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Catherine Millet la scandaleuse

Le festival international de littérature, le PEN World Voices, se déroulera à New York du 29 avril au 4 mai prochain. De nombreux écrivains francophones seront présents, comme le Québécois Michel Tremblay. Parmi les Français, on note la présence de Philippe Grimbert, Bernard-Henri Lévy, Jean Hatzfeld, journaliste à Libération et reporter de guerre au Rwanda et de Catherine Millet, écrivain et rédactrice en chef d’Art Press. Entretien.

France-Amérique : Vous venez à New York invitée du PEN World voices…
Catherine Millet : La dernière fois que j’étais à New York, c’était pour présenter mon livre, La Vie sexuelle de Catherine M.. On m’avait dit que j’allais avoir affaire à des groupes de féministes puissants qui allaient critiquer l’ouvrage, mais en fait il a été très bien accueilli. Edmund White a déclaré que c’était “le livre le plus explicite jamais écrit par une femme sur le sexe” et cela a suffi à le lancer.

F.-A. : Le livre est paru en 2001. Aujourd’hui en 2008 pensez-vous qu’il ferait autant scandale ?
C.M. : J’aurais tendance à penser qu’il ferait moins scandale. Il y a aujourd’hui beaucoup d’articles qui paraissent dans la presse sur l’échangisme ou une sexualité différente. Sur l’Internet, on voit des gens se déshabiller devant des webcams. Et pourtant je suis étonnée d’être encore invitée à des festivals comme celui du Pen, d’être interrogée par des journalistes sur ce livre. Le livre continue d’agir… En fait il aurait probablement le même impact !

F.-A. : Quel est le message du livre ?

C.M. : J’avais envie de dire la vérité d’une expérience sexuelle sans idéalisation. J’ai toujours combattu les discours puritains, mais j’étais aussi agacée par les discours hédonistes sur la sexualité ; je voulais être entre les deux, mettre à plat une expérience par un témoignage qui ni ne condamnerait, ni n’en ferait l’apologie. Il y avait aussi l’envie de faire connaître un discours féminin sur ces questions-là. Les discours masculins appartiennent la plupart du temps à cette catégorie hédoniste qui valorise la liberté sexuelle. Les femmes ont un point de vue plus relativiste, elles ont plus de distance. Contrairement aux hommes, elles ne s’identifient pas à leur vie sexuelle, à leurs performances sexuelles.

F.-A. : Votre vie a-t-elle changé après la publication du livre ?
C.M. : Non cela n’a rien changé à ma vie ou à mon activité professionnelle à Art Press. Mes proches collaborateurs ont sans doute appris des choses sur ma vie, mais ils s’en doutaient; il n’y a pas eu de surprise. J’ai plutôt recueilli de la sympathie là où je suis allée parler de mon livre. On me félicitait d’avoir eu le courage d’aborder le sujet ou sur l’écriture. Dans ma vie personnelle, j’ai vécu l’écriture de ce livre comme une parenthèse, un récit autobiographique. Et puis j’ai senti la nécessité de poursuivre. Quand j’ai vu l’écho du livre, j’ai compris que le projet n’était pas achevé. Forcément les gens m’ont interrogée sur la jalousie, sentiment que j’avais délibérément évacué de l’ouvrage. C’est le thème que j’aborde dans mon prochain livre qui va sortir à la rentrée 2008.

F.-A. : Est-ce aussi un livre autobiographique ?

C.M. : Oui c’est l’histoire de la traversée d’une crise de jalousie que j’ai personnellement vécue. Contrairement à l’idée que l’on peut avoir, je suis plutôt fidèle dans mes relations amoureuses. J’ai vécu cet accident biographique, cette crise de trois ans . Je ne vivais plus qu’au travers de cette paranoïa. La jalousie c’est une douleur exquise, une autre façon de jouir, de vivre plus intensément.

F.-A. : Vous avez aussi écrit un livre sur Salvador Dali.
C.M. :
Oui, Dali et moi est un essai sur le Dali écrivain, souvent méconnu. Je me suis rendu compte que ses fantasmes m’étaient familiers, que je pouvais comprendre sa mécanique mentale de l’intérieur. Il donnait une grande importance à la vision au détriment des autres sens; il enregistrait scrupuleusement le réel. Et il créait ses fantasmes à partir du réel, notamment des fantasmes sexuels sur la masturbation. Dali, c’était le grand masturbateur! Je me suis glissée dans son histoire en m’y reconnaissant. J’ai essayé de comprendre le fonctionnement de Dali et comment il en a rendu compte dans ses livres. Le but était aussi de faire connaître le Dali écrivant, son côté provocateur qui a souvent soulevé de la réprobation dans les milieux français.

F.-A. : La masturbation est une activité centrale dans votre édifice…
C.M. :
Oui je recommanderais aux femmes de la pratiquer car c’est un des moyens qu’elles ont de comprendre leur plaisir, d’être attentives à leur corps.

F.-A. : Vous avez créé la revue Art Press en 1972 que vous dirigez. Votre vie dans le monde de l’art a-t-elle influencée votre carrière littéraire ?
C.M. :
Bien sûr. En ce moment par exemple, je trouve que de nombreuses jeunes artistes françaises – Tatiana Trouvé, Clarisse Hahn, Islid le Besco …- sont audacieuses dans la représentation du corps, et intègrent la sexualité dans leur travail. Je pense notamment aux vidéos de Clarisse Hahn, qui filme des corps en situation professionnelle comme sa vidéo “Ovidie”, sur une actrice du cinéma porno.

Bibliographie
La vie sexuelle de Catherine M., Seuil, 2001
Dali et moi, Gallimard, 2008

Dans le cadre du PEN World voices, Catherine Millet participe
à une table ronde le vendredi 2 mai au Elebash Récital Hall, CUNY Graduate Center, 365 Fifth avenue de 17h30 à 19h
… et à une conversation avec Adam Gopnik le samedi 3 mai à l’alliance française de 18h30 à 19h30
French Institute Alliance Française 55 east 59th street

Pour tous renseignements sur le programme extrêmement varié et complet du festival :
www.pen.org
Pour les conférences au FIAF : www.fiaf.org

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