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C’est l’histoire d’un “sale mec”

“Ca suffit les polémiques qui sont organisées chaque jour”, s’agace François Hollande. La discussion a fait rage aujourd’hui autour de deux mots, parus dans Le Parisien : “sale mec”. Il s’agirait de l’expression utilisée par le candidat socialiste pour qualifier Nicolas Sarkozy.

Hier, François Hollande convie à déjeuner dans un restaurant près de l’Assemblée nationale plusieurs journalistes représentant Le Monde, Le Parisien, France Inter, Europe 1, la Voix du Nord, Le Point et l’AFP. Le candidat socialiste vient de relancer sa campagne à un peu plus de cent jours du premier tour de la présidentielle. Libération a publié le matin même une adresse de François Hollande aux Français, il doit intervenir le soir  dans le journal de 20 heures de France 2 et mercredi il tient son premier meeting présidentiel en Gironde depuis son investiture le 16 octobre. Bronzé, il est détendu, explique que les attaques de l’UMP contre lui sur son manque supposé d’autorité et de détermination le servent en définitive :”plus je prends des coups, plus je me renforce”. Il souligne que les critiques des membres de l’UMP sont en fait dictées par Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat est, à ses yeux, dans “l’évitement”. En revanche, François Hollande considère que les attaques venant de la gauche sont plus dommageables pour lui. Il évoque Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, qui l’avait qualifié de “capitaine de pédalo” et fait remarquer que depuis, ce dernier a tempéré son propos.

“Ce qui l’atteindra c’est l’injustice”

Questionné sur Nicolas Sarkozy, sa stratégie et les arguments qu’il pourrait faire valoir, le député de Corrèze se met à la place du président : “je suis le président de l’échec, je suis un sale mec, mais dans cette période difficile, je suis le seul capable, j’ai le courage…”. “Il va se présenter comme le capitaine courage recherchant l’impopularité”, ajoute Hollande, en prenant comme exemple la TVA sociale. La tirade est destinée à montrer comment le chef de l’Etat pourrait se positionner face au candidat socialiste que ses détracteurs qualifient de mou. Il explique que le président et l’UMP vont essayer “de le décrédibiliser”. Quand on lui demande s’il considère le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy comme “scandaleux” ou comme “rien”, il répond : “ce qui l’atteindra, c’est l’injustice”. François Hollande estime que Nicolas Sarkozy a commencé son quinquennat “par baisser les impôts des riches et le termine en augmentant ceux des pauvres”. “Il a commencé avec le travailler plus pour gagner plus et termine sur le travailler moins pour gagner moins”.

Le candidat socialiste note qu’il aura mené la plus longue campagne de la Ve République. “J’ai commencé en mars”. Alors que les intentions de vote en sa faveur au premier tour se sont érodées depuis son investiture, il estime que ce sera “très difficile de faire plus de 30%”, un seuil qu’aucun candidat PS à l’Elysée n’a réussi à dépasser à l’exception de François Mitterrand en 1988 (34,11%). Il considère que “jusqu’au bout” Nicolas Sarkozy “aura un avantage”, celui d’être “le président”. François Hollande cite à cet égard le cas de Valéry Giscard d’Estaing en 1981 qui, face à François Mitterrand, était considéré dans les sondages comme le plus à même d’exercer la fonction présidentielle, et avait été battu dans les urnes par le socialiste.

Des mots “intolérables” et “inqualifiables”

Une discussion à bâtons rompus donc, entre le candidat PS et des journalistes. Du off. Mais l’expression “sale mec” passe dans le journal et l’UMP monte au créneau, s’emparant de ce qu’elle considère comme un dérapage. Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, a jugé lors de son point de presse post-conseil des ministres que si les propos injurieux avaient bien été tenus, le candidat PS devait “s’expliquer et les retirer”. Pas de “si” pour la ministre Nadine Morano qui a exigé illico, à la sortie du Conseil, “des excuses publiques” de Hollande, pour ses mots “intolérables” et “inqualifiables”. “Ca me rappelle les propos de M. Jospin dans l’avion lorsqu’il s’était laissé aller sur Jacques Chirac, le qualifiant de vieux et d’usé”, a dit la responsable UMP. Point de vue partagé par Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, qui a dénoncé lors des voeux de son parti, “des insultes très choquantes et indignes”.

François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon et président du groupe socialiste du Sénat s’est exprimé à ce sujet dans un communiqué : “depuis ce matin les snipers de l’UMP sur-jouent les indignés à propos de l’expression “sale mec” (…). Ceux qui depuis plusieurs mois insultent quotidiennement le candidat socialiste poussent même le culot à exiger de lui des excuses publiques ! (…) Ces gesticulations orchestrées tentent de susciter une polémique pour faire de François Hollande un agresseur et de Nicolas Sarkozy une victime (…) Il se trouve que François Hollande n’a pas porté un tel jugement, mais s’il l’avait fait plus d’un Français aurait partagé son opinion, comme le prouve le taux inégalé d’impopularité de Nicolas Sarkozy”.

En début d’après-midi, l’auteur de l’article du Parisien a reconnu, sur le site internet du quotidien, que François Hollande s’était “glissé dans la peau de son rival” et n’avait “pas officiellement traité le chef d’Etat de sale mec”. “Mais le choix de ce qualificatif pour appuyer son raisonnement en dit long sur l’estime qu’il porte à son adversaire. Raison pour laquelle nous avons décidé, ce matin, de le publier”, a-t-il ajouté.

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