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“Blue Caprice”, regard d’un réalisateur français sur un drame américain

En octobre 2002, John Allen Muhammad et Lee Boyd Malvo ont terrorisé les environs de Washington D.C. pendant 23 jours, abattant 10 personnes au hasard, à la sortie des magasins, à la station d’essence, sur le parking d’un centre commercial. Les snipers ont été arrêtés à bord d’une Chevrolet Caprice modifiée, à Myersville, dans le Maryland. Muhammad, le cerveau des tueries, a été condamné à mort puis exécuté en 2009. Malvo, le tireur mineur au moment des faits, a été condamné à la prison à vie. Le film indépendant Blue Caprice, librement inspiré de ces faits et réalisé par le Français Alexandre Moors, retrace le parcours des deux tueurs.

Originaire de Suresnes, aux portes de Paris, l’adolescent Alexandre Moors fréquente la scène graffiti à la fin des années 1980, embrassant la culture hip-hop naissante. Le jeune homme prend pour icône le réalisateur de Do the Right Thing, Spike Lee. “J’étais trop bon élève pour continuer d’être un voyou” affirme Alexandre Moors. Ce sera donc l’école nationale des Arts Décoratifs, qui assure la transition vers des “activités plus honorables”. Il intègre la section multimédia au moment du basculement Photoshop. Fini le fusain, on dessine dorénavant par ordinateur.

Sorti major de sa promo, il part pour New York en 1998 sur un coup de tête, sans projet précis. Comme il s’était lancé corps et âme dans le graffiti, Alexandre Moors cherche à “se tester, à se cogner aux murs pour savoir où atterrir”. Après plusieurs mois, il profite de la révolution Internet et enchaîne les contrats de directeur artistique dans des agences de design ou de développement numérique

Avant de se lancer dans un long métrage, Alexandre Moors réalise plusieurs clips musicaux avec des grands noms de la scène pop et hip-hop (Mario et Nicki Minaj, Miguel, Jennifer Lopez, Kevin Rudolf et Flo-Rida) et assure la direction artistique des productions pour Hugo Boss ou Kanye West. Son souci principal est d’assurer un spectacle commercial, faire en sorte que les sponsors soient les plus visibles possibles.

Un film sur les origines de la violence aux Etats-Unis

Au cinéma, il choisit une approche opposée. Fini les storyboards pour chaque plan, place à l’improvisation. “J’ai essayé de n’avoir aucun préconçu sur ma manière de filmer, de trouver une vérité dans l’instant du tournage, sans savoir la veille comment faire, avancer à l’instinct, faire attention aux signes et aux bruits alentour. J’ai filmé de manière impressionniste”. Le réalisateur n’était pas aux Etats-Unis au moment des événements de 2002. Il n’a pas été influencé par les discours médiatiques de l’époque. 

Blue Caprice s’ouvre sur la catastrophe, par un montage d’images d’archives. D’une approche documentaire, on glisse tout de suite vers la fiction, par un ralentissement du rythme des images et un travail approfondi sur la bande son. Alexandre Moors mixe documents sonores authentiques (appels d’urgence au 911) avec des musiques originales. Dans l’ensemble de sa mise en scène, on reste à distance de ce qui se déroule sous nos yeux. Tout n’est pas parfaitement audible, on ne saisit que des bribes, l’information qui nous parvient reste parcellaire.

Plutôt que des explications psychologiques définitives, ce qui intéresse le réalisateur, c’est la dynamique de cette figure paternelle qui transforme son fils adoptif en machine à tuer. Pour interpréter John Allen Muhammad dans toute son ambiguïté, Alexandre Moors a pensé à Isaiah Washington, depuis son interprétation remarquable dans True Crime (Jugé Coupable) de Clint Eastwood. 

A partir de cette fuite meurtrière, Alexandre Moors s’interroge sur les origines de la violence aux Etats-Unis, par petites touches symboliques. Elephant de Gus Van Sant, autre film sur une tuerie, celle du lycée de Columbine, est une influence stylistique affirmée. L’ambiance glaçante et les images sont très soignées. Le film est riche dans son refus du spectaculaire de la violence mais il reste à la surface de son ambition politique. Blue Caprice montre une menace qui grandit dans le quotidien, le futur assassin est un voisin, il énonce ses plans en faisant ses courses au supermarché. “En tant qu’expatrié, cette violence interne, politique, sociale m’a beaucoup frappé en arrivant. Ce film était une manière de poser un regard artistique sur cette société que j’ai choisie mais dont je ne partage pas toutes les composantes.”

Bande annonce

Sortie le 13 septembre 2013 aux Etats-Unis. 
Présenté au festival de Deauville, Blue Caprice n’a pas de distributeur en France, donc  n’a pas de date de sortie pour le moment. 

http://www.alexmoors.net

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