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Au Texas, la méthode Perry ne fait pas que des miracles

Mary Soto travaille à plein temps mais compte sur la banque alimentaire et se “bat pour joindre les deux bouts”: au Texas, le “moins d’impôts, moins de contraintes” du gouverneur Rick Perry, candidat républicain à la présidentielle, ne fait pas que des miracles.

Cette assistante dentaire de 29 ans, mère de famille, gagne 12,25 dollars de l’heure, soit presque deux fois le salaire minimum légal. Malgré tout, elle dépend de la banque alimentaire d’Austin, la capitale du Texas (sud des Etats-Unis), pour nourrir ses quatre enfants. “Je travaille dur, et encore, ce n’est pas assez, je me bats pour joindre les deux bouts”, explique-t-elle. “Je pensais qu’en faisant des études, tous mes problèmes allaient être résolus. Mais ce n’est pas le cas, ils sont toujours là”.

Les situations comme celle-ci se multiplient au Texas, assure John Turner, chargé de communication d’une banque alimentaire de l’Etat, la Capital Area Food Bank, qui sert 48.000 repas par semaine. “Il faut que les gens aient des salaires qui permettent de vivre décemment, et tant que cela ne sera pas le cas”, la précarité “va persister”, ajoute-t-il. Sa crainte: que les républicains ne taillent dans les subventions qui financent jusqu’à 30% de l’aide alimentaire fournie par son organisation.

Le Texas figure parmi les Etats américains qui comptent le plus grand nombre de personnes vivant dans la pauvreté. L’Etat fait aussi figure de mauvais élève en ce qui concerne les salaires, l’assurance santé ou l’échec scolaire. Rick Perry, un des principaux candidats de la primaire républicaine, assure pourtant que sa politique est à l’origine du “miracle texan”: 40% des emplois créés aux Etats-Unis depuis la fin de la récession en juin 2009 l’ont été dans son Etat. La recette? Le Texas est l’un des seuls Etats du pays sans impôts sur le revenu et les entreprises bénéficient de contraintes administratives faibles. Quant aux parlementaires texans, ils ne sont payés que 7.200 dollars par an. De quoi alimenter le débat au moment où le président Barack Obama demande aux riches et aux grandes entreprises de s’acquitter de leur “juste part” d’impôts pour combler le déficit et tente de convaincre le Congrès d’approuver son plan pour l’emploi.

La méthode Perry serait “une catastrophe à l’échelle des Etats-Unis”, lâche le représentant démocrate texan Garnet Coleman. “Au Texas, on ne dépense pas beaucoup, on ne gagne pas beaucoup, c’est ça le miracle texan. Il n’y a pas de fonction publique”, commente l’économiste Daniel Hamermesh, de l’université du Texas à Austin. Certes, les entreprises bénéficient de souplesse, mais l’Etat ne crée pas suffisamment de travailleurs qualifiés, poursuit-il. “On peut avoir toute la dérégulation qu’on veut, mais on n’aura pas les emplois qui conduisent à une société plus saine et riche”. “En fin de compte, la liberté créera plus pour tout le monde qu’un Etat assisté”, rétorque Bill Crocker, un responsable républicain selon qui l’aide sociale contribue à entretenir le cycle de la pauvreté.

C’est aussi l’avis de Craig LeTulle, un entrepreneur aisé d’Austin, installé dans un ranch confortable. “Plus ils prennent d’argent dans notre poche pour l’envoyer à Washington, moins d’argent il y a ici pour les gens”, dit-il, chapeau de cow-boy vissé sur la tête. M. LeTulle serait éventuellement prêt à verser des impôts, à condition qu’ils servent à financer directement des secteurs comme la police ou les infrastructure routières. “L’idée qu’un gouvernement puisse venir ici et prendre mon argent dépasse l’imagination”, dit-il. “Il faut que Washington comprenne que ce n’est pas son argent”.

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