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Ayrault promet de redresser la France mais récuse l’austérité

Jean-Marc Ayrault a appelé mardi devant les députés à la “mobilisation” générale pour redresser la France, “abîmée moralement” et “affaiblie économiquement”, sans toutefois reprendre à son compte les termes d’austérité budgétaire.

Après une minute de silence à la mémoire du député PS Olivier Ferrand, décédé subitement samedi, le Premier ministre a livré les grands axes des réformes du quinquennat, avant d’engager la responsabilité de son gouvernement lors d’un vote de pure forme, le PS et ses proches alliés détenant la majorité absolue des 577 sièges. Sur un ton volontaire, M. Ayrault a lancé un appel à la “mobilisation” de tous pour que la France, “affaiblie économiquement, dégradée socialement, divisée politiquement, abîmée moralement”, retrouve “confiance” en son destin.

La lutte contre la dette, qui atteint “près de 1 800 milliards d’euros, soit 90% de la richesse produite par la France chaque année”, est érigée au rang de priorité, au même titre que l’emploi. “Une France endettée est une France dépendante, dépendante vis-à-vis des agences de notation, dépendante vis-à-vis des marchés financiers”, a fait valoir M. Ayrault, à la veille de la présentation d’un collectif budgétaire pour 2012 d’un montant de 7 à 10 milliards d’euros.

Sans engager de “débat sur l’héritage”, le Premier minitre a toutefois souligné que cette dette s’était accrue de 600 milliards d’euros durant le dernier quinquennat. Il a écarté à plusieurs reprises toute idée d’austérité budgétaire, privilégiant les termes de “redressement dans la justice”. “Contrairement à ce qu’on a pu lire ou entendre ces derniers jours, le gouvernement n’a pas besoin d’opérer un tournant. Il n’y aura pas de tournant !”, a martelé le Premier ministre. M. Ayrault, dont l’intervention a été brièvement interrompue par le malaise d’un député PS, a toutefois admis que la seule maîtrise des dépenses ne serait pas “suffisante” pour atteindre l’objectif de retour à l’équilibre des comptes en 2017.

M. Ayrault en a aussi appelé au “patriotisme”, terme pourtant peu courant à gauche, pour fustiger l’évasion fiscale et appeler de ses voeux le redressement de l’appareil industriel français qui a perdu, selon lui, 750 000 emplois en dix ans. Il a affirmé ne pas être “l’ennemi de l’argent”. Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait fait de la Finance son “adversaire”. “Le redressement prendra du temps, mais nous surmonterons la crise et nous retrouverons le progrès”, a promis M. Ayrault. Sans dévoiler de mesures nouvelles, toutes annoncées par François Hollande durant la campagne, M. Ayrault s’est attaché à décrire sa méthode et préciser le calendrier des réformes.

Loin du style de Nicolas Sarkozy, qui consistait à “combattre l’inertie par l’agitation”, M. Ayrault veut plutôt “installer le changement dans la durée”. “Prendre le temps d’écouter, d’évaluer, de décider, de faire partager, c’est la condition même du changement”, a-t-il dit. L’ancien maire de Nantes a livré une nouvelle ode à la concertation, au “donnant-donnant” avec les partenaires sociaux, au détriment des décisions “imposées d’en haut et dans la précipitation”.

Au final, le quinquennat se divisera en “deux temps”, avec d’abord des “réformes de structure” qui permettront ensuite de “tirer les bénéfices de l’effort collectif”. A côté des efforts économiques et sociaux, qui ont constitué le gros morceau de l’intervention, M. Ayrault a ouvert le chantier de l’école, avec le lancement jeudi d’une consultation pour sa “refondation”. La transition énergétique, pour aboutir à une réduction de la part du nucléaire dans le bouquet énergétique français, fera l’objet d’une conférence intergouvernementale à la rentrée.

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