Subscribe

“Barack Obama a gravi la montagne dont avait parlé Martin Luther King”

Au lendemain de l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche, plusieurs électeurs afro-américains se prennent à rêver au changement promis par le futur président des Etats-Unis, et restent optimistes malgré l’ampleur de sa tâche.

Les tours du centre-ville de Pittsburgh sont à quelques centraines de mètres de là. En entrant dans le Hill District, un quartier noir de la cité industrielle de l’ouest de la Pennsylvanie, le paysage urbain se transforme rapidement. Vitres cassées, maisons abandonnées et magasins barricadés remplacent les bâtiments cossus du Downtown. Roland Slade, un ancien détenu de 55 ans travaillant pour une ONG, évolue chaque jour dans cet environnement. Sa mission: tenter de prévenir la criminalité et la violence dans le quartier ainsi que dans celui du North Side, une autre zone rongée par la pauvreté.

Roland Slade parle de sa fierté de voir en Barack Obama, le premier président noir de l’histoire des Etats-Unis: “Obama a gravi la montagne dont avait parlé Martin Luther King, explique-t-il. “Il est le symbole de notre société. Pendant son discours de mardi soir à Chicago, j’ai vu l’image la plus diversifiée de notre pays”.

L’ancien détenu reste cependant prudent. Roland Slade a vu trop de violence dans les rues de Pittsburgh pour se laisser aller à une liesse sans retenue. “Barack Obama parle continuellement de changement et d’éducation”, explique-t-il. “J’ai récemment fini mon master. J’ai 58 ans et un prêt de 53 000 dollars à rembourser sur 35 ans. Et ce, alors que je n’ai peut-être plus que quinze ans de vie active”. Il ajoute: “Pour beaucoup d’enfants du quartier, l’univers se résume à cinq pâtés de maisons. Il faut élargir leur horizon, mais la pauvreté ne disparaît pas du jour au lendemain”.

Dans le Hill District, la conscience raciale est omniprésente. “Je suis fou de joie”, affirme William Thompkins, un quinquagénaire afro-américain, responsable d’une ONG de la ville. “Je ressens très fortement un lien avec mes ancêtres et leurs souffrances endurées pour obtenir l’égalité avec les Blancs, et ainsi nous permettre d’atteindre ce moment dans l’Histoire. Je n’aurais d’ailleurs jamais imaginé voir un président noir de mon vivant. Barack Obama n’est pas un sauveur, c’est un médiateur”.

Pour Elbert Gray, le futur président américain peut être un bon exemple pour les jeunes “dès son arrivée à la Maison Blanche”. François Lighty, un Afro-Américain de 27 ans qui a fait 9 mois de prison pour attaque à main armée, abonde dans ce sens: “Barack Obama a prouvé qu’on peut être noir et réussir sans vendre de la cocaïne. Je sais que le changement va prendre du temps. Mais avec sa victoire, j’ai l’impression que tout est possible pour moi”.

A des centaines de kilomètres de Pittsburgh, dans un complexe HLM de Brooklyn, Mike Johnson, un Afro-Américain de 27 ans au look de rappeur, a passé une partie de la nuit de mardi à mercredi à célébrer la victoire du démocrate. “Barack Obama m’a redonné foi dans la société, affirme-t-il. Avant, je pensais qu’ils (ndlr, les Blancs) ne voulaient pas que nous réussissions. Il me fait croire en l’égalité des chances dans ce pays. Il va donner des opportunités à ma famille. Je suis heureux, non je suis béni”.

Related