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Bob Sinclar : « J’ai réalisé un rêve de gosse en m’installant en Californie »

Bob Sinclar est un homme pressé. Souvent dans les avions, le DJ français est demandé dans les meilleurs clubs du monde. Avant la sortie de son nouvel album en mars prochain, Bob Sinclar était de passage aux États-Unis pour quelques représentations. France-Amérique l’a rencontré à Washington.

France-Amérique : Il est encore temps de formuler des vœux pour 2010, quels sont les vôtres ?
Bob Sinclar : La vie me gâte déjà beaucoup donc j’espère que cela va continuer. Pouvoir jouer ma musique et qu’elle plaise toujours aux gens.

F.-A. : Avez-vous pris de bonnes résolutions ? Peut-être acheter moins de baskets.

B. S. : C’est vrai que près de 500 paires dorment à la maison. C’est mon seul vice car je ne bois ni ne fume. Je collectionne aussi les vieux Playboy, les vêtements de sports des années 1980 ou les petits robots.

F.-A. : Vous êtes venu aux États-Unis (Washington, New-York et Miami) pour mixer dans différents clubs. Comment s’organisent vos tournées tout au long de l’année ?
B. S. : En hiver, j’assure une quinzaine de dates, surtout dans l’hémisphère sud, pour le soleil. Récemment j’ai joué en République dominicaine et je serai bientôt au Brésil. En revanche, l’été, c’est différent. Je joue une quarantaine de fois autour de la Méditerranée. Tout se décide au minimum six mois à l’avance. Le reste du temps, je travaille ma musique en studio.

F.-A. : Vous serez donc cette année encore très sollicité. Il paraît que faire mixer Bob Sinclar dans son club coûte cher.
B. S. : Je suis très demandé, c’est vrai. Je fais partie des DJs les mieux payés au monde. Plusieurs dizaines de milliers d’euros par apparition. C’est la loi de l’offre et la demande. Les clubs investissent sur mon nom pour faire parler d’eux et attirer une plus grande clientèle. D’un autre côté, la majorité de mes gains sont réinvestis. Je suis producteur/éditeur de mes œuvres et mon label existe depuis 1993. Je travaille beaucoup mon image, chaque clip vidéo, par exemple, me coûte environ 150 000 euros.

F.-A. : En tant que professionnel de la musique, quelle est votre position face au téléchargement illégal ?
B. S. : La musique gratuite ce n’est pas possible ! 90 centimes d’euros pour télécharger un titre, ce n’est rien. Comment découvrir de nouveaux talents si personne ne peut plus gagner sa vie grâce à ses œuvres ?

F.-A. : Autre DJ français qu’on s’arrache aux États-Unis, David Guetta. Les médias vous opposent souvent dans le style.
B. S. : J’ai un côté plus artistique. Je recherche le mélange des cultures et des sonorités, avec une forte influence de la musique noire en général. J’essaie toujours de délivrer un message sans négliger le rythme et l’émotion. Lui se concentre sur les grosses pointures (Black Eyed Peas, Akon, Kelly Rowland). Mais que ce soit clair : nous sommes amis et, plus il y aura de DJs français reconnus, mieux ce sera pour la musique électro made in France.

F.-A. : Le DJ est-il devenu un artiste à part entière ?
B. S. : Aujourd’hui, c’est indéniable, nous avons acquis ce statut. Mais nous avons d’autres casquettes : musicien, chef d’orchestre, etc. Dans les clubs, je dois aussi assurer le spectacle, être un entertainer, comme disent les Américains.

F.-A. : En mars prochain sortira votre nouvel album Made in Jamaïca. C’est un projet qui vous tenait à cœur, pourquoi ?
B. S. : Cela faisait deux ans que je souhaitais travailler de façon acoustique avec des musiciens reggae. Grâce aux producteurs « Sly and Robbie », j’ai réorchestré douze de mes titres. J’ai voulu revenir aux origines de la musique. Finie la partie édulcorée pour faire danser la foule, je désirais me faire plaisir. J’ai passé trois semaines formidables en studio en Jamaïque. Les morceaux ont tous été réenregistrés pour leur donner un côté éternel. C’est à l’opposé de ce que je fais d’habitude dans la dance music où les tubes sont éphémères et ne durent jamais plus de quelques semaines. Je signale aussi qu’en juillet prochain sortira un duo enregistré avec Sean Paul et qu’un nouvel album devrait être prêt pour la fin 2010.

F.-A. : Autre pays qui vous inspire, les États-Unis. Il y est souvent fait référence dans vos clips.
B. S. : J’aime ce pays car, ici, seul le talent compte pour réussir. Même si tu n’as rien fait avant, tout est possible. Être accepté ici professionnellement vaut toutes les reconnaissances du monde. Selon moi, New York est la ville qui symbolise cet état d’esprit. Tout peut se passer. Pour les artistes, c’est un mythe. Toute la culture urbaine, le hip-hop vient de là.

F.-A. : C’est pourquoi, en 2007, vous vous êtes installé pour un an avec votre famille à Los Angeles.
B. S. : Oui, j’ai réalisé un rêve de gosse en m’installant en Californie. Ce n’était pas pour le star-system dont je me moque mais pour le soleil et le bien-être. C’était magnifique. Je garde un bon souvenir du lycée français de Los Angeles ou nous avons été bien accueillis.

F.-A. : Et la France ? Vous qui voyagez beaucoup, quel regard portez-vous sur votre pays ?
B. S. : En France, nous nous plaignons trop. Il faudrait que les gens puissent voyager davantage pour se rendre compte que la vie est agréable dans l’Hexagone. Je pense à la gratuité des écoles et des soins. Même fiscalement, les impôts ne sont pas plus importants qu’ailleurs. C’est vrai que les temps sont durs, mais en France, l’impact de la crise est peut-être plus limité qu’ailleurs du fait du système de protection sociale en place. Moi je suis fier d’habiter notre pays.

F.-A. : En plein débat sur l’identité nationale, vous pouvez apporter votre contribution.
B. S. : Nous avons un très beau pays fait de mixité sociale. Toutes ces couleurs, c’est magnifique. C’est ce qui fait notre force. Personnellement, je suis pour la laïcité. Chacun doit vivre sa liberté mais sans chercher à l’imposer aux autres.

F.-A. : Le soir du 6 mai 2007, vous avez mixé place de la Concorde lors de la fête organisée pour l’élection de Nicolas Sarkozy. Acte militant ou coup de pub ?
B. S. : Quand le président de la République vous appelle pour jouer, cela ne se refuse pas. Ma musique n’est pas politique, c’était une fête nationale, rien de plus. J’ai considéré,cela, ce soir-là, comme une incroyable reconnaissance pour les DJs.

F.-A. : Pas militant, mais avez-vous un avis sur l’action du président de la République ?

B. S. : Je pense que l’ouverture est positive. Sinon, en France, on aime bien revendiquer, c’est aussi ce qui fait notre charme, mais on ne laisse pas les gens travailler. Le gouvernement fait ce qu’il peut au vu du contexte actuel. Attendons 2012 pour pouvoir le critiquer objectivement.

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