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Au pouvoir, la gauche fait sa révolution… en soutenant les entreprises

De la rigueur à la compétitivité, le nouveau gouvernement socialiste entend imposer à la gauche une “révolution copernicienne” dans son rapport aux entreprises, s’inspirant du modèle social-démocrate allemand ou britannique.

“Mon véritable adversaire”, “c’est le monde de la finance.” François Hollande se lançait en janvier à la conquête de l’Elysée avec ces mots résolument à gauche et, dans son panier, des hausses d’impôts pour les riches et les grandes entreprises ainsi qu’un coup de pouce au Smic. Tout cela relevait d’un “manifeste socialiste assez traditionnel”, note l’économiste Gilles Moëc, de Deutsche Bank, rappelant que la gauche française n’avait pas épousé, lorsqu’elle a gouverné sous Lionel Jospin, la “troisième voie” chère au social-démocrate allemand Gerhard Schröder ou au travailliste britannique Tony Blair. Mais déjà, le “redressement dans la justice” annoncé, et ses objectifs d’orthodoxie budgétaire, avaient des allures de rigueur.

Depuis l’accession au pouvoir en mai, la ligne politique affichée s’est progressivement orientée vers la social-démocratie, d’abord avec un effort accru de réduction des dépenses publiques, puis un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros pour la compétitivité des entreprises. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault la définit ainsi, dans Le Journal du dimanche: “C’est une gauche social-démocrate et réformiste, une gauche qui réforme le pays”. Et, selon Gilles Moëc, “Hollande va suivre ces engagements réformistes” et “lentement marcher sur les pas de Schröder”. Malgré les gages donnés à l’aile gauche, comme la création d’un ministère du Redressement productif confié à Arnaud Montebourg, pourfendeur du capitalisme transnational, celle-ci critique de plus en plus ce qu’elle perçoit comme du social-libéralisme.

“Changer le réel sera compliqué”

L’ambiance est pourtant d’abord tendue avec le patronat. La présidente du Medef Laurence Parisot bataille contre le budget 2013, et des créateurs d’entreprise, autoproclamés “pigeons”, font plier Bercy sur la taxation des plus-values de cession. En pleine explosion des plans sociaux, les attaques d’Arnaud Montebourg contre Peugeot ou ArcelorMittal durcissent la confrontation. Laurence Parisot dénonce, début octobre, un “racisme anti-entreprise”. Mais un mois plus tard est posée la pierre angulaire du réformisme hollandais: un “pacte de compétitivité” devant réduire les coûts des entreprises.

Pour financer ces baisses d’impôts, le gouvernement augmente la TVA, longtemps considérée comme injuste par les socialistes, au risque de donner un coup de canif supplémentaire à la demande, que la gauche privilégiait auparavant. Et alors même qu’il venait d’abroger la “TVA sociale” de la droite. La presse y voit un virage. En fait, François Hollande, toujours classé parmi les réformistes, n’avait pas été muet sur sa volonté de diminuer le coût du travail. Il s’était juste gardé, durant la campagne, de mettre l’accent sur ce thème peu populaire dans son camp. C’est une “révolution copernicienne pour la gauche”, clame aujourd’hui le ministre de l’Economie Pierre Moscovici, chef d’orchestre de ce mouvement. “Sa révolution copernicienne, c’est une politique de droite”, rétorque la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, de la gauche socialiste.

Le patronat, lui, jubile. Le président de la CGPME Jean-François Roubaud, “étonné” de voir la gauche réaliser cette politique attendue “depuis très longtemps”, salue son “courage”. L’épisode Florange achève de clarifier la ligne. Arnaud Montebourg perd sa croisade pour une nationalisation temporaire du site sidérurgique, au grand dam des syndicats. “Je pensais qu’on chercherait un équilibre entre les attentes de gauche et l’exigence de gestion, manifestement ce n’est pas le cas”, proteste Mme Lienemann. La “gauche romantique” doit ouvrir les yeux, lâche une source proche du gouvernement, dans un constat sans appel: “La gauche est censée changer le réel mais, compte-tenu des contraintes, changer le réel sera compliqué.”

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