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Ben, l’égo du parapheur

Des agendas des écoliers au tramway de Nice, en passant par le MoMA et la galerie Vicky David de New York, le nom de Ben est partout. A 75 ans, Ben Vautier a paraphé une bonne partie du globe. Si ses « écritures » sont la partie la plus connue de son travail, l’œuvre de l’un des artistes phares du mouvement Fluxus comprend également de nombreuses performances toutes unies par un même but : la recherche de la vérité. Entretien.

Etre exposé à New York a-t-il un sens particulier pour vous ?

Fluxus est entré au MoMA grâce à la collection Silverman, qui est une très importante documentation sur le mouvement. Fluxus était un mouvement international, avec certes Georges Maciunas pour Fluxus USA, mais il y a eu aussi Fluxus Japon avec Yoko Ono et Fluxus France avec Ben Vautier. C’est quand même curieux que ce soit le MoMA qui se soit intéressé à Fluxus France. Je suis exposé à Pompidou par exemple, mais il n’y a pas de documentation sur le mouvement Fluxus. Il y a juste quelques pièces de moi et d’autres.

Vous reconnaissez-vous des maîtres ?

« Maître » je sais pas, mais j’ai une grande admiration pour Andy Warhol. Pour Arman aussi qui m’a appris à reconnaître ce qu’est l’art : l’idée du nouveau.

Pourquoi la plupart des œuvres exposées à la galerie Vicky David sont-elles en anglais ?

Je respecte les langues, alors où que j’expose, il y a des tableaux dans la langue régionale. Et j’aime bien l’anglais parce qu’on peut dire les choses en très peu de mots. C’est un peu la langue du slogan. Je suis bilingue, ma mère a eu une gouvernante anglaise, du coup ma mère m’a parlé en anglais dans mon enfance. Lors de ma dernière expo, une grande rétrospective à Lyon, il y avait une vingtaine de pièces en anglais.

Les produits dérivés à votre nom comme les agendas, les timbres ou les cartes postales font-ils partie de votre art ?

Oui. Andy Warhol a mis les pendules à l’heure en la matière : un artiste peut être populaire. Il peut communiquer. L’art n’est pas élitiste. J’aime le grand public, je ne le fais pas pour l’argent, d’ailleurs ça me fait plutôt du tort, car il y a des gens qui continuent à se dire : il fait des agendas, alors ce n’est pas un grand artiste.

A vous voir partout, vous en devenez moins choquant, une notion qui vous était pourtant chère…

Je ne choque peut-être plus, d’ailleurs je ne sais pas si j’ai jamais choqué. Disons que le choc pour le choc c’est un peu facile, mais il n’y a pas d’art sans provocation. Je crois que l’artiste doit apporter du nouveau, et à ce moment là il choque. Rembrandt, Monet, Manet, ils ont tous choqué à un moment donné. Quand j’ai fait mes premières écritures, si j’ai apporté du nouveau, alors j’ai ma place dans l’histoire de l’art.

Vous avez toujours pour ambition de signer ce qui ne l’a pas été ?

Yves Klein avait fixé comme règle de s’approprier le monde et d’en faire de l’art. César a fait les compressions, Arman a accumulé des objets et moi j’ai cherché ce qui n’avait pas été signé. Alors j’ai signé le trou, le coup de pied au cul ou les poules. C’était la règle du jeu. Mais je ne suis plus dans cette optique-là, je ne cherche plus des mots dans un dictionnaire en me demandant « tiens, est-ce que quelqu’un a signé le trombone ? », par exemple, sinon je deviendrais gâteux.

Alors  maintenant, quel est l’objet de votre travail ?

C’est l’ego. Avant, je travaillais sur la vérité. Objective, « ce tableau pèse 2 kilos 300 grammes » ou subjective « je suis jaloux d’Andy Warhol ». Mes écritures, c’était la recherche de la vérité. Maintenant je m’intéresse à la seule matière qui existe dans l’art depuis des milliers d’années, l’égo. L’art c’est l’égo. Même quand on parle de non-ego c’est encore de l’ego.

Utilisez-vous votre notoriété pour défendre des causes qui vous tiennent à coeur?

Oui, je défends les peuples, les langues et les cultures. Je défends le français, l’anglais aussi bien que le breton, l’occitan, le guarani ou l’inuit. Je veux rendre aux peuples leur culture. Aux Etats-Unis, c’est d’ailleurs beaucoup mieux accepté qu’en France, pays centralisé qui nie les cultures bretonnes et occitanes par exemple. Quand je fais une exposition importante, je demande à ce qu’il y ait un espace « Ben ethnologue », qui en pratique, parle de la politique internationale, des nations impérialistes. Je suis comme une mouche à merde qui se pose un peu partout où l’on ne voudrait pas.

Plus d’informations :

Ben est exposé à la galerie Vicky David jusqu’au 14 janvier 2012, 522 West 23rd Street à New York.

Il fait dorénavant partie de la collection du MoMA.

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