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Cédric Klapisch : « J’ai une tendresse pour le temps qui passe »

Paris, dernier film du réalisateur français Cédric Klapisch, est à l’affiche dans les salles obscures américaines depuis vendredi dernier. En abordant le thème de la mort, il tranche avec l’insouciance de L’Auberge espagnole et des Poupées russes, comme pour suggérer qu’après l’ignorance de la jeunesse vient l’empirisme de l’âge. Une œuvre chorale, simple et attachante, habilement filmée dans sa ville de cœur.

Pierre, alias Romain Duris, est atteint d’une grave maladie cardiaque. Une réalité qui va simplement lui révéler combien la vie est précieuse, et combien les autres, auparavant banals et insignifiants, sont uniques. Il va se découvrir une nouvelle sensibilité au monde qui l’entoure et à la ville dans laquelle il habite, Paris.

Sans échouer dans le mélodrame larmoyant, en ne filmant pas la capitale comme un vulgaire souvenir touristique, Cédric Klapisch rend hommage à l’insaisissable et fragile bonheur des rencontres fortuites et de l’émerveillement du détail, auxquels l’indolence et la lassitude peuvent parfois nous faire échapper.

France-Amérique : Paris est sorti aux États-Unis la semaine dernière. Quelle réaction espérez-vous du public américain ?

Cédric Klapisch : Je suis toujours un peu en attente de ce qui va se dire dans un pays étranger, tout simplement parce que ce n’est pas forcément prévisible. C’est vrai en France, comme dans tous les pays du monde, y compris les États-Unis. J’ai déjà eu les réactions de la presse américaine, et elles sont visiblement très positives. Et puis, j’ai assisté à deux projections à New York et cela s’est très bien passé. Par rapport à tous les pays dans lequel le film est distribué, les États-Unis est sûrement celui qui a été le plus réactif pour l’instant.

Filmer la capitale est-il un rêve de jeune cinéaste réalisé ?

Non, pas vraiment. Filmer Paris est une envie qui est venue au fur et à mesure. Un rapport particulier à cette ville s’est développé à force de tourner des films. Ce n’était pas vraiment un rêve d’adolescent.

Après avoir filmé Barcelone, Saint-Petersbourg, Londres et maintenant Paris, auriez-vous envie de filmer New York ?

New York est la première ville que j’ai eu envie de filmer. Tout simplement parce que j’ai fait des études de cinéma à New York University (NYU) entre 23 et 25 ans, et que mes premières expériences derrière la caméra se sont déroulées à New York. Quand j’y retourne, j’ai toujours cette envie de filmer cette ville, que j’ai l’impression de bien connaître même si elle évolue très rapidement. J’adorerais vraiment y faire un film.

Avec L’Auberge espagnole et Les Poupées russes, filmez-vous une nostalgie ?

Barcelone et Saint-Petersbourg sont des villes que je connais bien, mais je n’y ai pas assez de souvenirs pour en être nostalgique. Je pourrais plus être nostalgique de New York, qui est la ville où j’ai vraiment longtemps vécu, avec Paris.

Est-ce que comme Truffaut avec Jean-Pierre Léaud, vous voyez en Romain Duris le meilleur interprète de votre propre vie ?

Non, pas tout à fait. Entre Truffaut et Léaud, il y avait une sorte d’effet de miroir, quelque chose de très fort entre eux. Et je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir la même relation avec Romain Duris. Il est moins un alter ego que Léaud pour Truffaut, moins mon reflet. J’ai besoin de plus de fiction. Xavier, le personnage des Poupées russes, n’est ni une image de Romain ni de moi. Donc, on n’est pas sur le même terrain, moins dans l’identification. Dans les couples acteur-réalisateur, cela s’approcherait plus de ce qui s’est passé entre Scorcese et De Niro ou Fellini et Mastroianni.

Vous invitez de plus en plus de comédiens venant d’autres « familles », mais vous ne résignez pas à faire un seul film sans vos fidèles. Est-ce une façon de vous rassurer ?

Il y a toujours eu plus de nouveaux que de fidèles. Donc, j’ai quand même plus l’impression de découvrir des gens que de tourner avec la même famille. Il y a surtout deux personnes qui reviennent beaucoup, Romain Duris et Zinédine Soualem. Bon c’est vrai, il y a aussi Karin Viard, Fabrice Lucchini, Vincent Elbaz. On peut dire que j’aime bien mélanger les idées de la découverte, de la familiarité ou de la complicité.

Est-ce pour créer un lien entre tous vos films ?

Je ne sais pas. Je ne pense pas que c’est ce que je cherche vraiment. Au contraire, dans Paris par exemple, je voulais sortir de ce que j’avais créé avec Romain Duris. Le personnage de Pierre n’a donc rien à voir avec Xavier de L’Auberge espagnole. Le but est donc de créer des discontinuités. Et ce qui est intéressant, c’est de faire justement changer le plus possible les acteurs que je connais bien. D’un film à l’autre, je suis donc plus dans la notion de rupture que dans la notion de linéarité.

L’Auberge espagnole filme une génération qui à la vingtaine, Les Poupées russes une qui à la trentaine. Paris est-il le film de la quarantaine ?

(Rires). Pas vraiment. Si jamais il y a une suite à L’Auberge et aux Poupées, alors oui ce film sera celui de la génération quarantaine. C’est plutôt cela la logique. Dans Paris, il y a plusieurs générations, aussi bien des personnages qui ont de vingt à cinquante ans.

Vos films vieillissent-ils en même temps que vous ?

J’espère. J’essaye que mes films reflètent un peu ce que je vis. Je suis plus en phase avec mon âge. Aujourd’hui, je trouverais déplacé de faire un film avec des gens de dix-sept ans, tout simplement parce que je m’en sens trop éloigné. Mais ça n’empêche pas d’avoir de jeunes personnages comme Mélanie Laurent ou Gilles Lellouche dans Paris.

Êtes-vous plus nostalgique de votre vingtaine ou de votre trentaine ?

De ma trentaine, je dirais. Parce que la vingtaine, ce n’était pas terrible. (Rires). Il y a une phrase qui dit quelque chose comme « Je ne souhaite à personne d’avoir vingt ans ». C’est un peu ça. Je trouve que c’est un âge dur, où l’on se cherche, et j’étais mieux dans ma peau à trente ans. Mais, même si je suis globalement nostalgique, que j’ai une tendresse pour le temps qui passe et pour les souvenirs. J’aime le rapport à la mémoire, je ne m’y complais pas.

S’il y avait un syndrôme du quarantenaire, quel serait-il pour vous ?

Ce qu’on appelle la maturité. Le fait de ne plus être animé que par l’innocence, mais aussi par l’expérience. Mais, les deux moments sont agréables. La première sensation, cette désinvolture, est belle, c’est un peu ce dont je parle dans L’Auberge espagnole ou Le Péril jeune. Et la deuxième est tout aussi séduisante, seulement plus concentrée sur la maîtrise des choses et le recul.

Almodovar filme les Espagnols, Ken Loach les Anglais, vous sentez-vous proche de ces cinéast

es en filmant les Parisiens ?

Je ne peux pas vraiment me comparer à ces gens là, puisqu’ils sont des grands maîtres de la caméra pour moi. Mais j’adorerais que cela soit vrai.

Ni pour, ni contre (bien au contraire) a l’air d’être une déception pour vous. Pensez-vous un jour vous détourner du genre sociétal pour tenter une nouvelle expérience dans le policier ou êtes-vous définitivement traumatisé ?

 

Le résultat est une déception. Tout simplement parce qu’il n’a pas marché, alors qu’il fait partie des films que j’ai préféré réaliser. Je ne suis pas totalement déçu de ce qu’il est, même si je me suis peut-être trop éloigné de moi même. Mais dans le cinéma, j’ai l’impression que c’est important de tenter diverses expériences et de se bousculer. S’inscrire dans un unique style est dangereux, alors je préfère expérimenter, quitte à me planter.

Vous vous essayerez à nouveau à cette expérience d’un autre genre ?

Oui, bien sûr. Pas forcément dans le policier. J’ai toujours rêvé de tourner une comédie musicale, et j’espère bien en réaliser une bientôt.

 

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