Subscribe

Belleville, pièce sous tension à New York

Abby (Maria Dizzia) et Zack (Greg Keller) sont Américains. Beaux, jeunes et diplômés, ils sont venus chercher la vie de bohème dans le 20e arrondissement de Paris. Thriller psychologique réussi, la pièce Belleville est jouée à New York jusqu’au 14 avril.

Belleville, mise en scène par Anne Kauffman, s’ouvre sur un cri. Abby, aspirant au métier d’actrice, est surprise et embarrassée de découvrir son mari au foyer plutôt qu’à son poste de travail chez Médecins sans frontière. Elle semble tourmentée. Le quotidien parisien ne correspond pas tout à fait à l’idée qu’elle s’en faisait. Une vague histoire de visa l’empêche de rejoindre sa famille pour les fêtes de fin d’année, alors que sa soeur est sur le point d’accoucher.

L’auteure Amy Herzog (4 000 milesAfter the revolution) a passé trois semaines à Paris fin 2008. Elle a découvert Belleville, quartier d’accueil des migrants de tous horizons. Dans la pièce, le Paris évoqué tranche avec l’image d’Epinal bien enracinée dans l’imaginaire américain de la Ville Lumière, capitale de l’amour. La ville est peut être belle, mais nous n’en saurons rien. Seules ses lumières et ses sons percent dans l’appartement. La pièce fait écho au roman Revolutionary Road (Les Noces Rebelles) de l’Américain Richard Yates, une autre étude acide des moeurs conjugales dans laquelle la promesse de Paris n’empêche pas les sentiments de se déliter.

Mentir par amour

Les conversations banales du couple laissent progressivement poindre des signaux inquiétants. Au-delà du vernis et du rêve, la concorde n’est que feinte. Belleville est un thriller psychologique qui dévoile lentement ses cartes. De l’étude d’un mariage bancal, on passe à un univers sombre et angoissant. Alioune (Phillip James Brannon), le propriétaire de l’appartement, qui vit quelques étages plus bas, rappelle gentiment que le loyer en retard devra être bientôt payé. Abby porte depuis trop longtemps un deuil personnel, et trompe ses comportements obsessionnels par des antidépresseurs. Zack fait preuve d’un calme fiévreux, cherche à faire écran à la réalité avec la fumée de son joint.

Petit à petit, les sentiments et les corps se dénudent, marqués par les tensions intérieurs. Le décor de ce huit clos rappelle les formes expressionnistes. Selon l’angle de vue, les personnages disparaissent dans les différentes pièces de l’appartement. Un long couteau surgit de manière anodine, et sa présence pesante dans le décor déstabilise. L’inconfort du spectateur va grandissant. Les non-dits, les cruautés volontaires sont mises à jour méthodiquement, jusqu’à un abîme de noirceur.

Sans épargner ni ses personnages ni les spectateurs, Amy Herzog évite de verser dans le cynisme simpliste. “Ce n’est pas une catastrophe” seront les derniers mots prononcés, en français. Avant que ne raisonnent les paroles d’Aragon par la voix de Françoise Hardy : “Il n’y a pas d’amour heureux”.

Belleville

Pièce de théâtre d’Amy Herzorg, mise en scène d’Anne Kauffman.

New York Theatre Workshop

79 East Fourth Street

New York, NY 10003

http://www.nytw.org/belleville_info.asp

Prolongations jusqu’au 14 avril, relâche les lundi

Plein tarif : 70$

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related