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Aux Etats-Unis, toute l’équipe présidentielle est passée au crible

Etes-vous à jour de vos impôts ? Possédez-vous une arme ? Vos enfants ont-ils des problèmes de drogue ? Les Américains passent au crible les antécédents des candidats à des fonctions gouvernementales pour limiter les risques d’un scandale similaire à l’affaire Cahuzac en France.

Ministres, mais aussi collaborateurs, ambassadeurs, juges, procureurs, membres de conseils consultatifs: à chaque changement d’administration est organisé à Washington un jeu de 10 000 chaises musicales. Environ 500 des postes alors pourvus sont soumis à confirmation parlementaire, une différence cruciale avec la France. C’est l’occasion d’un immense travail d’enquête en amont par l’équipe de transition du président élu, s’étalant sur des mois. Fin 2008, ceux qui souhaitaient rejoindre la Maison Blanche de M. Obama devaient ainsi remplir un questionnaire… de 60 pages, examiné à la loupe par des juristes. “On vous pose vraiment toutes les questions imaginables. On va presque jusqu’à votre pointure de chaussure”, explique Paul Light, professeur de sciences politiques à l’université de New York (NYU) qui a participé à ces enquêtes dans le passé, dont celle menée par la jeune administration Obama il y a quatre ans.

Selon lui, “nombreux sont ceux qui refusent de s’y soumettre, parce que c’est extrêmement contraignant”, non seulement pour le candidat mais aussi sa famille : l’équipe de transition veut notamment savoir “si vous voyez un thérapeute, un psychologue ou un psychiatre…” S’il sort indemne de cet examen et est nommé par le président, le candidat devra remplir d’autres formulaires, notamment un de “sécurité nationale” évalué par la police fédérale (FBI) et un autre pour le “Bureau de l’éthique gouvernementale”, un organisme indépendant qui examine les possibles conflits d’intérêt.

Les menteurs risquent la prison ferme

Selon les postes convoités, d’autres documents sont soumis à la commission des Finances du Sénat, qui peut réclamer des feuilles d’impôts sur une décennie. Cela avait failli faire capoter en 2009 la nomination au Trésor de Timothy Geithner : il avait régularisé en catastrophe sa situation fiscale et présenté ses excuses, avant de recevoir le feu vert du Sénat. Mais un autre collaborateur pressenti de M. Obama, l’ex-sénateur Tom Daschle, lui aussi en délicatesse avec le fisc, avait dû renoncer à devenir ministre de la Santé, un mois après que le gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson, visé par une enquête pour conflit d’intérêt, eut retiré sa candidature au Commerce.

Ces revers publics avaient terni les débuts de l’équipe de M. Obama. “Je pense que cela a été une erreur. J’ai foiré”, avait avoué le président début février 2009 dans un entretien télévisé à propos de l’affaire Daschle. C’est que la vérification des antécédents par l’équipe présidentielle, théoriquement alliée des candidats, est avant tout vouée à protéger le chef de l’exécutif : que son candidat trébuche, et c’est son jugement qui est mis en cause. Une fois nommé, le candidat subit en effet une autre série d’investigations, celles des adversaires politiques au Congrès, dont des équipes spécialisées dans la recherche de “cadavres dans les placards” se mettent fiévreusement à l’oeuvre, sans parler des enquêtes des médias.

Et gare à celui ou celle qui aurait menti, non à l’équipe de transition, mais au FBI ou au Congrès: aux Etats-Unis, le parjure ou l’outrage au pouvoir législatif sont passibles de prison ferme. Pour M. Light, l’ancien ministre français du Budget Jérôme Cahuzac, qui a été mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale après la mise en évidence d’un compte bancaire non déclaré en Suisse, “aurait été pris ici” avant sa prise de fonctions: “Si vous pensez que vous ne serez pas attrapé, vous êtes un abruti”.

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