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« Brassens, ça a l’air ringard et sexiste, mais c’est plus fin »

L’artiste franco-américain Pierre de Gaillande sort son nouvel album Bad Reputation, une reprise en anglais de quelques célèbres titres de Georges Brassens. Il sera notamment en concert à Brooklyn le 12 juin prochain.

Pierre de Gaillande connaît Brassens depuis sa plus tendre enfance, car son père était fan. « Comme beaucoup de Français de sa génération, c’était sa musique. Ça a aussi été sa façon de m’apprendre une partie de la culture française », raconte-t-il. La gestation de Bad Reputation, son nouvel album sur lequel il adapte des titres de l’un des plus grands noms de la musique populaire française, a été longue. Après avoir fait ses propres expériences musicales au sein de son groupe Mélomane notamment, Pierre de Gaillande ne s’est que récemment intéressé à la poésie de Brassens.  Le musicien franco-américain s’est alors décidé à la traduire avec l’aide ponctuelle de son père. « Il fallait absolument que ce soit musical, que ça sonne », explique-t-il.

Parce qu’il sait que certaines adaptations de chansons de Georges Brassens sont plates, inécoutables, surchargées de mots en pagaille, trop modernes, il prend le contre-pied et propose un projet extrêmement travaillé. Il préserve la poésie (toutes les chansons ont le même nombre de syllabes et le rythme reste inchangé) et le sens de chaque mot. Parfois la rime exacte est impossible, mais il tend à s’en approcher et travaille sur une rime presque identique.

Pierre de Gaillande adore les langues et voit la traduction comme un jeu passionnant. Il dit avoir beaucoup appris du français (qu’il a un peu perdu depuis son installation aux États-Unis) et de l’anglais (qu’il aime explorer). Bad Reputation est son premier album de reprises. « Je me suis fait tout petit » est le titre de Brassens qu’il préfère (à écouter sur l’album). Et puis il y a « La rose, la bouteille et la poignée de main ». « Je suis en train de la traduire. Elle a tout de Brassens : le côté sexuel, la politesse entre les gens, l’esprit de fraternité. Il se moque aussi de l’Église et des policiers, mais ça c’est récurrent dans ses chansons. Et puis il parle de vin. »

Pierre de Gaillande est originaire de Paris. Il y a vécu sept ans, avant de venir s’installer avec sa famille en Californie où il a passé 18 ans de sa vie. Là-bas, il a suivi des cours de cinéma à l’université publique de Californie, l’UC San Diego, une université très réputée. Mais ce choix n’était pas motivé par des raisons scolaires et professionnelles. « Le seul but était de satisfaire mes parents et, surtout, je pouvais devenir animateur pour la station radio de l’école », se souvient-il.

L’artiste a toujours aimé le son. « Au lycée, j’avais des groupes. Bunji Thump, un groupe punk funk, et Skinbus… peau de bus ou bus de peau », s’amuse t-il à raconter. « Il y avait aussi Creedle, tout à la fois du heavy métal, du punk rock et du jazz », dit-il en riant assurant que ce mélange des genres est possible. « Pour Creedle, je jouais de la trompette. Je jouais très mal, mais j’ai fait ma première tournée avec eux et c’est aussi la première fois que je me suis dit qu’il était possible de faire quelque chose », ajoute t-il.

Il a appris la trompette dès 8 ans. à 13 ans, la basse. La contrebasse au lycée et… la guitare. Depuis 4 ans, il s’essaie au piano. « Le piano, c’est fascinant. C’est plus visuel. Tout est là. What you see is what you get. C’est génial. J’adore ! », s’enjoue-t-il. Malgré tout, il avoue lui-même ne pas jouer correctement de tous ces instruments, excepté la guitare et la basse.

Parti pour New York en tant qu’instituteur de musique dans une colonie de vacances, il a fait comme tout le monde : il n’est plus jamais reparti. À New York, il assiste au concert de Morning glories qui a le même label que Creedle. Il en devient le bassiste. Un disque. Une tournée en Europe. La sauce commence à prendre. Le chanteur du groupe est reçu par Atlantic records, une société d’édition de disques américaine détenue par le groupe Warner Music. « À ce moment-là, je pensais que nous étions arrivés, que nous allions être célèbres. Au bout d’un an, ils ont laissé tomber. Je devais faire mon truc à moi », décrit-il. C’est ainsi qu’il fonde le groupe Mélomane dont il est le leader, le compositeur et le chanteur. « J’ai dépensé beaucoup d’énergie pour ce groupe, pendant dix ans. Nous avons fait beaucoup de tournées, nous avons eu un label en Allemagne. Ça a bien marché, c’était super. Je ne joue plus avec ce groupe, depuis un an. Un groupe, c’est comme un mariage avec cinq personnes. Ce n’est pas toujours facile. Je les aime tous, mais parfois il faut prendre l’air », affirme-t-il.

Aujourd’hui, Pierre de Gaillande a deux groupes : The Snow, depuis deux ans, et Bad Reputation auquel collaborent des membres de The Snow et de Mélomane. « C’est une continuation musicale et, oui, en quelque sorte une continuation du mariage », nuance-t-il en souriant. Pour lui, la clé du succès à New York est de trouver une chambre très sombre, très bien isolée, pour dormir le soir, « un refuge pour se cacher du bruit et de la folie ». Et il se voit déjà en riant « une célébrité internationale, une richesse inimaginable, ma propre commune sur une île dans le Pacifique avec un studio de rock et un héliport pour que mes amis viennent faire des bœufs avec moi à côté de l’océan. » Il redevient sérieux : « Je souhaite que les gens trouvent Brassens, que ça leur ouvre une petite fenêtre sur la culture française et qu’ils puissent la comprendre. Brassens, ça à l’air ringard et sexiste, mais c’est plus fin. Il faut trouver la beauté de la culture française dans ses chansons, comme je l’ai trouvée. »

Les Français réticents repartent généralement conquis. Les Américains apprennent qu’il existe d’autres artistes que Piaf, Brel ou Gainsbourg. Chapeau bas, l’artiste.

Informations pratiques :

Pierre de Gaillande et son groupe Bad Reputation en concert

Le 12 juin, à 20 h
The Bell House
149 7th Street
Brooklyn
718-643-6510

Le dimanche 11 juillet à la FIAF, à l’occasion du Bastille Day de midi à 18 h (entrée gratuite)
22 East 60th Street
Manhattan

Le 7 novembre au Symphonie space, à l’occasion du Festival Brassens
En collaboration avec World Music Institut et l’ambassade française
Joël Favreau, le guitariste de Brassens jouera avec Pierre de Gaillande. D’autres chanteurs français seront aussi présents.

www.pierredegaillande.com

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