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Benoît Jacquot, ciné-mouvant

Souple et éclectique, le cinéma de Benoît Jacquot progresse sans cesse et se transforme, et ce mouvement est au cœur de son projet. Le cinéaste de La fille seule (1995) et de L’école de la chair (1998) présente Villa Amalia au festival Rendez-Vous with French Cinema, à New York (sortie en France le 8 avril).

Le scénario de Villa Amalia adapté du roman éponyme de Pascal Quignard, sur lequel Benoît Jacquot a travaillé avec des étudiants de SVA (school of visual arts) à New York l’an dernier, marque la cinquième collaboration du réalisateur avec Isabelle Huppert. Celui-ci entamera en avril le tournage d’une adaptation des Faux-monnayeurs d’André Gide, avec Melvil Poupaud.

-Vous n’en êtes pas à votre première adaptation littéraire : comment avez-vous abordé le livre de Pascal Quignard, Villa Amalia ?
Nous nous connaissions depuis longtemps et on voulait travailler ensemble. J’ai aussi des rendez-vous cinématographiques avec Isabelle Huppert : presque tous les 5 ans nous éprouvons tous deux le souhait de nous retrouver pour faire un film ensemble. Pascal Quignard m’a envoyé ce livre avant qu’il ne sorte : j’ai eu tout de suite le sentiment qu’à partir de ce livre j’aurais l’occasion de faire le film que je voulais avec elle. Ce sont des intuitions qui s’éprouvent : en lisant, je voyais Isabelle Huppert et le film à venir se déroulait mentalement. Elle a tout de suite été de mon avis, d’ailleurs.

-Qu’est-ce qui vous a frappé dans l’histoire de cette femme qui organise minutieusement sa propre disparition ?
C’est exactement ça qui m’a intéressé. Je ne sais pas vraiment ce que je fais au moment où je le fais, mais je m’aperçois de film en film que j’essaye de faire se recouper des itinéraires mentaux et des itinéraires géographiques.

-La matière de vos films est faite de gestes plus que de paroles. Est-cela qui habite votre cinéma ?
Ce qui m’intéresse c’est que les paroles soient des gestes. Le cinéma pour moi, c’est ça : la révélation d’un monde de gestes.

-Vos films se construisent aussi autour d’un acteur ou d’une actrice, qui est le moteur du film. Comment s’est déroulé le travail avec Isabelle Huppert ?
On s’est aperçus que plutôt que de travailler, on avait été travaillés l’un et l’autre par quelque chose à quoi l’on se rendait disponible. Même maintenant, ni elle ni moi ne le savons : on a mis en place quelque chose qui a une cohérence, une sorte de nécessité. En montrant le film et en le visionnant, on commence à comprendre à quoi l’on s’est exposés l’un et l’autre.

-Quelles réactions le film a t-il suscitées ?
Les gens qui l’ont vu semblent atteints par quelque chose de très émotif. Manifestement, l’émotion que suscite le film est très au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. Pour beaucoup de femmes, en particulier, le film semble faire raisonner quelque chose ou toucher une corde sensible dans leur existence.

-Le film répond certainement à des problématiques personnelles qui peuvent émerger à un moment d’une vie, mais il évoque aussi un climat qui existe aujourd’hui : c’est difficile de disparaitre de nos jours, non ?
Ce qui est difficile c’est de prendre la décision de disparaitre. Cela implique un geste de plus en plus fort vis-à-vis du lien social, des autres, d’une vie en général. Ce qui m’a intéressé dans cette histoire c’est que toute personne, homme ou femme, a eu au moins une fois de façon implicite ou latente ce vœu de radicalement changer de vie. Comme s’il y avait ce besoin chez chacun, d’être un autre.

 

Infos pratiques :
Rendez-vous with French Cinema, à la Film Society du Lincoln Center et IFC
Villa Amalia : vendredi 13 mars et samedi 14 mars.
Tickets.

 

Bande-Annonce:



VILLA AMALIA

Retrouvez notre dossier rendez vous with French Cinema

www.france-amerique.com/articles/2009/03/04/le-cinema-francais-a-les-idees-noires.html

http://www.france-amerique.com/articles/2009/03/09/christophe-barratier-le-realisateur-qui-fait-chanter-ses-acteurs.html

www.france-amerique.com/articles/2009/03/09/costa-gavras-nous-exploitons-tous-les-immigres.html

 

 

 

 

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