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Au Mali, Hollande a remporté une victoire mais pas encore la guerre

François Hollande a remporté un premier pari avec la reconquête éclair du Nord-Mali menée par les forces françaises, mais le président s’apprête désormais à affronter de multiples périls militaires et politiques, du sort des otages du Sahel aux risques d’attentats.

“On s’est enlevé une grosse épine du pied mais tout n’est pas réglé, bien sûr”, observe une source diplomatique française qui ajoute, précautionneuse: “Il n’y a pas de raison de ne pas être prudent mais pas de raison non plus de ne pas être optimiste”. Pour François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), le chef de l’Etat, chef des armées, “habite désormais pleinement la fonction”, après avoir “réagi vite et bien” à l’offensive des islamistes sur Bamako, stoppée nette par les forces françaises. “Cette victoire militaire entraîne une victoire politique, le rétablissement de l’intégrité territoriale du Mali”, souligne-t-il.

Ces derniers jours, observe-t-il, François Hollande a conduit “l’exécutif dans ce qu’il a de plus radical: on donne l’ordre et 24 heures plus tard, des soldats français interviennent dans un autre Etat”. Le plus dur reste cependant à faire et cela prendra “des années”, selon lui: parer la menace terroriste, régler le sort des otages français, favoriser la réconciliation nationale au Mali, assurer le développement économique du Sahel, éviter les exactions, former et équiper les forces maliennes et africaines… “Il ne faut pas se laisser abuser par l’apparente facilité des opérations: on va très probablement réussir à chasser les djihadistes des villes mais ils vont sans doute se réfugier dans les zones désertiques du nord Mali”, abonde Bruno Tertrais, autre expert de la FRS.

En terme d’image, estime-t-il, l’intervention militaire française au Mali est positive pour le chef de l’Etat: elle contribue “à une réorientation de la posture, plus grave et plus posée” qui est “sans doute une bonne chose” car “en phase avec la gravité de la situation économique et sociale”. “Il y a une forte adhésion des Français à l’intervention au Mali mais, dans les sondages, Hollande ne regagne que très peu”, tempère Frédéric Dabi, de l’Ifop. La cote de popularité du président de la République ne gagne ainsi qu’un tout petit point pour atteindre 38% dans le dernier baromètre Ifop/JDD paru le 19 janvier. “Le Mali intéresse, mais il est loin d’être au coeur des préoccupations des Français”, souligne-t-il.

Quant au risque d’enlisement des troupes françaises au Mali, cette question ne tardera pas à se poser, estime Bruno Tertrais: “Le temps médiatique veut qu’en général ce mot apparaisse au bout de 15 jours, trois semaines, c’est presque une règle du débat politico-médiatique”. “Nous ne voulons pas nous enliser”, a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, prenant les devants dès lundi. “Nous tirons les leçons de tout une série de conflits et il n’y aura pas d’enlisement”, a-t-il insisté, évoquant implicitement l’Afghanistan.

L’ex-puissance coloniale compte sur la montée en puissance des forces maliennes et africaines pour réduire son empreinte sur le terrain – quelque 3 000 hommes actuellement -, son objectif étant d’apparaître en soutien plutôt qu’en première ligne. Près de trois semaines après le début de l’intervention, la France doit encore s’assurer d’une contribution internationale jusqu’ici très timide. “On ne peut pas parler d’isolement. En revanche on ne peut qu’être déçu par l’attitude des Etats-Unis. Il a fallu deux semaines pour que l’administration Obama accepte d’aider la France gratuitement pour les transports et le ravitaillement”, relève Bruno Tertrais.

 

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