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Avant sa clôture, le Festival de Cannes fait un détour par Tokyo

À la veille du palmarès, l’Espagnole Isabel Coixet dévoile samedi à Cannes Carte des bruits de Tokyo, une romance mélancolique aux prémices de film noir où la capitale japonaise prend un parfum d’étrangeté, tandis que le Taïwanais Tsaï Ming Liang présente Visage.

Le jury présidé par la comédienne française Isabelle Huppert devait commencer à délibérer à la mi-journée, pour choisir parmi les 20 films en compétition, le lauréat de la Palme d’or de ce 62e festival (13-24 mai).

Parmi les plus appréciés, figuraient Un prophète du Français Jacques Audiard, Le ruban blanc de l’Autrichien Michael Haneke, Vincere de l’Italien Marco Bellocchio, Bright Star de la Néo-Zélandaise Jane Campion et Looking for Eric du Britannique Ken Loach.

Pour les prix d’interprétation, les noms de Tahar Rahim (Un prophète), Christoph Waltz (Inglourious basterds), François Cluzet (A l’origine), Steve Evets (Looking for Eric) circulaient côté masculin et ceux de Charlotte Gainsbourg (Antichrist), Katie Jarvis (Fish Tank) ou Abbie Cornish (Bright Star), côté féminin.

Les deux derniers longs métrages ne devaient pas bousculer ces pronostics. Souvent invitée au Festival de Berlin où elle a présenté Ma vie sans moi et The secret life of words, Coixet vient pour la première fois en compétition à Cannes.

La Catalane qui se dit fascinée par la culture japonaise, les romans de Haruki Murakami et Banana Yoshimoto et la « vibration » de Tokyo la nuit, promène sa caméra dans des quartiers populaires peu filmés, dont elle donne une vision insolite.

Superbement filmé et photographié, son film suit la mystérieuse Ryu (Rinko Kikuchi) : employée du marché aux poissons la nuit, tueuse à gages le jour. Au désespoir après le suicide de sa fille, Nagara (Takeo Nakahara), un puissant homme d’affaires, fait appel à ses services pour abattre David (Sergi Lopez) le petit-ami de celle-ci, qu’il juge responsable de sa mort. Surveillée de loin par un amoureux transi (Min Tanaka), Ryu s’attache peu à peu à David, jusqu’à en oublier son contrat…

Fidèle à la promesse de son titre, Carte des bruits de Tokyo prend le pouls de la ville : l’effervescence d’un marché de nuit, le crissement d’un train de banlieue à l’aube, le bouillonnement d’une soupe au ramen dans un restaurant de rue, le silence d’un cimetière un après-midi d’été…

Voyage sensoriel et sensuel au pays de la mélancolie, le film capte l’âme d’une métropole peuplée de solitaires, habillée de néon la nuit, hantée par les fantômes des disparus le jour, au fil d’une bande sonore éclectique (Misora Hibari, Max Richter, Kraak & Smaak, Antony & the Johnsons…)

De belles scènes érotiques émaillent le film, où le rouge sombre des lèvres de l’héroïne rappelle celui du thon frais tranché à l’aube, et le carmin vif des banquettes en skaï d’une chambre d’hôtel en forme de wagon de métro parisien, la teinte des arbres en fleurs.

Mais au-delà de cette belle atmosphère, Carte des bruits de Tokyo pêche en abandonnant trop vite son versant polar et en faisant du narrateur l’amoureux transi, le témoin improbable de certaines scènes.

Film très esthétisant au scénario impénétrable, quasiment sans dialogues, Visage du Taïwanais Tsai Ming-Liang a dérouté lors des projections de presse, désertées à un rythme soutenu. Inspiré des tableaux du musée du Louvre où il a été tourné, mais aussi des souvenirs personnels du cinéaste, cet « hommage au cinéma » convoque les acteurs de François Truffaut, Jean-Pierre Léaud et Fanny Ardant.

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