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Cannes: le pamphlet de Ken Loach contre les atrocités de la guerre en Irak

Le cinéaste britannique Ken Loach est de retour en compétition au Festival de Cannes avec “Route Irish”, un pamphlet contre les atrocités de la guerre en Irak et le commerce qui l’accompagne.

“Route Irish” est le nom donné par les Américains lorsqu’ils ont débarqué en Irak en 2002 à la route qui mène de l’aéroport de Bagdad à la Zone verte. “La route la plus dangereuse du monde”, rappelle le film qui sera présenté officiellement jeudi sur la Croisette.

L’action se déroule en 2007, principalement à Liverpool. Le corps d’un jeune homme, Frankie, employé par une société de sécurité en Irak et tué sur cette voie, y est rapatrié sans tambour ni trompette, les honneurs militaires étant réservés aux soldats.

Son meilleur ami, Fergus (Mark Womack), ancien employé de la société, se sent responsable de sa mort: c’est lui qui l’a encouragé à partir en Irak, lui faisant miroiter un bon salaire pour assurer la protection de médecins, journalistes, employés d’ONG…

Commence alors pour Fergus, ancien agent spécial, une quête sans répit pour débrouiller les circonstances de cette mort qui s’avèrent plus troubles que ce qu’avoue l’employeur. Une quête qui va le conduire à remettre en cause les méthodes brutales de sociétés de sécurité omniprésentes sur les terrains de bataille ainsi que ses sentiments face à des victimes civiles qu’il a longtemps considérées comme de simples dommages collatéraux.

Cinéaste engagé et habitué de la Croisette, Ken Loach, bientôt 74 ans, troque le ton léger de la comédie “Looking for Eric”, présenté en compétition en 2009, contre un sujet plus grave, qui le préoccupe depuis longtemps.

De cette guerre en Irak, il a déclaré il y a quelques années: “C’était une guerre illicite, qui va à l’encontre des conventions de Genève, de la charte des Nations unies et qui est basée sur des mensonges. C’est indéfendable”. Le cinéaste s’y plonge en dénonçant la marchandisation de la sécurité et fait de “Route irish” un réquisitoire convainquant – qui n’émeut pas vraiment toutefois.

“Le marché de la guerre est lentement et délibérément privatisé”, explique dans les notes de production son scénariste et complice Paul Laverty, qui rappelle qu’environ 160.000 agents de sécurité – aussi surnommés “soldats privés” – étaient présents en Irak au plus fort de la guerre.

“Personne n’éprouve l’envie de compter le nombre de civils irakiens tués ou blessés par ces salariés, alors qu’on a les preuves qu’ils ont commis de gros abus”, affirme le scénariste qui dénonce le Décret 17, imposé par l’administration américaine au parlement irakien et qui assurait l’immunité à ces “soldats de la sécurité” de 2003 à début 2009.

Sélectionné sur le fil, “Route Irish” montre les abus commis par certains hommes mus par la quête d’argent ou d’adrénaline, des “cow-boys” qui n’hésitent pas à massacrer du “bougnoule” tandis que leurs chefs, en costume cravate, bâtissent des fortunes. On y retrouve aussi de nombreuses images d’actualités montrant des Irakiens terrorisés, des parents désespérés et des corps déchiquetés par les bombes qui explosent quotidiennement.

Dixième film présenté en compétition à Cannes par Ken Loach – qui sera là jeudi avec son équipe -, “Route Irish” est en balance avec 18 autres longs métrages pour la Palme d’Or.

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