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Burlington, le Vermont “french friendly”

A Burlington dans le Vermont, le conseil municipal a adopté une politique “French friendly” avec le soutien des commerçants locaux et de l’Alliance Française.

Burlington, 40 000 habitants. Sur les rives du lac Champlain, la plus grande ville de l’Etat du Vermont, célèbre pour son sirop d’érable, sa fabrique de crèmes glacées Ben & Jerry’s et le groupe rock Phish, peut aussi s’enorgueillir de sa politique “French friendly” envers ses voisins francophones, qui vivent de l’autre côté du lac et de la frontière avec le Canada. En 2011, le conseil municipal a adopté à l’unanimité une résolution pour promouvoir l’apprentissage du français ainsi qu’un affichage bilingue dans les commerces, services et lieux publics de la ville. Sur Church Street, la rue commerçante du centre de Burlington, les boutiques et les restaurants affichent dans leurs vitrines un label bleu “bienvenue Québécois” et les employés portent un badge qui signale “j’étudie le français” et “je parle un peu le français”.

Un héritage francophone

“L’idée a germé en 2009, à l’occasion du 400e anniversaire de l’exploration du lac par le géographe français Samuel Champlain”, raconte Linda Pervier, présidente bénévole de l’Alliance Française de la région du lac Champlain. Les festivités organisées conjointement par l’Etat du Vermont, la Province de Québec et le consulat de France à Boston ont resserré les liens entre les participants des trois pays et relancent l’intérêt pour les échanges culturels et l’apprentissage du français.

Comme bon nombre de Vermontois dont les aïeux ont migré du Québec, Linda a des ascendances francophones. “Ma mère entendait parler français à la maison lorsqu’elle était enfant, mais il était interdit de le parler à l’école. Les gens de sa génération n’ont donc pas transmis leur langue maternelle”, explique-t-elle. Ce n’est que plus tard, à l’université de Laval, que Linda a entrepris des études de français langue étrangère et de linguistique. Elle travaille aujourd’hui au musée Shelburne, le musée d’Histoire et des Beaux-Arts, où l’on peut admirer le Ticonderoga, l’un des derniers steamboats en bois, ces bateaux à vapeur et à roues à aubes qui assuraient la liaison entre les agglomérations bordant les rives du lac tout en longueur.

Parlez-vous economy ?

Au printemps 2010, l’Alliance Française a organisé une première session d’apprentissage du français pour les salariés du secteur touristique. Objectif : permettre aux professionnels d’acquérir le vocabulaire nécessaire pour accueillir la clientèle francophone, prendre une commande ou une réservation, traduire un menu, indiquer une direction sur un plan. La chambre de commerce du Lac Champlain et The Church Street Marketplace, le consortium des marchands du centre-ville, ont fourni une aide logistique et matérielle, laissant à la charge de chaque stagiaire une contribution modeste de 50 dollars.

Ernie Pomerleau, consul honoraire de France et promoteur immobilier, a été l’un des principaux contributeurs au financement et à la réussite du projet. “J’ai plusieurs boutiques en ville et je peux vous dire que c’est un des meilleurs retours sur investissement que j’ai jamais eu !”, affirme-t-il. “Des centaines de milliers de Canadiens savent qu’ils sont bienvenus chez nous, c’est bon pour notre économie”, estime l’entrepreneur qui se réjouit de les voir prolonger leur séjour.

La presse et la radio québécoises ont en effet largement fait écho à l’initiative exemplaire de leurs voisins américains. Selon le consulat général du Canada, 725 000 Canadiens visitent le Vermont chaque année. A une heure trente en voiture de Montréal, beaucoup viennent par la route pour y faire des achats, du tourisme, mais aussi pour prendre l’avion. Les Canadiens constituent ainsi 40 % des usagers de l’aéroport international de Burlington.

Volontaire à l’Alliance Française, Steve “Etienne” Norman anime les groupes de conversation et la French tent installée l’été sur Church Street pour renseigner les estivants. Juriste de formation, il est aussi l’inventeur d’un prototype de bicyclette à la technologie révolutionnaire qu’il espère bientôt commercialiser. “J’ai regagné le français que j’avais appris à l’école en lisant les romans de Georges Simenon et en participant aux pauses-café de Linda à l’Alliance Française” raconte Steve, autodidacte et francophile passionné, “mais ma fille Emma parle bien mieux que moi !” ajoute-t-il.

Une ville aux accents French friendly

75 personnes de plus de 40 entreprises ont déjà bénéficié de cours de français. “En faisant un effort pour communiquer en français, les gens qui travaillent dans les boutiques et les restaurants se sentent plus confiants et entretiennent de meilleures relations avec la clientèle”, estime Steve Norman. “C’est une question de bon sens”. Erin Moreau, qui travaille au débarcadère des ferries, juge l’expérience très positive. “Ça permet vraiment de briser la glace”, dit-elle. Même constat pour Kim Kanios, qui gère la boutique Bodyshop du centre-ville. “Avant, j’étais très intimidée et je ne savais pas comment combler la distance avec les touristes. Savoir dire quelques mots en français crée tout de suite une atmosphère plus chaleureuse”, considère-t-elle. “J’espère que mes enfants pourront étudier le français au lycée”.

Bob Conlon, lui, est propriétaire du Leunig’s Bistro, seul restaurant explicitement francophone. “Ma femme est prof de français mais moi je ne l’écoute jamais et je suis très embarrassé par mon accent”, plaisante-t-il. “Durant la saison, j’embauche systématiquement trois serveurs bilingues. Parler français ici, c’est vraiment un atout sur le C.V.”

Linda Pervier peut se féliciter du succès de cette initiative. “Nous démarrons un nouveau groupe pour débutants et nous avons de nombreux inscrits qui ont envie de compléter leur apprentissage, à un niveau plus avancé. Nous débutons également des cours sur site dans deux entreprises”. Steve Norman, lui, souhaiterait enfin connaître la France et faire partie de la prochaine délégation qui se rendra à Honfleur, ville sur l’estuaire de la Seine, avec laquelle Burlington a commencé à nouer un jumelage. Quant aux habitants de Burlington et de sa région, ils sont toujours prêts à faire revivre l’esprit festif de “l’Ordre du Bon Temps” institué par Samuel Champlain (voir ci-dessous) pour se distraire des hivers rigoureux, en faisant bonne chère en musique et en bonne compagnie !

 


Nos ancêtres ces Français

Né à Brouage, en Charente-Maritime, Samuel Champlain explore l’Acadie, au nord-est de l’Amérique, pour le roi Henri IV. Il fonde la ville de Québec en 1608. Ses expéditions plus au sud le mènent jusqu’au lac qui porte son nom entre les Etats de New York et du Vermont. Selon les démographes, un tiers de la population vermontoise actuelle a des ancêtres d’origine française. Les premiers Franco-Américains s’établissent dans le Vermont avant que les frontières entre la Nouvelle-France et les colonies britanniques soient clairement définies. Ils sont pour la plupart trappeurs, commerçants et fermiers. Durant la guerre d’Indépendance en 1777, le Vermont compte de nombreux citoyens francophones, même si ses élites sont anglophones. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, une seconde vague de francophones migrent du Québec, attirés par le besoin de main-d’œuvre dans les fermes, les moulins et les industries manufacturières.

 

  • Je confirme, pour être allé à Burlington, qu’on sent clairement que les francophones ne se sont pas arrêtés au Canada, loin de là. Et dans tout les Etats des Etats-Unis voisins du Québéc, on sent clairement une présence francophone et une bienveillance des Américains.

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