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Bernard Dargols, un GI français à Omaha Beach

Stagiaire à New York lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclate, Bernard Dargols a d’abord mené la résistance depuis les Etats-Unis, avant de rejoindre l’armée américaine. Il fait partie des rares Français qui ont participé au débarquement en Normandie. 68 ans après, il se souvient.

5 juin 1944. Bernard Dargols embarque à Cardiff avec l’armée américaine à bord d’un liberty ship. Trois jours plus tard, il aperçoit, au loin, les plages de Normandie. Dans les bateaux qui mènent à Omaha Beach, les soldats américains n’ont alors qu’un rêve, arriver à Paris en héros. Mais pour Bernard Dargols, 24 ans, l’émotion, immense, est tout autre. Cela fait six ans qu’il n’a pas mis un pied en France.

Parti aux Etats-Unis en 1938 pour faire un stage dans l’entreprise de machines à coudre industrielles de son père, Bernard Dargols est devenu résistant à New York. D’abord en cofondant l’association La Jeunesse Française Libre avec le désir de réunir tous les francophones et francophiles qui souhaitaient soutenir le général de Gaulle. “Nous organisions des levées de fonds pour envoyer de l’argent aux familles des soldats. On essayait aussi de donner du bon temps aux soldats français lorsque leurs bateaux amarraient aux Etats-Unis pour se ravitailler en essence”.

Se battre aux côtés des Américains

Mai 1940. Bernard Dargols fête ses vingt ans et se retrouve convoqué par le consulat de France aux Etats-Unis. “On m’a dit : ‘vous attendez et on vous appellera pour revenir en France et servir dans l’armée française’”. Mais la situation va complètement changer lorsqu’un mois plus tard la France est envahie par les Allemands. Il n’est pas question pour Bernard Dargols de retourner en France pour s’engager dans les armées de Vichy. Poussé par les collègues américains de son usine, le jeune Français hésite alors à s’engager dans l’armée américaine. L’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, finit par le convaincre. Bernard Dargols est alors envoyé en Caroline du Nord où il suit une série de tests avant de pouvoir combattre aux côtés des GI.

Plusieurs officiers lui expliquent alors le risque d’être français. “Si tu combats en France, et que tu es fait prisonnier, on ne pourra rien pour toi car les Allemands te considéreront comme un espion”. Une seule solution se présente : obtenir la nationalité américaine. Quelques jours plus tard, en avril 1943, le jeune homme est envoyé à Spartenburg, non loin du camp militaire où il séjourne, et passe devant une cour de justice. “Devenir immédiatement américain, quel adolescent ne l’aurait pas voulu ! C’était la joie !”

Paris en ligne de mire

Au sein de l’armée américaine, Bernard Dargols est souvent amené à expliquer à ses camarades la situation en France. La plupart des Américains n’ont qu’une idée en tête, l’arrivée à Paris. “Je leur expliquais que si on débarquait dans le Pas-de-Calais, on était encore à 250 miles de la capitale. Mais je me suis vite rendu compte que pour eux, cette distance ne représentait rien. Ils s’imaginaient déjà sous la tour Eiffel !” Le sourire aux lèvres, Bernard Dargols se souvient aussi des questions parfois très étonnantes des GI. “Ils voulaient savoir si en France on avait du lait homogénéisé car ils ne buvaient que ça. Et puis il y avait l’éternelle question sur la beauté des Parisiennes !”

Dès novembre 1943, Bernard Dargols s’entraîne en Caroline du Sud en vue du débarquement. Il est ensuite envoyé au Pays de Galles où il poursuit sa formation. Le jeune Français est affecté au Military Intelligence Service, une équipe de six spécialistes, chargés d’ouvrir la voie afin de récolter des informations pour que les GI progressent en terrain sûr. “Mon rôle était de demander aux villageois quand ils avaient vu pour la dernière fois des Allemands, où étaient les stocks d’armes du village, quelles routes avaient été minées, etc. J’étais un éclaireur en quelque sorte”. Mais avant de pouvoir mettre en pratique son apprentissage, il faut débarquer en Normandie. “J’ai assez vite senti que ce que l’on s’apprêtait à faire n’était pas anodin. Au départ de Cardiff, il y avait une dizaine de bateaux. Puis des centaines, des milliers de bateaux se sont agglutinés à mesure que les côtes normandes approchaient. On savait qu’on ne se retrouverait pas tous après le débarquement. On s’attendait à être bombardé, mais aussi à être attaqué par les sous-marins. C’était une grande peur car on ne les voyait pas.”

La France, six ans après

A quelques centaines de mètres de la côte, les bombardements des navires américains et alliés débutent, afin de permettre aux soldats de mettre un premier pied sur la plage. “Je me souviens encore d’un bruit indescriptible. C’était très émouvant  pour moi de revenir en France”. Bernard Dargols n’a qu’une idée en tête, “revoir sa famille”. “Je suis d’un naturel très optimiste qui frise l’imbécilité !”. Le Français arrive sur la plage, à bord de sa Jeep, qu’il a fièrement nommée Bastille. Entre les grondements d’obus  et les crépitements de balles, Bernard Dargols progresse sur la plage. “Le bruit infernal résonnait dans mon ventre”. C’est aussi la première fois qu’il voit des hommes  morts. Lui ressort vivant de l’enfer de bloody Omaha. Le rivage atteint, il commence son travail de collecte d’information, et libère village après village. “Si j’avais conservé toutes les bouteilles de calvados qu’on m’a offertes, j’aurai pu ouvrir une épicerie !” sourit-il, à la mémoire de tous les villageois, heureux de voir un Français au milieu des GI américains.

68 ans plus tard, Bernard Dargols n’a plus de camarades américains encore en vie. Il est parfois encore en contact avec certains de leurs enfants. “Mais ce n’est pas pareil”, ajoute-t-il. Resté en France jusqu’à la fin de la guerre, il n’est retourné aux Etats-Unis qu’en 1946, afin d’être démobilisé. Mais aussi pour retrouver Françoise, rencontrée à New York, qui deviendra sa femme. “Elle s’était inscrite auprès de moi à la Jeunesse Française Libre en 1941. Pendant toute la guerre, elle m’a écrit plusieurs fois par semaine”.

Chaque année, Bernard Dargols revient sur la plage de Saint-Laurent-sur-Mer, plus connue sous le nom d’Omaha Beach. Et il marche sur la route qui mène de la plage au village, et qui porte désormais son nom. L’émotion est toujours là, les souvenirs aussi. S’il vit aujourd’hui à Paris, il est fier d’être, à 92 ans, un résistant franco-américain.

 

Un livre retraçant son parcours est disponible en librairie. Bernard Dargols, un GI français à Omaha Beach de Caroline Jolivet. Editions Ouest-France.

 

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