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Bras de fer impitoyable entre Goldman Sachs et le Sénat américain

C’est la guerre des courriels: la banque d’affaires Goldman Sachs cherche à défendre sa réputation contre les accusations portées par une instance du Sénat américain à partir de documents internes qu’elle lui a fournis.

Goldman Sachs est visée depuis le 16 avril par une plainte pour fraude déposée par la SEC, l’autorité de régulation des marchés boursiers américaine, devant la justice civile. La SEC accuse la banque de Wall Street et un de ses employés français, Fabrice Tourre, d’avoir trompé des clients début 2007 en leur vendant des titres complexes adossés à des crédits immobiliers à risque sans les informer qu’elle était payée par un fonds spéculatif, pour monter une transaction permettant à celui-ci de parier contre ces titres-là même qu’elle vendait.

La SEC fait l’objet de nombreuses critiques pour avoir manqué à ses obligations de contrôle des marchés dans les années ayant précédé la crise financière. L’annonce de sa plainte contre Goldman Sachs et M. Tourre a totalement occulté la publication, le jour même, d’un rapport interne montrant qu’elle avait fait preuve de passivité à l’égard d’une affaire d’escroquerie retentissante.

Samedi, la sous-commission d’enquête permanente du Sénat américain a publié quatre échanges de messages électroniques impliquant certains des plus hauts dirigeants de Goldman Sachs, et montrant que leur banque avait pu empocher en 2007 des dizaines de millions de dollars grâce à la baisse du marché des crédits immobiliers à risque.

Le président de la sous-commission, Carl Levin, a accusé à cette occasion Goldman Sachs d’avoir “trop souvent parié contre les instruments qu’elle vendait et d’avoir profité de ces paris aux dépens de ses clients”.

Le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, son directeur financier, David Viniar et M. Tourre doivent être entendus mardi à Washington devant la sous-commission de M. Levin. Réfutant les accusations du sénateur, un porte-parole de Goldman Sachs, Lucas van Praag, a accusé la sous-commission d’avoir “monté en épingle quatre courriels à partir des quelque 20 millions de pages de documents et messages électroniques fournis par Goldman Sachs”. “Il est inquiétant qu’elle semble s’être fait un avis définitif avant même d’avoir tenu une audition” sur le sujet, a-t-il ajouté.

Pour sa défense, la banque a publié une série de documents, dont des échanges de messages électroniques entre ses dirigeants, montrant que ceux-ci s’inquiétaient dès décembre 2006 de la montée des risques associés aux crédits immobiliers à risque, et cherchaient à réduire l’exposition de Goldman Sachs à ces produits, tout en poussant les salles de marchés à rechercher les bonnes affaires susceptibles de se présenter dans ce climat de baisse.

En réponse aux accusations de la SEC et de M. Levin, Goldman dit n’avoir jamais parié contre ses clients ou contre le marché des produits immobiliers américain, affirmant que celui-ci lui a fait perdre 1,7 milliard de dollars nets en 2008.

La banque a publié des courriels de M. Tourre montrant que celui-ci presentait au début de l’année 2007 l’explosion du marché des crédits immobiliers à risque, qui allait arriver avec l’été.

Elle affirme néanmoins que les investisseurs à qui elle a vendu les titres complexes au coeur de la plainte de la SEC étaient suffisamment avertis pour savoir de quoi il retournait. Pour elle, ce que M. Levin présente comme des paris étaient en fait des opérations financières passées pour minimiser les risques associés à d’autres transactions, pratique normale sur les marchés.

 

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