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Ari Folman : « L’écriture d’un film a toujours des vertus thérapeutiques »

Valse avec Bachir, a été nominé jeudi dans la catégorie du meilleur film étranger aux Golden Globes. Ce film autobiographique, coproduit pas Arte, retrace le traumatisme du réalisateur israélien Ari Folman, jadis soldat pour l’armée israélienne de Tsahal et envoyé à Beyrouth lors de la première guerre du Liban, en 1982. Entretien.

Hanté par des souvenirs dont il n’arrive pas à se défaire, le réalisateur qui est aussi le personnage principal de ce documentaire d’animation, mène l’enquête pour remonter à la source de ses tourments et retrouver la trace de ce qu’il a vécu puis enfoui au fond de sa mémoire.

Le film oscille entre la réalité objective du documentaire et l’imaginaire du rêve. Qu’avez-vous voulu montrer en juxtaposant une réalité historique dramatique et des images tirées de votre inconscient ?

Je pense que la frontière entre les rêves et la réalité est ténue. En faisant coexister des images fantastiques et des images brutales de la guerre au Liban, j’ai voulu montrer comment ma mémoire avait transformé et même refoulé le passé.

Valse avec Bachir est un documentaire d’animation. Ce n’est pas courant d’utiliser le dessin animé pour présenter la réalité.

C’est vrai mais dans mon cas, le film d’animation permettait parfaitement de passer de l’inconscient du rêve à la guerre et à mon expérience de soldat. Le film d’animation offre une plus grande liberté artistique pour naviguer entre les événements historiques et brouiller les limites.

Votre film se termine pourtant par des documents d’archive vidéo et photo. Pourquoi ce choix ?

Je ne voulais pas que certaines personnes sortent de la salle en se disant : « c’était un film d’animation vraiment sympa », sans prendre conscience que cette guerre fut dramatique. Les massacres de Sabra et Chatila ont fait plus de 3000 morts. Ces 50 dernières secondes où le spectateur voir défiler des images d’archive permettent donc de faire basculer le film du dessin au drame réel.

A-t-on fait la lumière aujourd’hui sur les massacres de Sabra et Chatila (ndlr, ces massacres furent perpétrés dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila par les milices libanaises chrétiennes, suite à l’assassinat de leur chef de file Bashir Gemayel, également président du Liban) ?

Une commission fédérale a été créée à l’époque (Kahal commission), pour mettre au jour les responsables. Les Phalangistes chrétiens de Gemayel sont les auteurs du massacre. Les IDF (Israeli Defense Forces) dont je faisais partie entouraient les camps de Sabra et Chatila. Ari Folman prend un crayon et dessine les camps et la position de son armée. Nous les avons laissé entrer dans le camp. Ils souhaitaient purger la zone des combattants palestiniens. En réalité, il n’y avait plus aucun combattant dans le camp mais seulement des civils puisque les résistants palestiniens avaient été évacués deux semaines plus tôt en Tunisie. En fait, pendant trois jours, les Phalangistes ont massacré les réfugiés palestiniens. La commission Kahal a condamné Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, pour n’avoir pas donné l’ordre aux Forces Israéliennes de Défense d’interrompre le massacre. Ariel Sharon a été démis de ses fonctions.

Ce film a-t-il été pour vous une forme de thérapie ?

L’écriture d’un film a toujours des vertus thérapeutiques. C’est un processus dynamique qui permet de faire la lumière sur son histoire personnelle. Pour Valse avec Bachir, j’ai rencontré beaucoup de gens, mes anciens camarades d’armée, des psychologues qui ont analysé mes fantasmes et mes rêves. J’ai voyagé, j’ai enregistré les témoignages et cela m’a permis de revenir à l’origine de mes souvenirs. Valse avec Bachir a également aidé certains de mes amis à se remettre de leurs traumatismes. C’est le cas de Roni Dayg, celui qui rentre chez lui à la nage pour fuir l’attaque palestinienne. En revanche, Boaz, qui apparaît tout au début du film et qui est hanté par des images de hordes de chiens hurlant, ne s’est pas encore débarrassé de ses visions.

Comment le film a-t-il été reçu en France ?

En France, Valse avec Bachir a été un véritable succès. C’est même le pays où le film a le mieux marché. Il a eu plus d’un demi million de spectateurs. Certains de mes amis pensent que c’est à cause de la guerre d’Algérie que le film a eu un tel retentissement en France. En effet, Valse avec Bachir parle de la culpabilité, d’un passé qui n’a pas tout à fait été mis au grand jour. Or les Français connaissent le même sentiment de culpabilité envers l’Algérie ; tout n’a pas encore été dévoilé sur cette partie très noire de leur histoire.

Votre film était une coproduction d’Arte.

Oui en effet, Arte était notre source de financement la plus importante. Lorsque le film est sorti en France, le directeur d’Arte m’a appelé pour me demander de faire moi-même la voix française du narrateur. Je ne parle pas un mot de français même si j’ai toujours voulu apprendre cette langue ! Comme Arte était notre principal sponsor, j’ai accepté. Pendant six semaines, j’ai pris des cours intensifs de français avec un professeur. Je me suis même entraîné à parler français avec un petit accent israélien ! Je suis arrivé le jour de l’enregistrement avec mes dix pages de manuscrits et j’ai ensuite envoyé l’enregistrement à Arte. Et ils ne m’ont jamais rappelé ! Je crois que mon accent était trop prononcé parce que finalement ils ont choisi un Français pour faire la voix off !



Informations pratiques

Waltz with Bashir, un film d’Ari Folman. 1h27 minutes

Sortie le 25 décembre à Los Angeles et le 26 décembre à New York

Sortie nationale début janvier.

http://www.valseavecbachir-lefilm.com/

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