Subscribe

Basquiat, météore tragique de l’art contemporain, star de l’automne

Le documentaire “Basquiat – The radiant child”, présenté en avant-première ce week-end au festival de Deauville, éclaire la carrière météorique de l’artiste américain disparu à 27 ans en 1988, avant une exposition cet automne au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

Prolifique, flamboyant, imprévisible, en quelques années, ce fils d’immigrés haïtien et portoricain de Brooklyn a connu un avènement fulgurant, de la marginalité d’artiste de rue au statut de “rock star” de l’art contemporain, devenant pair et ami d’Andy Warhol, avant d’être fauché par la drogue. “Après sa mort, les gens ont vendu ses oeuvres en pensant qu’il n’avait peut-être été qu’un feu de paille. Aujourd’hui, son travail prend de plus en plus d’importance”, se félicite la réalisatrice américaine, Tamra Davis, auteur du documentaire et ex-amie de l’artiste, qui aurait eu 50 ans en décembre.

Influencé par Picasso et l’art africain, par Coltrane et Burroughs, et avant tout par le “tag”, dont il couvrit les murs de Manhattan en 1977 sous la signature SAMO (Same Old Shit, NDLR), Jean-Michel Basquiat a fait entrer l’art de la rue dans les plus grands musées. Après la Fondation Beyeler de Bâle (Suisse) ce printemps, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris lui consacrera du 15 octobre au 30 janvier une rétrospective sans précédent, avec plus de 100 oeuvres exposées, ou se déploieront ses dessins bruts et ses couleurs éclatantes.

Simultanément doit sortir en France “Basquiat – The radiant child”, premier documentaire entièrement consacré à l’artiste. Celui-ci avait jusqu’à présent été ignoré du genre… faute d’images disponibles : malgré son aura médiatique, il répugnait à se faire filmer et interviewer. Excepté par Tamra Davis. “Deux ans avant sa mort, Jean-Michel m’avait demandé de faire un film sur lui. Il m’avait accordé une interview d’une heure à Bervely Hills et je l’avais filmé deux ou trois heures peignant dans son atelier”, témoigne-t-elle. “A sa mort, j’ai tout rangé dans un placard car j’étais trop triste. Ce n’est qu’en montrant ces images au Musée d’art contemporain de Los Angeles dernièrement qu’ils m’ont convaincue que ces documents étaient trop importants pour être gardés pour moi”, ajoute-t-elle, interrogée par l’AFP.

Sourire d’enfant mais regard comme déjà troublé par l’héroïne, qu’il aurait commencé à s’injecter sur le tard pour faire face à la pression du succès, Basquiat évoque sur ces images son statut d’artiste-phénomène, dont il a joué avant d’en souffrir. “On me voit comme un homme-singe sauvage, on parle plus de ma personnalité que de mon oeuvre”, regrette-t-il, après avoir admis un peu plus tôt aimer se présenter en “mauvais garçon”. Une image cultivée très tôt : fugueur et sans-abri à 17 ans, mais aussi ambitieux que conscient de son talent, il était en réalité issu d’une famille cultivée de la petite-bourgeoisie immigrée. Fêtard invétéré et solaire, tombeur de stars comme Madonna, Basquiat recelait aussi une face sombre et était fasciné par les destins d’un Jim Morrison ou d’une Janis Joplin, autres artistes morts avant lui à 27 ans.
Au moment de sa mort, son étoile connaissait une éclipse. Basquiat, suggèrent Davis et les témoins conviés dans son documentaire, ne s’était jamais remis du dédain manifesté par son père, ni de l’échec critique d’une collaboration à quatre mains avec Andy Warhol. Il laisse plus de 1.200 dessins et 900 tableaux, cotés en millions de dollars.

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Castelbajac au musée GallieraCastelbajac au musée Galliera Le marquis Jean-Charles de Castelbajac, c’est un raccourci de mille et un mondes, celui de l’aristocratie française — sa famille remonte au Moyen Âge—, de la mode, — ses robes […] Posted in Culture
  • La bande dessinée s’expose à ParisLa bande dessinée s’expose à Paris « Vraoum ! » C’est le nom de l’exposition qui se tient jusqu’au 27 septembre à la Maison Rouge à Paris et qui consacre le 9ème art : la bande dessinée. Plus de 200 planches de bandes […] Posted in Culture