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Asghar Farhadi : “Le but du film ‘Le Passé’ était de donner une image juste de la France actuelle”

A l’occasion de la sortie du film “Le Passé” le 20 décembre à New York et Los Angeles, dont l’intrigue se passe en France, le réalisateur iranien oscarisé a rencontré la presse à New York. Asghar Farhadi nous parle de son travail avec Bérénice Béjo et Tahar Rahim. Mais aussi de sa tentative de donner une image juste de la société française contemporaine à l’écran.

Pourquoi avez-vous choisi la France pour le tournage du film ?

Au début, il n’était pas particulièrement prévu de tourner en France. Cette histoire est inspirée de celle d’un ami, qui comme dans le film, a dû voyager pour finaliser un divorce. Le voyage était donc une condition à l’intrigue, on ne pouvait y échapper. J’ai choisi la France parce que j’y suis familier, je m’y suis rendu à plusieurs reprises.

Comment avez-vous rencontré les acteurs principaux du film, Bérénice Béjo et Tahar Rahim ?

Je n’arrêtais pas de croiser Bérénice dans des hôtels ou des cérémonies. Je l’ai trouvée intéressante, chaleureuse et authentique. Mais la première personne du casting dont j’ai fait la connaissance est Tahar Rahim, qui est rapidement devenu un ami. Ce que j’ai décelé en lui, c’est son humilité et son intelligence. Il ne joue jamais dans le cliché, ce que j’apprécie énormément.

Qu’est-ce que cela change de tourner en Iran ou en France, notamment au niveau de la censure ?

Les méthodes que j’ai utilisé pour faire ce film ne sont pas différentes que celles employées en Iran. Pour moi il n’y a pas de différences fondamentales. La censure existe dans tous les pays en ce moment, mais sous différentes formes. Dans certains, c’est le gouvernement ou l’Etat qui l’imposent. Dans d’autres c’est le capital. J’ai un ami qui a réalisé un film en France il y a quelques années, mais depuis, plus rien. Non pas parce qu’il ne veut plus le faire, mais parce qu’il ne trouve pas d’investisseurs.

N’était-ce pas compliqué de tourner un film dans un langue que vous ne comprenez pas ?

Faire un film est difficile à la base, et tant mieux sinon 99% des gens feraient des films (rires). Au niveau de la langue, ce qui était un obstacle est devenu un mérite. La communication ne passe pas, selon moi, que par la langue. Elle se créée aussi par des gestes, par des expressions. Pendant les deux ans que j’ai passé en France, je me suis interessé à la culture, la musique. Aux liens entre la langue et la culture.

Quelles ont été les retours sur Le Passé en Iran ?

Quand je suis retourné en Iran après le tournage du film, le gouvernement avait changé. Ce dernier n’est jamais unanime, il y a des radicaux et des modérés. Les réactions à mon film ont donc été plurielles. Beaucoup de gens en Iran disent que cela ne reflète pas le vrai visage de la France. Ils ont l’image de Paris, des beaux-quartiers. Mon film, qui ne montre pas du tout le Paris historique, leur est apparu comme un mensonge.

Et les Français, pensent-ils également que l’image de la France que vous donnez est faussée ?

Le scénariste et écrivain Jean-Claude Carrière, qui est aussi mon ami, m’a dit qu’il trouvait que c’était une peinture honnête de la société française. Je pense que lorsque l’on vit trop longtemps dans une ville, il y a beaucoup de choses que l’on ne voit plus, qu’on ne remarque plus. En tant qu’étranger, j’avais un oeil nouveau. J’étais entouré d’une équipe française et je n’hésitais pas à vérifier, grâce à eux, des éléments du film. Mon but était de donner une image juste de la France actuelle.

Avez-vous pensé à vous installer en France après le tournage ?

Non, je suis tout de suite retourné en Iran. Je sais que je veux y mourir. J’y suis lié et tout ce qu’il s’y passe me touche. Je ne vois pas l’Iran comme la mère patrie dans laquelle il faut retourner obligatoirement. Mais je pense qu’il faut que j’y reste, que parfois il vaut mieux supporter le fardeau de son propre pays plutôt que d’un autre.

Le Passé sera projeté en salles à New York et Los Angeles à partir du 20 décembre. Une sortie nationale est prévue ensuite.

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