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Catherine Selden, la reine du profiling pour la télé-réalité américaine

Catherine Selden n’est pas une psychologue comme les autres. Depuis douze années, elle dresse des rapports médico-légaux sur les candidats de télé-réalité, afin de prévoir leur comportement dans l’émission. Entretien.

France-Amérique : Quelle a été la raison de votre expatriation aux Etats-Unis ?

Catherine Selden : J’ai suivi mon mari, compositeur à Hollywood. Après avoir fait des études de droit et un MBA en France, j’aurais pu continuer ma formation en apprenant cette fois le droit américain. Mais j’ai décidé de changer de voie et de me lancer dans des études de psychologie. Aux Etats-Unis, il faut faire beaucoup plus d’années qu’en France pour pouvoir pratiquer. Après la maîtrise, quatre ans sont encore nécessaires. Il faut aussi rajouter à ces quatre années un an d’internat. C’est grâce à ces longues études que les psychologues aux Etats-Unis ont le titre de docteur.

Pourquoi vous être spécialisée dans le domaine du médico-légal ?

Ma formation juridique française m’a poussée vers cette voie. Mon travail était de faire du profiling, apprendre à évaluer les risques que représentent certaines personnes et présenter le dossier aux juges. C’est grâce à ce travail que des producteurs de télé-réalité sont venus me trouver. Big Brother (l’équivalent de Loft Story aux Etats-Unis) a été la première émission à me contacter. J’ai depuis travaillé pour plus d’une cinquantaine de shows.

Quel est votre travail de psychologue sur les émissions de télé-réalité ?

Mon but est de prédire comment vont réagir les candidats dans un environnement défini. Pendant une heure d’entretien, je reprends avec eux l’histoire de leur vie et j’essaye de n’ignorer aucun aspect. Je leur fait ensuite passer plusieurs tests psychologiques. A partir de là, je dresse, pour la production, un portrait du candidat en décrivant les caractéristiques majeures de sa personnalité.

Votre but n’est-il pas finalement de trouver des personnes fragiles mais pas trop ?

C’est toute la difficulté de mon travail. La télé-réalité n’a pas besoin de personnes trop stables, réservées. Le programme serait trop ennuyeux. Il faut des gens suffisamment excentriques, émotionnels et intéressants. Tout est une question de dosage. Il ne faut pas qu’ils soient trop émotionnels car ils peuvent avoir après un comportement à risque et présenter un danger pour eux-mêmes et pour les autres. Le risque doit être calculé.

Avez-vous déjà eu de longs débats avec certains producteurs qui souhaitaient la participation de candidats que vous estimiez trop fragiles ?

Oui, car les producteurs adorent les personnes très émotionnelles. C’est un gage de bonne télévision pour eux. C’est alors à moi d’être ferme. J’ai parfois aussi de mon côté l’avocat de l’émission. Car pour chaque candidat, j’écris un rapport médico-légal, comme je le faisais avant pour les juges. L’avocat lit le rapport et s’il pense qu’un candidat présente trop de risques, il n’acceptera pas sa participation à l’émission.

Regardez-vous les émissions pour lesquelles vous avez fait passer les castings ?

Souvent car cela fait aussi partie de mon travail de voir si le profil que j’ai dressé dans le rapport correspond à la réalité. J’insiste aussi auprès de la production pour débriefer avec les candidats une fois qu’ils sont éliminés du jeu.

Etes-vous parfois inquiète pour l’après télé-réalité de certains candidats d’un point de vue psychologique ?

Les émissions sont souvent diffusées plusieurs mois après le tournage. C’est en se voyant à la télévision que certains ont parfois des problèmes. Ils n’aiment pas forcément l’image qu’ils renvoient. Je les préviens toujours de cette éventualité lors du debriefing.

Vous n’avez jamais eu de cas de candidats qui n’ont pas supporté le retour à l’anonymat ?

C’est ce que je pensais aussi il y a douze ans, quand je n’avais pas encore d’expérience dans le domaine. Mais en réalité, il s’agit plus d’un problème français. Il y a assez peu de vedettes de télé-réalité en France car il y a moins d’émissions. Ceux qui sortent de ces émissions goûtent à la célébrité et parfois souffrent d’un manque d’attention six mois plus tard. Aux Etats-Unis il y a tellement de Real TV que vous êtes immédiatement noyés dans la masse des anciens de la télé-réalité. Les candidats savent qu’au bout de six mois, tout le monde va les oublier. J’ai l’impression que les jeunes de 20 ans qui font de la télé-réalité aux Etats-Unis ne recherchent pas tant de l’attention que des avantages en nature : voyage, argent, fun et pourquoi pas une entrée dans le monde de la télévision.

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