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Cannes : un festival sous les auspices d’un monde inquiet

Les crimes de l’Histoire, la crise financière, la guerre, les tensions entre père et fils ou au sein du couple, la métropole menaçante : les films du 63e Festival de Cannes, qui s’achève dimanche, ont souvent été graves et sombres, reflets d’un monde inquiet.

La finance mondiale et son incapacité à se réformer, de crise en crise, a occupé les écrans cannois avec “Wall Street: l’argent ne dort jamais” d’Oliver Stone, second volet des aventures de Gordon Gekko, requin de la finance sur le retour. Une finance désignée responsable de la destruction de millions d’emplois et d’une vaste crise immobilière, dans le documentaire “Inside job” de l’Américain Charles Ferguson ou dans “Cleveland versus Wall Street”, de Jean-Stéphane Bron, récit fictif des efforts de trois avocats pour assigner en justice les 21 banques responsables de saisies immobilières.

Les guerres, passées ou en cours, et leurs horreurs. Celle d’Algérie, avec la projection vendredi en compétition de “Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb, saga d’une famille algérienne blessée par l’Histoire. Celle d’Irak, avec “Route Irish” le pamphlet de Ken Loach contre la cupidité d’hommes d’affaires qui bâtissent des fortunes sur la détresse des victimes du conflit, ou “Fair Game” de l’Américain Doug Liman, inspiré de la descente aux enfers vécue par Valerie Plame, agent de la CIA dont la carrière fut brisée après la révélation par son mari diplomate, des mensonges de l’administration Bush. Celle d’Afghanistan aussi, avec le documentaire danois mâtiné de fiction “Armadillo”, qui a remporté jeudi soir le Grand Prix de la Semaine de la Critique.

La perte des repères moraux de la jeunesse. Dans “Chatroom” du Japonais Hideo Nakata et “L’autre monde”, de Gilles Marchand, des adolescents qui peinent à vivre dans le réel, se délectent du spectacle de la mort sur l’écran de leurs ordinateurs. “La nostra vita”, chronique des petites combines et du chacun pour soi de l’Italien de Daniele Luchetti, montre comment un jeune chef de chantier préfère faire disparaître le corps d’un gardien de nuit roumain tué par accident plutôt que de voir la construction, qui emploie de la main d’oeuvre illégale, arrêtée.

Le drame des sans-papiers. Dans “Biutiful”, le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu filme la violence de contrôles policiers menés comme un assaut militaire, la peur constante d’immigrants illégaux arrêtés dans la rue et matraqués puis expulsés. Il est aussi au coeur d'”Illégal” du Belge Olivier Masset-Depasse et des “Mains en l’air” du Français Romain Goupil.

Les ratés de la vie de couple et des relations parents-enfants. Peu de sexe cette année, mais des portraits de couples dont la relation se délite. Dans “Copie Conforme”, l’Iranien Abbas Kiarostami évoque l'”indescriptible” difficulté d’aimer, avec le dialogue d’un homme et d’une femme dont la relation est à la fois fantasmée et en cours de destruction. Dans “Biutiful”, le héros Uxbal campé par Javier Bardem s’est séparé d’une femme qui délaisse ses enfants en raison d’une santé mentale vacillante. “Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse”, du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, montre l’issue tragiques des tensions provoquées entre un père et son fils, dans un pays ravagé par la guerre et l’absence de perspectives économiques.

La ville sombre. Barcelone dans “Biutiful” et Buenos Aires dans “Carancho”, de l’Argentin Pablo Trapero, sont filmés sous un angle nouveau: les murs sont lépreux, les hôpitaux décatis, l’horizon sombre. Des villes où le quotidien est une affaire de survie.

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