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Augustine, la patiente révoltée du Dr Charcot

Présenté comme le grand-père de la psychanalyse moderne, le docteur Charcot a fait de l’hystérie féminine son cheval de bataille. Il a été aidé dans ses recherches par la patiente Augustine, personnage principal du premier film de la réalisatrice française Alice Winocour. Un film à découvrir en salles américaines le 17 mai.

Augustine, interpretée par la jeune chanteuse française Soko, est servante dans une bonne famille parisienne, en 1885. Cette jeune femme de 19 ans, aux cheveux noirs de jais, est atteinte d’hystérie dite “ovarienne”. Un soir alors qu’elle sert le dîner, elle fait une crise spectaculaire devant les yeux médusés des convives. Tombant à terre, elle se raidit tout entière, se tordant au sol telle une possédée.

Au réveil, son œil droit s’est fermé, une moitié de son corps est devenue totalement insensible et sa main gauche est étrangement recroquevillée. Cas d’école, Augustine est emmenée à l’hôpital. Là-bas, repérée par  “l’éminent” docteur Charcot (interprété par Vincent Lindon), la jeune femme devient une bête de foire que l’on exhibe sans vergogne devant des parterres d’académiciens, allant jusqu’à susciter des crises de la patiente sur commande, à l’aide de l’hypnose, pour satisfaire l’appétit voyeuriste des hommes de bonne société.

“Peu de gens connaissent l’existence de la Cité des femmes de la Salpêtrière”, explique la réalisatrice. “Dans ce lieu, des femmes, malades, de conditions modestes, étaient observées comme des rats de laboratoire. J’ai ensuite découvert Augustine, cette patiente vedette des présentations de Charcot, connue du tout-Paris. J’ai pu suivre son évolution au jour le jour grâce aux carnets de note du docteur, qui s’achèvent sur cette phrase sibylline au bas d’un rapport : ‘Ce soir, Augustine s’est enfuie de la Salpêtrière déguisée en homme.’ Je me suis demandé : pourquoi ? Que s’est-il passé entre Charcot et Augustine ? J’ai imaginé ce hors-champ.”

Tout en courbes, le corps de Soko est filmé avec passion par la caméra d’Alice Winocour. Sous les costumes d’époque et les décors gothiques, dans le clair-obscur des cabinets de l’hôpital de la Salpêtrière, Augustine est un personnage de feu, tout de chair et de sang. Manipulé par les médecins comme un objet, son corps incontrôlable devient le théâtre de l’intériorité refoulée. Les scènes de crise, inspirées des films de possession, sont particulièrement impressionnantes.

Face à elle, Vincent Lindon, raide dans son costume à col blanc est un symbole à lui seul de la rigidité de l’époque. Mais ce scientifique est peu à peu troublé par ce corps et donc rattrapé par sa propre sexualité. Le parti pris de la réalisatrice transforme ce cas d’école scientifique en instrument de révolte contre la domination sociale et masculine. “Je voulais montrer comment le rapport s’inverse. Lacan a cette phrase : ‘L’hystérique est une esclave qui cherche un maître sur qui régner’, c’était ma feuille de route pour le film. Finalement, Augustine provoque Charcot, elle va prendre le pouvoir sur lui.” Et la révolte d’Augustine devient la nôtre.

Bande-annonce :


Augustine, un film d’Alice Winocour. Avec Vincent Lindon, Stéphanie Sokolinski (Soko), Chiara Mastroianni. En salles américaines à compter du 17 mai (dans un premier temps au Film Forum et à l’Elinor Bunin Munroe Film Center de New York et à Los Angeles, suivi d’une sortie nationale). En français, sous-titré en anglais.

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