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Boulet : “Je ne peux pas nier mon influence anglo-saxonne”

Les bandes dessinées de Boulet (Gilles Roussel) se déclinent en papier et en ligne. Formé aux Beaux Arts de Dijon puis aux Arts Décoratifs de Strasbourg, il a sorti le premier tome de la série Raghnarok en 2001. Depuis une quinzaine d’années, il a publié plus de quarante albums, dont deux tomes de la série Donjon créée par Lewis Trondheim et Joann Sfar. Le comic book Noirness, adaptation du Ténébreux, réalisé lors des 24h de la BD de 2012, sort au mois d’avril aux Etats-Unis chez AdHouse Books. Rencontre avec une figure majeure de la bande dessinée francophone contemporaine.

France-Amérique : Le dernier numéro du journal de bandes dessinées Tchô! est paru en janvier dernier. Quels souvenirs garderez-vous de la publication qui vous a fait connaître ?

Boulet : Ce journal a été ma première maison. J’y ai été publié alors que j’étais encore étudiant. Ce fut la plus grande chance de ma vie, un coup de pot. J’ai rencontré dans cette maison ceux qui sont devenus des amis : Zep, Olivier Supiot, Tébo, Dab’s. Après j’ai fait venir d’autres copains dans le journal comme Reno ou Lisa Mandel. A l’époque, je ne trouvais pas mes BD belles. Jean-Claude Camano, notre rédacteur en chef, m’a pourtant fait confiance. Je suis tombé au bon endroit, au bon moment. Le journal commençait, ils avaient besoin de sang neuf. Plus tard, le journal s’est délocalisé, il n’a plus été parisien. Petit à petit, je me suis assez éloigné de la publication. La nouvelle de sa fermeture m’a beaucoup affecté, je suis nostalgique. Mais il est question de le faire revenir sous forme de trimestriel.

Au moment de l’ouverture du blog Bouletcorp en 2004, comment s’est imposé le choix de l’autofiction ?

Au départ, j’utilisais le blog comme un réseau social, pour donner des nouvelles à mes potes. Trois filles m’avaient poussé à ouvrir mon blog : Laurel, Cha et Mélaka. Ce type de blogs existait déjà, mais c’était surtout des dessins de presse. Il y avait par exemple le blog de Martin Vidberg, un des premiers. Rapidement, je me suis pris comme l’un des personnages, puisque je racontais ma vie de manière humoristique. Le premier tome des Notes est très autobiographique. Le tome 2 est porté sur mes voyages. C’est avec le troisième tome que je me suis retrouvé avec un lectorat conséquent. Je commençais à avoir plus de 10 000 personnes par jour qui visitaient mon blog. Je me suis dit que je ne pouvais plus seulement raconter ma vie et mes cuites, ça n’intéresserait personne. En abordant des sujets plus universels, je sentais plus d’identification, plus de commentaires postés. Quand j’étais petit, c’était un peu un fantasme d’être un personnage de BD. Quand je lisais Gaston Lagaffe, j’aurais bien aimé être avec lui, être une figure de la BD. J’ai gardé ce personnage car je n’avais pas non plus envie de recommencer à zéro. Gotlib a aussi été une énorme influence, quand il se dessinait lui-même au travail. J’ai copié Gotlib au collège, mais je n’ai pas gardé ces dessins. J’ai été inspiré par toute la bande de Fluide Glacial de manière générale pendant mon adolescence, au moment où je décide de faire de la bande dessinée adulte.

Pourquoi avoir ouvert une version anglaise du blog et une version en coréen ?

La version coréenne s’est faite toute seule. Quelqu’un m’a contacté en me proposant de traduire le blog, en s’occupant de l’intégration des mots dans les bulles. J’ai accepté par nostalgie de la Corée, de mes amis qui y vivent, j’avais beaucoup aimé visiter ce pays. Par curiosité, je voulais traduire en anglais mon blog, pour voir s’il pouvait marcher aussi bien qu’en français. J’ai d’abord travaillé avec des traducteurs, ça a été l’enfer. J’ai finalement décidé de faire moi-même la traduction. C’est un peu maladroit, un peu Frenchie. J’étais très mal à l’aise au début. Mais le public anglophone ne m’a jamais reproché ça, contrairement aux critiques des Français. Je ne peux pas nier mon influence anglo-saxonne de la télévision, avec tout ce que j’avale comme séries et films. Je suis très friand de l’humour anglais, des Monty Pythons [Boulet a illustré Erik Le Viking de Terry Jones, un des Pythons, ndlr]. Je suis fan de Blackbooks, Spaced, Father Ted. Et de l’humour américain de Louis C.K. ou Jerry Seinfeld. Mes publications en anglais sont lues différemment que celles en français. En France, j’assiste à une fidélisation et une inertie du lectorat. J’ai beaucoup de visites tous les jours même si je ne poste rien. Sur la version anglaise, j’ai une petite base de visites quotidiennes, environ trois mille personnes, et des pics de fréquentation à chaque nouvelle publication. Les notes populaires ne sont pas les mêmes selon la langue. Ce ne sont pas les mêmes goûts, pas le même public. Les réseaux sociaux, Twitter, Facebook et Reddit, m’ont beaucoup aidé. Ils m’ont donné une visibilité incroyable. Certaines notes ont eu jusqu’à 150 000 personnes par jour après une parution en première page de Reddit. J’ai aussi une envie très forte d’être traduit en japonais, à cause de l’influence des mangas.

En quoi vos voyages ont-ils modifié votre représentation des Etats-Unis ?

Ma représentation de l’Amérique était d’abord extrêmement fantasmée, par l’œil de la télévision. Une fois sur place, on se rend compte que c’est à la fois la même chose et entièrement différent. La profondeur, les odeurs, les bruits, on ne réalisait rien de tout cela avant. Ces sensations permettent de mieux comprendre les œuvres d’artistes américains. Je me souviens d’un exercice aux Beaux Arts où l’on devait représenter symboliquement les villes du monde en un minimum de couleurs et sans utiliser celles du drapeau. J’avais choisi New York, en appliquant des gris métallisés, des miroirs, du vert, pour montrer les matières froides. Mon professeur m’a reproché d’avoir suggéré un building de Manhattan mais pas du tout New York. Quand je suis arrivé dans la ville la première fois, ce sont ces couleurs particulières qui m’ont frappé. Ces couleurs de briques brunes, rouges, ces nuances dans la signalétique, ce jaune Kodak des taxis, dans les feux de circulation, ce rouge pompier, ce bleu “tardiste” qu’on trouve partout. Les voyages élargissent ton imaginaire. Je dessine des rues plus profondes, des mondes plus grands après les Etats-Unis.

Etes-vous un lecteur de comics américains ?

Plus jeune, je n’ai pas lu des comics de super héros, je n’ai jamais réussi à entrer dedans. Ce n’est pas mon univers. J’ai, par contre, fait la découverte de Bill Watterson en lisant Calvin et Hobbes. Ce fut un énorme choc émotionnel. Plus récemment, j’ai lu beaucoup de romans graphiques américains. Crumb a longtemps été mon idole, comme Chris Ware ou Charles Burns. Je me force à redécouvrir maintenant des comics plus mainstream, j’aime par exemple beaucoup The Walking Dead. Fables de Bill Willingham est une immense série. Je suis aussi fan des webcomics Saturday Morning Breakfast Cereal, de xkcd, de Cyanide & Happiness. Hark a Vagran de Kate Beaton est mon préféré. Avec Lisa Hanawalt, ce sont les deux auteurs qui me font le plus rire aux Etats-Unis.

D’où vient cet intérêt pour les sujets scientifiques rigoureux dans vos bandes dessinées ?

C’est un très vieil intérêt. Enfant, je me passionnais pour l’astronomie et les dinosaures. Quand j’ai été capable de dessiner des dinosaures convaincants, aux Arts Déco, j’ai tout à coup eu envie de rentrer dans ces univers-là à nouveau. Avec des amis dessinateurs un peu nerds comme moi, Erwann Surcouf, Reno, Nicolas Wild, on aimait les jeux de rôle et de plateau, la fantaisie. J’étais très complexé par rapport à ça, je considérais que c’étaient des goûts puérils d’adolescents. Puis j’ai complètement assumé d’être un peu crétin et d’aimer les monstres. En réalité, le blog existait déjà avant sa version numérique. Je remplissais mes carnets en racontant mes conneries et je parlais de sujets scientifiques. C’est ce que j’ai présenté chez Tchô! quand je suis arrivé dans le journal. C’est devenu La Rubrique Scientifique, plus déconnant, plus second degré, plus Dingodossiers de Gotlib et Goscinny. A travers de nombreuses lectures, je me suis intéressé à nouveau à la paléontologie, ce qui m’a conduit à la biologie, à la théorie de l’évolution. Une généticienne m’a contacté pour me dire toutes les bêtises que j’avais écrit dessus. On est devenus amis, elle m’a conseillé plein de nouvelles lectures. Cette curiosité s’est auto nourrie. Dès qu’un sujet m’intéresse, j’achète le livre le plus basique, pour être sûr de bien comprendre, puis je me perfectionne. C’est du fuel, du carburant à histoires.

http://www.bouletcorp.com/


Conférences et dédicaces de Boulet aux Etats-Unis et au Canada :

NEW YORK

Avec Gabrielle Bell dans le cadre du festival Picture This!

25 avril 18h30

Society of Illustrators
128 East 63rd Street
New York, NY 10065

 

KINGSTON, RI:

Mardi 9 avril, 14h
University of Rhode Island’s Kingston Campus
Galanti Lounge, 2nd floor
Robert L. Carothers Library & Learning Commons
Kingston, Rhode Island 02881

 

BOSTON, MA :

Mercrdi 10 avril, 12h30-13h30

Museum of Fine Arts, Boston

Alfond Auditorium

465 Huntington Avenue
Boston, Massachusetts 02115

 

HANOVER, NH :

Mercredi 10 avril, 16h30

Public lecture at Dartmouth College
Dartmouth College
Haldeman 041
Hanover, VT

 

PITTSBURGH, PA :

Mardi 18 avril, 19h

Avec les dessinateurs Jim Rugg et Jasen Lex, animateurs du podcast Tell Me Something I don’t Know.

City of Asylum

324 Sampsonia Way
Pittsburgh, PA 15212

 

CHICAGO, IL :

Vendredi 16 avril, 12h-14h

Dédicaces au Chicago CE2E (Autographing Slot, $12/drawing)
Chicago CE2E
West Building at McCormick Place
2301 S Lake Shore Dr, Chicago, IL

 

PORTLAND, OR :

Samedi 27 et dimanche 28 avril

Stumptown Comic Festival 10th Anniversary
Oregon Convention Center
777 NE Martin Luther King Jr Blvd
Portland, OR 97232

 

TORONTO, CANADA :

Samedi 11 et dimanche 12 mai
Toronto Comics Arts Festival
Toronto Reference Library (TRL)
789 Yonge Street
Toronto, Ontario, Canada
M4W 2G8

 

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