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Barack Obama et Mitt Romney adaptent leurs stratégies de campagne post-débat

Au lendemain du premier débat télévisé entre Barack Obama et Mitt Romney, la plupart des commentateurs américains ont émis le même jugement. L’ex-gouverneur du Massachussetts a pris l’avantage sur le président. C’est aussi l’analyse de Bruce Williams, professeur de sciences politiques au sein du département des Media Studies de l’Université de Virginie.

Dans le cadre d’un premier débat, précise-t-il, la tâche du concurrent républicain est de prouver qu’il mérite d’être présent sur scène avec un dirigeant en exercice. Romney a clairement réussi son examen de passage. La tâche est beaucoup plus ardue pour le président, puisqu’il doit s’améliorer par rapport à ses performances passées, et les attentes sont beaucoup plus grandes. Obama n’a pas été très convaincant et a délibérément choisi de ne pas apparaitre désagréable, afin de garder une stature présidentielle. Williams rappelle que le rôle de “tueur politique” revient traditionnellement au vice-président. Il faudra regarder ce que Joe Biden fera cette semaine lors de son débat avec Paul Ryan, qui est une cible plus facile que Romney, puisqu’il est plus systématiquement associé au Tea Party.

Selon Bruce Williams, le débat de Denver n’aura qu’un effet léger sur les sondages, qui ont tendance à montrer un resserrement dans la course à la Maison Blanche. L’institut Gallup présente les candidats à égalité (47%) lundi 8 octobre et une étude du Pew Center publiée le même jour donne en effet pour la première fois Mitt Romney devant Barack Obama dans les intentions de vote au niveau nationale. Il s’agit cependant d’analyser les évolutions générales plutôt que chaque sondage individuel. Le blog The Fix du Washington Post s’intéresse à la composition des échantillons de sondés et met ainsi en garde contre les conclusions trop faciles. Aucun mouvement n’a par exemple eu lieu au niveau des électeurs indépendants après le débat.

En fin de parcours, à l’exception d’une erreur monumentale de la part d’un candidat, les débats télévisés n’ont pas beaucoup d’influence, rappelle Bruce Williams. Les élections présidentielles, surtout quand un président vise à être réélu, sont façonnées par la perception de l’état de l’économie. Ce qui sera déterminant, c’est de savoir si la situation économique s’améliore et la capacité d’Obama à apparaître comme le principal garant de cette amélioration, après une crise catastrophique dont les républicains sont responsables. C’est ce que Franklin Delano Roosevelt avait réussit à faire en 1933.

Bruce Williams avance une autre explication de l’influence minime des débats: “Ce sont surtout les journalistes qui se focalisent sur eux. Il y a très peu d’électeurs indécis prêts à être convaincus par les échanges. Les indécis sont en majorité non-informés politiquement, et sont des électeurs désengagés qui ne regardent généralement pas les débats (ou ne votent pas). L’enjeu principal de cette élection est de mobiliser ses soutiens, et non de changer les esprits.”

Barack Obama a en tous cas réussi à mobiliser financièrement ses partisans : il a récolté 181 millions de dollars au cours du mois de septembre, établissant un nouveau record de levée de fonds dans le cadre d’une élection.

Le premier débat achevé, les deux camps ajustent leurs stratégies. L’équipe de campagne de Mitt Romney a repris des images du débat pour marteler son slogan : “Nous ne pouvons pas nous permettre quatre années supplémentaires”. Une nouvelle vidéo baptisée “Cameras” et produite par le camp démocrate présente la performance télévisée de Mitt Romney comme une série de mensonges.

L’économie a été au centre des interventions à l’université de Denver. En attendant les prochains, les deux candidats multiplient les thématiques. Le mois dernier, le taux de chômage est tombé à 7,8 %, soit son plus bas niveau depuis l’entrée en fonction de Barack Obama en 2009. Les créations d’emplois nettes ont cependant reculé, pour s’établir à 114 000 nouveaux emplois. Mitt Romney a réagi à cette annonce vendredi 5 octobre en Virginie, en questionnant les statistiques. Selon lui, la diminution serait artificielle, un grand nombre de chômeurs auraient simplement cessé de chercher un emploi.

Barack Obama insiste de son côté sur les questions de société afin de mettre le parti républicain en difficulté. Mitt Romney a donné un discours sur la politique étrangère et le leadership américain, lundi 8 octobre, au Virginia Military Institute de Lexington. S’inscrivant dans la lignée néoconservatrice, son discours a dénoncé la gestion des affaires internationales de la part de l’administration sortante, affirmant que “l’espoir n’est pas une stratégie”. La thématique de l’espoir, “hope”, était au centre de la campagne d’Obama en 2008.

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