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“Broadway c’est la Mecque” : entretien avec James Huth

A l’occasion du festival de cinéma In French with English subtitles, les équipes de plusieurs films étaient à New York ce week-end. Le réalisateur James Huth (Lucky Luke, Hellphone, Brice de Nice) est venu présenter sa dernière comédie, Un bonheur n’arrive jamais seul, sortie en juin en France.

Le film porte à l’affiche la charmante Sophie Marceau et le sympathique Gad Elmaleh – un duo très réussi, contre toute attente – dans une impossible (?) histoire d’amour. Elle mène de front vie professionnelle et enfants. Lui s’adonne aux nuits parisiennes. Non seulement ils tombent amoureux, mais, comme un bonheur n’arrive jamais seul, le pianiste-compositeur décroche l’opportunité de monter une comédie musicale sur Broadway.

Ainsi l’équipe du film a elle aussi parcouru la Grosse Pomme, pour quatre jours de tournage. De Times Square au banc de Woody Allen dans Manhattan, le réalisateur, James Huth, et la co-scénariste Sonja Shillito reviennent sur leur passage à New York pour France-Amérique.

France-Amérique : le spectacle sur Broadway, c’est le couronnement ultime dans la carrière d’un artiste, l’aspiration de tous ?

James Huth : Broadway, c’est une fin en soi. Même pour les Américains. Je me souviens de Hugh Jackman au début des années 2000 qui racontait qu’on lui avait offert son rêve. Broadway, c’est la Mecque.

Sonja Shillito : Quand on a écrit le scénario, à la base ce devait être Montréal, pour des raisons économiques. Et puis le producteur a dit : ‘non, il faut que ce soit New York’ ! On était trop contents. C’est formidable de tourner à New York, comme un rêve. On a tourné à Times Square, en petit groupe, la caméra à l’épaule – on l’oubliera jamais.

Ce doit être un rêve pour beaucoup de réalisateurs… C’est compliqué de venir tourner aux Etats-Unis ?

JH : Non, ce n’est pas compliqué de venir et ce n’est pas compliqué de trouver les endroits. On a travaillé avec une personne super qui nous a beaucoup aidés. Par contre, comme ce n’était que trois-quatre jours de tournage, notre partenaire producteur ne nous a pas trouvé une très bonne équipe technique. Il gardait le meilleur pour les longs tournages, de douze semaines.

SS : A un moment donné l’un des assistants, français, a remarqué : ‘je n’ai pas vu de grue comme ça depuis dix ans !”. Et puis les rails étaient calés avec des cales en bois… Aïe aïe aïe ! Par ailleurs on était là pile les jours avant l’ouragan Irène (en août 2011, ndlr). On ne s’attendait pas à avoir du vent et de la pluie en août à New York !

C’était la première fois que vous travailliez aux Etats-Unis. Avez-vous constaté des différences culturelles sur le tournage ?

SS : C’est très différent. Par exemple on n’a pas le droit de toucher à la caméra. En France tout le monde se la passe de main en main. Là il fallait attendre que la personne responsable du matériel la déplace, même si c’était juste de 20 centimètres. Et puis le réalisateur n’a pas le droit de parler aux figurants. Il y a beaucoup de règles !

JH : Sur le tournage, il y a un figurant qui a attendu toute la journée et finalement il n’avait rien. Il devait faire le chauffeur de taxi et donc j’ai proposé qu’il passe dans le champ, au moment où Gad Elmaleh sort du théâtre. Eh bien il a fallu soumettre à un vote de toute l’équipe technique, pour qu’il passe de figurant à soi disant cascadeur. Tout est comme ça, hyper codifié. Notamment parce que les travailleurs sont très ‘unionized’ (syndiqués, ndlr).

Finalement chacun aurait son mot à dire aux Etats-Unis.

JH : Oui. En France, le cinéma reste un métier artisanal. Un film est le produit des tripes de quelques personnes – le réalisateur, le scénariste, etc. Et elles participent à toutes les étapes. Ici un projet est décidé par un producteur la plupart du temps et ensuite énormément de techniciens donnent une part d’eux-mêmes.

SS : On n’est qu’un maillon de la chaîne. Pour des films beaucoup plus chers !

JH : C’est aussi pour ça que le cinéma américain et le cinéma français ne sont pas comparables. On ne fait pas le même métier.

En somme les Américains ont, eux, dû penser que les Français sont complètement anarchiques sur le tournage, non ?

JH et SS : Oui ! (rires). Complètement désorganisés et probablement arrogants.

 

Un bonheur n’arrive jamais seul, sorti en France le 27 juin 2012. Un film de James Huth. 1h49.

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