à l’Elysée de Nicolas Sarkozy en 2007, François Pérol et surtout Claude Guéant.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé jeudi que l’Etat préparait un recours contre cet arbitrage, une démarche qui est de son “devoir”, de l’avis de François Bayrou, le président du Modem, qui dénonce “une manoeuvre” de gens qui “avaient décidé avant l’arbitrage ce que serait son résultat”. Poursuivi pour “escroquerie en bande organisée”, M. Richard a affirmé aux enquêteurs que Bernard Tapie était présent en 2007 à une réunion à l’Elysée destinée à mettre en place cette procédure plutôt que de s’en remettre à la justice, dans son litige avec le Crédit Lyonnais sur la vente d’Adidas, a indiqué jeudi à l’AFP une source proche de l’enquête.

M. Richard, alors directeur de cabinet de la ministre de l’Economie Christine Lagarde, et Jean-François Rocchi, alors patron du Consortium de réalisation (CDR) chargé de gérer le passif du Crédit Lyonnais, assistaient également à cette réunion. MM. Rocchi et Richard ont été mis en examen mercredi, après Pierre Estoup, l’un des trois juges du tribunal arbitral qui avait octroyé 403 millions d’euros à Bernard Tapie. Mme Lagarde, qui fait l’objet d’une enquête par la cour de justice de la République (CJR), a échappé à une mise en examen en étant placée sous statut de témoin assisté. Un statut provisoire qui peut à tout moment évoluer, y compris vers une mise en examen, note un connaisseur du dossier.

Les enquêteurs soupçonnent son directeur de cabinet Stéphane Richard d’avoir joué un rôle clé dans la mise en place de l’arbitrage. Interrogé par la brigade financière durant 48h, M. Richard leur a ouvert une piste : l’arbitrage a été décidé directement à l’Elysée, sous la houlette de son secrétaire général Claude Guéant et du secrétaire général adjoint François Pérol. M. Richard a raconté avoir été “convoqué” à l’Elysée par Claude Guéant le 24 ou 25 juillet 2007, a indiqué la source proche de l’enquête. Jean-François Rocchi avait reçu la même convocation à cette réunion dont l’objet n’avait pas été précisé, a ajouté cette source.

“Le prochain, c’est Guéant”

Claude Guéant a alors tranché: “Nous allons faire l’arbitrage”, a rapporté M. Richard aux enquêteurs. Lui-même et M. Rocchi ont raconté avoir été “surpris”, à leur arrivée au bureau de M. Guéant de se retrouver face à MM. Guéant, Pérol et Tapie, comprenant alors que la réunion avait pour enjeu l’arbitrage. L’enquête a par ailleurs montré que M. Tapie avait eu de nombreux rendez-vous avec M. Sarkozy lui-même. L’entourage de M. Richard n’a pas souhaité faire de commentaire. L’avocat de M. Rocchi, Me Jean-Alain Michel, n’a voulu “ni confirmer ni infirmer” l’information. M. Richard avait indiqué la semaine dernière avoir participé à une réunion de “validation” de l’arbitrage à l’Elysée, sans mentionner M. Tapie.

Ce dernier interrogé jeudi a déclaré “ne pas se souvenir de cette réunion à cette date”. “Etais-je présent, peut-être, s’ils le disent. Il n’y a aucune raison qu’ils mentent”, a-t-il ensuite dit au Figaro. “Une réunion pour expliquer sa position” lui “paraît un processus logique, après que les liquidateurs de son groupe eurent suggéré l’arbitrage suite à l’échec de la médiation”, a-t-il argumenté.

Si réunion il y a eu, “six mois avant l’arbitrage”, il s’agirait en aucun cas d’une “réunion de validation” mais d’une “réunion d’information” afin d’évaluer “à quel point la solution de l’arbitrage a mis l’Etat à l’abri de très mauvaises surprises”, a-t-il estimé. “Quand c’est pas bidon, décider d’un arbitrage demande consultation, décision puis arbitrage”, a-t-il fait valoir en précisant que Mme Lagarde avait ensuite “demandé des consultations à des spécialistes”.

Placé au coeur de l’affaire, Claude Géant, devrait être prochainement convoqué par les enquêteurs qui ont déjà perquisitionné son cabinet et son domicile. “Le prochain, c’est Guéant, c’est sûr”, craint un responsable de l’UMP. L’actuel président de la BPCE, François Pérol, se défend d’avoir joué un rôle: “Il n’a pas travaillé à l’Elysée sur ce dossier-là. C’était traité à Bercy”, assure un proche du dossier.

Très incertain, le maintien de M. Richard à la tête d’Orange sera décidé en début de semaine prochaine. M. Rocchi va de son côté démissionner de son poste de PDG du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service géologique de l’Etat. L’ex ministre du Budget Alain Lambert (2002-2004) a affirmé jeudi à BFMTV que Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Ville, lui avait parlé “d’arbitrage en 2002”. Alain Lambert a ajouté que “l’administration considérait que l’intérêt de l’Etat était de continuer la procédure et qu’elle pouvait gagner devant les juridictions”.

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