Subscribe

Ceci n’est pas une expo sur Gainsbourg

L’exposition « Gainsbourg, Initiales L.G. », visible jusqu’au 23 avril à la galerie du FIAF de New York, regroupe une cinquantaine de photographies rares ou inédites du chanteur, disparu il y a vingt ans. Signés William Klein, Patrick Duval ou Helmut Newton, ces clichés de maîtres révèlent l’artiste dans son intimité.

N’y cherchez pas le sensationnel, le briquet Zippo ou l’anecdote biographique. L’exposition « Gainsbourg, Initiales L.G. » est d’un autre acabit. « Il ne s’agit pas d’une expo sur Gainsbourg mais d’une sélection de photographies d’art dont Gainsbourg est le thème », annonce d’emblée Roger Szmulewicz, commissaire de l’exposition. Admirateur du chanteur, ce galeriste belge spécialisé dans la photographie africaine est à l’origine du projet présenté l’an dernier à Anvers, pour les dix ans de sa galerie, Fifty one fine art photography.

Le succès de cette première exposition a incité d’autres photographes à dévoiler leurs clichés de Gainsbourg, la plupart inédits, à Roger Szmulewicz. Parmi eux figurent des  pépites comme la photo de Michel Giniès, « Serge & Jane chez Régine » (1974), qui représente le couple Gainsbourg Jane Birkin, ivre de bonheur. Alertée, Simone Klein, l’experte en photographie de la maison américaine de vente aux enchères Sotheby’s, a offert à son tour d’héberger l’exposition, enrichie de ces nouvelles photos et de manuscrits. L’événement coïncidait avec l’anniversaire posthume du chanteur, décédé le 2 Mars 1991, à Paris.

« New York USA »

Le succès phénoménal de cette seconde exposition parisienne convainc Roger Szmulewicz de remettre le couvert à New York. Sélectionnées pour leur qualité et leur singularité, les photographies exposées au FIAF ne retracent qu’impartialement la vie du chanteur. Parti-pris esthétique oblige, elles délaissent Gainsbarre au profit du « beau Serge ». L’objectif des grands maîtres révèle un autre visage de l’artiste, adepte du travestissement. « Gainsbourg, qui se détestait physiquement, est quelqu’un de très photogénique. Il apparait heureux, jouant avec son image et ses représentations », poursuit Roger Szmulewicz.

Comme lorsque le chanteur surgit devant l’objectif de Roberto Battistini, en clone moustachu du peintre surréaliste Salvador Dali. Ou en célèbre travesti pour le photographe William Klein, à l’occasion de la pochette de l’album « Love on the beat ». Un chef-d’œuvre d’esthétisme qui figure parmi les pièces maitresses de l’exposition. Autre photo célèbre, celle de Jean-Jacques Bernier immortalise Gainsbourg torse nu, enveloppé dans le drapeau français. Il servira d’illustration à l’album « Aux armes et cætera » (1985), qui contient la fameuse marseillaise reggae.

Hormis ces quelques clichés ultra-célèbres, les photos sont tirées pour la première fois. Comme ce magnifique dyptique de Gassian que Roger Szmulewicz compare aux compositions du peintre Francis Bacon. D’autres, moins intéressantes esthétiquement, révèlent une facette inattendue du personnage. Une autre encore découvre le compositeur nu sur son lit, rue de Verneuil, devant l’objectif de Patrick Duval. « Le photographe a surnommé cette photo ‘L’icône aux culs’, en raison des images de fesses collées au mur », s’amuse le galeriste. Elle n’a été éditée qu’une fois, dans Libération, avec l’interview posthume du chanteur, après sa mort.

« Ces photos sont intimes mais jamais vulgaires », rappelle Roger Szmulewicz. Il s’en dégage même une certaine fragilité. Loin de l’image de l’artiste froid et cynique, Lucien Gainsbourg (rf ; les initiales du titre) est saisi dans son univers quotidien. L’exposition s’accompagne aussi de photos de son intérieur parisien, rue de Verneuil. En surimpression, des notes personnelles du chanteur, adressées à son majordome. Mélange de poésie et d’humanité, elles apportent à ce tableau d’ensemble un surcroît de vie à l’exposition. « Un grand portrait, le plus large de l’expo, figurera au fond de la pièce, sur fond noir, comme la figure tutélaire de l’exposition », conclut le galeriste.

A savoir

L’exposition s’accompagne d’un beau livre, Vu de l’Intérieur, réalisé par Roger Szmulewicz, et préfacé par Jane Birkin. Y figurent les notes laissées par Gainsbourg à Fulbert le majordome, ainsi que les clichés d’intérieur de Yannick Ribeaut, son neveu, et des manuscrits inédits de Gainsbourg.

Infos pratiques :

L’exposition photographique collective « Gainsbourg, Initiales L.G. » se tiendra du 24 mars au 23 avril 2011 à la galerie du FIAF de New York. Gratuit. L’opening aura lieu le mercredi 23 mars, de 6 à 8pm (RSVP : nbodemann@fiaf.org)

Horaires d’ouvertures : Du mardi au vendredi : 11am–6pm. Samedi : 11am–5pm  

Galerie du FIAF : 22 East 60th Street

Le film « Gainsbourg, vie héroïque » (2010) de Joann Sfar sera projeté au Florence Gould Hall le jeudi 21 avril 2011, à 7.30pm. Adresse: 55 East & 59th Street. Tarifs :  $10; $7 étudiants, gratuit pour les membres FIAF.

Site du FIAF : www.fiaf.org

Site de la Fifty One Fine Art Photography : http://www.gallery51.com/index.php

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Man Ray : New York n’était pas son dadaMan Ray : New York n’était pas son dada L'exposition « Alias Man Ray : The Art of Reinvention » qui se tient actuellement au Jewish Museum de New York revient sur le parcours du dadaïste qui a secoué l'Amérique […] Posted in Culture
  • Tarzan, héros du Quai BranlyTarzan, héros du Quai Branly Le musée du Quai Branly à Paris présente jusqu'au 27 septembre une grande exposition "Tarzan !", héros mythique d'une Afrique imaginaire devenu un symbole de la protection de la nature […] Posted in Culture