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“C’est le bon moment pour investir dans l’euro”

Lundi 18 avril, New York accueillait le 12ème forum international de la finance “Paris Europlace”. Alors que la France assume la présidence du G20, plus de 350 décideurs et penseurs de la finance mondiale se sont retrouvés et parmi eux, Jacques Mistral. L’économiste, professeur et conseiller politique, est l’un des plus fins connaisseurs de l’économie française et américaine. Pour France-Amérique, il fait le point pour nous sur la santé de l’euro.

“It’s a good time to invest in euro”, “c’est le bon moment d’investir dans l’euro”. Vous le répétez tel un slogan. Cela peut étonner en ces temps agités.  Pourquoi cet optimisme à propos de l’euro ?

Je ne suis pas optimiste de manière irrationnelle ou naïve. Je vois bien les difficultés que rencontrent toutes les économies de la planète, et la zone Euro en particulier. Mais cette formule a pour but de contrecarrer la vision la plus répandue dans la presse financière, surtout aux Etats-Unis d’après ce que j’ai vu ces dernières semaines dans la presse généraliste et les émissions de télévision. C’est un sentiment qui est exagérément négatif par rapport à la réalité. Il y a un an, on annonçait déjà la mort de l’euro et l’explosion de la zone euro et on aurait dû s’attendre en conséquence à ce que le taux de change de l’euro (sa valeur en dollar) baisse. C’est le contraire qui s’est produit. L’euro a effectivement atteint un point bas en juin-juillet 2010, pas si bas que cela d’ailleurs, il est tombé à 1,19 dollar, ce qui est à peu près sa parité de pouvoir d’achat, et depuis il n’a cessé de remonter. Il se situe aujourd’hui entre 1,40 et 1,45 dollar, il a donc gagné 21% en un an.

L’euro est-il aujourd’hui surévalué par rapport au dollar ?

La question de la surévaluation est toujours très technique, difficile à mesurer. Il y a une sorte d’accord entre les économistes pour considérer que un taux de change d’équilibre est à 1,20 dollar donc avec 1,40, l’euro est effectivement un peu surévalué. Cela dit, comme l’euro s’est plutôt bien porté depuis plusieurs années, les industriels européens ont fait des efforts de productivité, ont réorganisé leurs chaînes de production, ont importé une partie de leurs composants de l’étranger, en particulier des Etats-Unis, et donc la sensibilité au taux de change est moins forte qu’elle ne l’a été dans le passé. Il serait dangereux que nous allions vers un nouveau sommet comme en 2007 où l’euro a atteint 1,60 dollar.

Vous avez écrit sur la régulation de la finance mondiale(note 1). Deux ans après la crise qui a ébranlé l’économie mondiale, est-ce que vous diriez que l’on a fait des progrès en la matière, et le G20 est-il un outil efficace ?

Vous savez, en français, il y a un jeu de mots : certains disent que le G20 est un G vain ! Je suis tout à fait en désaccord. Le G20 est extrêmement utile pour une raison très simple, c’est qu’il a développé, alimenté l’esprit de coopération internationale qui s’était manifesté au moment de la crise et qui risquait de s’essoufler au fur et à mesure que ça allait mieux. Le G20, c’est la meilleure chance que nous ayions, dans cette période très difficile, de maintenir la coopération internationale.

Et cela, les Américains ne le comprennent pas ? Pourquoi ces commentaires dubitatifs ?

Les Etats-Unis sont dans une situation sans doute plus difficile que celle de la zone euro, contrairement aux apparences. C’est un pays qui depuis deux siècles n’a jamais connu que des succès. La croissance, les prouesses technologiques, la cohésion sociale, la culture si populaire dans le monde entier, les victoires durant les deux grandes Guerres mondiales : les Etats-Unis, à part quelques parenthèses comme le Vietnam, ont toujours été au premier plan mondial. Et là, pour la première fois de leur histoire, ils font face à un problème financier gigantesque, ils vivent une séquence politique très difficile (l’adoption avec six mois de retard du budget 2011 et la menace de blocage total de l’Administration, et il va falloir maintenant discuter le budget 2012) ; une épreuve terrible se dessine avec la décision de relever le plafond de dette, ce qui va de nouveau poser la question d’un accord bi-partisan… bref, les Etats-Unis doutent de leur avenir, on le voit bien avec la division très profonde que représentent les choix budgétaires de Paul Ryan (Chef du comité budgétaire de la Chambre des Représentants, Républicain NDLR) et du président Obama.

Quelle est la marge de manœuvre de Barack Obama aujourd’hui, notamment en ce qui concerne le chômage ?

Les Etats-Unis sont dans une situation, pas seulement politique, très diffile parce que la reprise est incertaine. Contrairement à l’idéologie que développe le Tea-Party, la seule chose qui a sauvé l’Amérique, ce sont les déficits budgétaires de l’Administration Obama. Sans eux, prorbablement, le monde aurait été entraîné dans une spirale récessionniste et dépressive comparable à celle des années Trente. Le monde entier peut remercier l’Administration américaine d’avoir initié ce plan, et le G20 l’a suivi. Mais on voit bien qu’après cette relance spectaculaire par le budget et par la monnaie, le résultat reste modeste. On a évité le pire, mais la croissance est timide. La question est très simple et elle est la même pour tous les pays du monde : où sont les relais de croissance ? C’est la grande question économique des années à venir.

NOTE

Jacques Mistral est aujourd’hui directeur des Etudes économiques à l’IFRI (Institut français des relations internationales), membre du Conseil d’analyse économique. Il a été professeur à L’Institut d’études politiques de Paris et à l’Ecole polytechnique, conseiller de Michel Rocard alors premier ministre, conseiller spécial de Laurent Fabius alors ministre de l’Economie, directeur central et DRH chez AXA.

En Amérique du Nord, il a été conseiller financier à l’ambassade de France à Washington et professeur à l’Université d’Harvard. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’économie américaine : Les normes comptables et le monde post-Enron, 2003 ; La Raison du plus fort. Les paradoxes de l’économie américaine, avec J.M Chevalier, 2004 ; Economic vertigo – Choses vues en Amérique à l’usage de la France, 2008 ; La Troisième révolution américaine, 2008 ; Peut-on réguler la finance mondiale? 2010.

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