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Castelbajac au musée Galliera




Le marquis Jean-Charles de Castelbajac, c’est un raccourci de mille et un mondes, celui de l’aristocratie française — sa famille remonte au Moyen Âge—, de la mode, — ses robes graffiti en hommage à Andy Warhol ou Jean-Michel Basquiat (1984) ont fait le tour du monde, et que dire de son manteau culte Teddy Bear (1988) avec ses oursons en 3D ! —, mais aussi de l’inventivité à la française avec les robes « Premier Secours » à l’imprimé croix-Rouge (1999) ou les modèles recyclés avant la lettre comme « La Vareuse Serpillière » en toile de bâche (1977), ou encore ses vêtements ultra techniques comme la combinaison en fibres nouvelles en 1978, déjà !

France-Amérique : France-Amérique vous connaissez ?

Jean-Charles de Castelbajac : Bien sûr ! Mais je connais surtout l’Amérique ! J’ai des liens historiques avec les États-Unis. C’est le pays qui m’a révélé, notamment grâce à un article d’une journaliste du New York Times qui a admiré mes premiers vêtements, les comparant à des maisons d’architecte à la Frank Lloyd Wright. J’avais 18 ans ! Quelques semaines plus tard, je faisais la couverture du Vogue américain. C’est vrai que le monde anglo-saxon a toujours aimé mon travail (NDLR : La maison a été rachetée par un groupe britannique Marchpole en janvier 2004). Je suis excentrique ! Ceci expliquant peut-être cela. J’ai une dimension onirique voire surréaliste, un mouvement dans l’histoire de l’art dont je me sens très proche. Après mes débuts dans la presse américaine, j’ai habillé Farah Fawcett dans la série télévisée « Drôles de dames » dès 1974 pour 32 épisodes. On m’a donné carte blanche… J’ai pu exprimer ma vision inspirée par la dimension Bauhausienne des choses : la fonction mène à l’élégance.

F-A : Vous avez d’ailleurs fait une grande rétrospective à Londres au Victoria & Albert Museum en 2006…

JCDC : C’était une exposition cinétique baptisée « Popaganda » dans une vitrine à la fois académique et classique, avec la présentation d’une centaine de vêtements. Je me suis rendu compte qu’une nouvelle génération d’Anglais dont certains forment la New Rave, un mouvement très lié à l’art cinétique, à la musique, connaissent mon travail, portent mes vêtements vintage et m’appellent JCDC, surnom que j’ai adopté.


F-A :Y a-t-il un rapport entre l’exposition de Londres et celle qui vient de s’ouvrir à Paris ?

JCDC :Bien sûr, l’exposition de Galliera s’inscrit dans cette continuité mais là je suis metteur en scène de tout l’espace. Plus qu’une exposition, c’est une « explosition », un manifeste pour une génération à venir, un parcours labyrinthique qui relierait les générations. On y trouve aussi bien un cabinet de curiosités où je raconte ma passion pour l’histoire qui me vient bien sûr de ma famille et m’a toujours inspiré. Il y a par exemple dans ce cabinet une armure de Jeanne d’Arc jamais montrée prêtée par des amis très proches. On se rend compte que cette femme qui a changé le monde mesurait 1m 53 avec des attaches comme des allumettes ! Ou encore, la robe de chambre de Napoléon à Sainte-Hélène provenant du musée de la Malmaison…

F-A : Mais vous présentez aussi vos créations !

JCDC :J’expose 220 vêtements de mon histoire. Dans une deuxième partie, on passe à travers une sorte de musée en condensé des 40 dernières années puisé dans mes collections personnelles (des photographies de Horst ou de Diane Arbus, des tableaux..), et dans mes créations de mode inspirées du XXème siècle. Cela ressemble à une galerie de château où les armures seraient remplacées par des robes : robes-objets (Pop Art, Coca Cola…), robes-tableaux (Combas, Ben…), robes-hommages (Robe Jackie Kennedy 1983). Enfin la troisième partie de l’exposition est consacrée à des associations spontanées de vêtements que j’ai dessinés dans les années 70 ou en 2000 comme les séries « accumulation », les « vêtements couverture » ou les camouflages par exemple.

F-A : Que devra-t-on retenir de cette exposition ?

JCDC :J’aimerais que le public soit sous le choc des images et, qu’à travers ce parcours, il appréhende mon processus de création qui est souvent un accident, une association d’idées a priori incongrue mais dont le résultat est — à mon avis bien sûr — esthétique. J’aimerais surtout qu’elle inspire les jeunes, une façon de leur dire que tout est possible.

F-A : Gallierock c’est le titre de l’exposition, pourquoi ?

JCDC :Gallierock, c’est une chanson composée par King Ju pour l’exposition et un clip, qui seront diffusés par des partenaires : MTV, SFR, Radio Nova, My-space ou les Inrockuptibles. La musique a toujours été très présente dans mon univers. Aujourd’hui j’écris beaucoup de chansons pour mon amie Mareva Galanter (NDLR : Mareva Galanter a sorti son premier album Ukuyéyé en juin chez Warner Music)

F-A : Votre biographie va bientôt sortir…

JCDC :Oui, une biographie associée à un uni-vers que j’aime, celui de la bande dessinée. L’album de 184 pages qui sort chez Casterman est signé avec Artus.

Gallierock : une exposition de JCDC

Musée Galliera, musée de la Mode et du Textile de la Ville de Paris
10 avenue Pierre 1er de Serbie, 75116 Paris

Tél.: +33 (1) 44 55 57 50

www.lesartsdecoratifs.fr

JCDC par Artus et Jean-Charles
de Castelbajac. Éditions Casterman

Prix : $18,5/ 13,95 €

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