Subscribe

Cartier-Bresson, les yeux dans les yeux à Chicago

Après le MoMA à New York, l’exposition « The Modern Century » consacré au père du photojournalisme moderne, Henri Cartier-Bresson, se déplace à Chicago du 25 juillet au 3 octobre 2010. Rencontre avec Elliott Erwitt, autre monstre sacré de la photographie, qui a côtoyé « l’œil du siècle » pendant des années.

En observant les hommes, Henri Cartier-Bresson disait rechercher leur « silence intérieur ». En les photographiant, il immortalisait un instant de leur vie. « Henri révélait aux gens ce qu’ils ne remarquaient pas chez leurs semblables, et saisissait ces petites choses innocentes d’une manière inimitable », raconte Elliott Erwitt, l’un des grands noms de la photographie moderne et ami de Cartier-Bresson. Dans son studio qui donne sur Central Park à New York, Erwitt raconte sa première rencontre avec le plus célèbre photographe français, à Paris, dans les années 50. « À l’époque, j’étais soldat de réserve en France, et lui, comme toujours, voyageait beaucoup. Il est celui qui m’a donné goût à la photographie. »

Humaniste, Henri Cartier-Bresson développait une relation intime avec le monde qui l’entourait. « Il avait l’œil, se rappelle Erwitt. Mais il faut quelque chose en plus. Henri a eu l’énergie de la jeunesse tout au long de sa vie. Même en tant que vieil homme, il était une vraie boule de nerfs. » Décédé en 2004 à l’âge de 96 ans, Henri Cartier-Bresson a laissé derrière lui une inestimable collection de clichés intemporels, pris pendant sa carrière qui s’étend des années 1930 aux années 1970.
La grande rétrospective que  présente  à partir du 25 juillet The Art Institute of Chicago (après le MoMA de New York) propose de parcourir un demi-siècle d’histoire et de photos d’évènements majeurs. Intitulée « The Modern Century », elle dévoile 300 clichés dont de nombreux sont inédits ainsi que des documents. Il s’agit de la plus importante exposition sur l’œuvre de Cartier-Bresson depuis 1979 et la première montrée aux États-Unis depuis la mort du père du photojournalisme. « C’était un curieux fantastique, s’exclame Peter Galassi, directeur du département de la photographie au MoMA et auteur d’un ouvrage sur l’artiste. En quelques instants, on peut passer de scènes de vie qui semblent provenir de l’Ancien Régime aux fêtes en maillots de bain des baigneurs du club Med. Dans beaucoup de ses photos, on retrouve des modes de vie qui n’ont pas changé depuis des siècles. Je pense qu’il n’y a qu’un seul mot pour qualifier Henri Cartier-Bresson : envergure ! »

Un « instant décisif » au service du monde

La photographie n’est pas une science, elle est instinct et spontanéité. Henri Cartier-Bresson s’est distingué par son extraordinaire aptitude à capter l’essence de ce qui se jouait en une fraction de seconde devant ses yeux. On dit de lui qu’il est l’inventeur du concept de « l’instant décisif ». Cartier-Bresson, fameux pour ses coups de gueule, arpentait le monde qui, disait-il, « oublie les hommes », à la recherche de cet instant rare. Avant-gardiste pour sa précision et pour le graphisme minutieux de ses compositions jamais recadrées au tirage, il réussissait à capter le pouls de la vie. Elliott Erwitt avoue dans un soupir ne pas savoir quoi retenir de l’étendue du travail de son ami. « J’avais la même vision sur le monde qui nous entourait, confie-t-il quand même en se rencognant. Il le présentait avec honnêteté et franchise, sans jamais confondre les genres. J’ai rapidement essayé de l’émuler avec mon propre style. » « Pour Erwitt, Cartier-Bresson représentait cet engagement auprès du monde, commente encore Peter Galassi. Elliot et lui vivaient dans le réel, pas dans un microcosme d’artistes bornés. Et ils aimaient tous deux foncer vers l’inconnu. »

Pierre Assouline, biographe d’un temps de Cartier-Bresson, en a fait « l’œil du siècle ». Ce surnom donné à l’homme fondateur en 1947 de l’agence Magnum aux côtés de l’Américain Robert Capa au lendemain de la couverture de la Deuxième Guerre mondiale, fait pourtant frémir Erwitt. « Il sonne bien, mais il n’est pas nécessaire d’utiliser ces clichés, lance-t-il. Je préfère d’abord me souvenir de l’homme bon et généreux. Henri donnait volontiers de son temps pour quelques conseils au jeune photographe que j’étais. Mais attention, s’il ne vous aimait pas, vous n’existiez pas ! »

Outre la passion pour la photographie, une autre chose rapprochait Erwitt, le calme, et Cartier-Bresson, l’électrique : l’humour. Les deux hommes aimaient la plaisanterie et la provocation. Comme lors d’une exposition à New York en 1987 où Elliott Erwitt arborait fièrement un col de prêtre au milieu des cravates et nœuds papillons habituels. « Henri Cartier-Bresson l’adorait lorsqu’il se comportait de la sorte, s’amuse Peter Galassi. Ils étaient complémentaires, et s’ils se comprenaient, c’est aussi parce qu’Elliott avait appris d’Henri ces choses que l’école ne vous apporte pas. » « La technique d’Henri était très basique, conclut Elliott Erwitt. On peut même dire qu’il n’en avait pas. Mieux vaut retenir qu’une seule chose de son travail : son extraordinaire constance. »

Infos pratiques :

The Art Institute of Chicago
111 South Michigan Avenue
Chicago, Illinois 60603-6404
http://www.artic.edu/aic/

Ouverture pour les membres le 23 juillet (10 h 30 – 19 h) et 24 juillet 2010 (10 h – 17 h)
Ouverture au public le 25 juillet 2010.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related